Epargne salariale : et si vous mettiez de l’ordre dans vos contrats ?
Vous avez été employé par plusieurs entreprises successivement, et chacune d’entre elles vous a fait profiter d’un dispositif d’épargne salariale : vous êtes désormais à la tête de plusieurs plans de ce type. Vous pouvez, ainsi, être titulaire d’un ou de plusieurs plans d’épargne entreprise (PEE) ou plans d’épargne interentreprises (PEI), ainsi que de plans d’épargne pour la retraite collectif (Perco, ou Pereco/Perecol depuis 2019). Toutes ces enveloppes permettent d’investir sur différents supports financiers selon vos objectifs. Pour rationaliser votre gestion et éviter d’oublier des plans avec le temps, il est utile de s’atteler à un grand ménage.
Réduire les frais forfaitaires
Il existe deux familles de plans, la première comprend les PEE et les PEI. "L’épargne investie dessus est bloquée pendant cinq ans, cette durée s’appliquant à chaque versement sur le plan et non depuis son ouverture", précise Hubert Clerbois, cofondateur d’EPS Retraite. Si vous avez quitté votre entreprise, vous pouvez conserver tous vos plans ouverts et continuer à y investir librement et y laisser fructifier vos fonds. Mais vous n’y recevrez plus de participation et d’intéressement et ne profiterez plus de l’abondement de votre ancienne entreprise. Il faudra aussi régler, chaque année, des frais de tenue de compte de quelques dizaines d’euros qu’elle prenait en charge auparavant. "A la longue, ils finissent par grignoter l’épargne disponible et pèsent sur le rendement", met en garde Hubert Clerbois.
Pour faire des économies, vous avez donc intérêt à regrouper tous vos avoirs en un seul PEE ou PEI pour ne payer qu’une fois par an ces frais forfaitaires. Mieux : les transférer sur le plan de votre entreprise actuelle le cas échéant. Par ailleurs, il existe un cas de déblocage anticipé avant cinq ans : la rupture du contrat de travail. Vous pouvez donc récupérer vos fonds pour les investir sur un autre placement (assurance-vie…) Attention toutefois à bien étudier vos contrats avant de réaliser cette opération, pour vous assurer qu’elle est intéressante. En effet, un contrat d’assurance-vie facture des frais de gestion de 0,90 % par an en moyenne sur vos avoirs en unités de compte. "Pour 100 000 euros investis cela correspond à 900 euros de frais, soit un montant bien supérieur aux dizaines d’euros payés sur un PEE", précise Bruno Lourenço, directeur commercial épargne individuelle chez Eres.
Perco et Pereco, des placements "tunnels"
Avec un Perco ou un Pereco, la stratégie diffère, car le choix est plus limité. En effet, ces placements sont dits "tunnels" et l’épargne investie dessus est bloquée jusqu’à votre retraite. Vous ne pourrez récupérer vos capitaux de façon anticipée que dans certains cas très graves (invalidité, décès, surendettement, …) ou pour acheter votre résidence principale. En revanche, comme avec les PEE, vous avez la possibilité de regrouper tous ces plans de long terme en un seul. Petite subtilité : si vous souhaitez minimiser le nombre de produits que vous avez à gérer, votre épargne salariale pourra même rejoindre votre PER (plan d’épargne retraite) individuel si vous en avez ouvert un. En effet, cette enveloppe inclut trois compartiments, le premier est destiné à recueillir de l’épargne "individuelle", avec de possibles avantages fiscaux à l’entrée. Les deux autres sont réservés à l’épargne "collective", c’est-à-dire aux sommes issues d’une entreprise (participation, intéressement, abondement, retraite obligatoire…)
Vous pourrez donc transférer sur ces derniers vos anciens plans d’épargne salariale de long terme. Mais là aussi, il faut faire preuve de discernement, car les Perco et la majorité des Pereco ont une forme dite "bancaire" et peuvent à ce titre être assimilés à des comptes-titres. Ils n’offrent donc pas de garantie particulière, mais leurs frais sont moins élevés. En revanche, la quasi-totalité des PER individuels ont une forme dite "assurantielle" (ils prennent la forme d’une assurance-vie) et permettent, notamment, de rédiger une clause bénéficiaire pour choisir à qui ira votre épargne à votre décès si vous ne l’utilisez pas. Revers de la médaille, leurs frais sont plus élevés. "Ces transferts doivent donc s’étudier avec soin, car selon le profil de l’épargnant, ses objectifs et les sommes investies sur les plans, la solution optimale ne sera pas la même", souligne Bruno Lourenço.