Le Haut Conseil pour le climat appelle la France à un "sursaut collectif"
Le Haut Conseil pour le climat (HCC) a mis la pression sur le gouvernement Bayrou ce jeudi 3 juillet, appelant à un "sursaut collectif" à l’heure du ralentissement du rythme de décarbonation en France et des "reculs" sur certaines mesures.
Contraints par des partis de droite, d’extrême droite, de LFI et des certains membres du bloc central selon les dossiers, plusieurs textes ont en effet acté des reculs au Parlement ces dernières semaines au sujet de l’artificialisation des sols (zéro artificialisation nette, ZAN) ou la restriction des véhicules les plus polluants dans les grandes villes (zones à faibles émissions, ZFE).
Plus généralement, le HCC alerte sur le fait qu’en 2024, le rythme de décarbonation a beaucoup ralenti en France. Idem pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre, que l’organisme considère "incompatible avec l’objectif de neutralité carbone en 2050."
Il faut "relancer l’action climatique, avec un cadre d’action publique clair, des actions structurelles, une gouvernance solide et des cibles bien définies", a déclaré à des journalistes Jean-François Soussana, l’agronome qui préside le HCC. Cet organisme indépendant, installé en 2018 par le président Emmanuel Macron, est composé de douze experts chargés d’évaluer l’action climatique du gouvernement et d’émettre des recommandations.
La France "pas encore prête" face au réchauffement
Dans son rapport annuel intitulé "Relancer l’action climatique face à l’aggravation des impacts et à l’affaiblissement du pilotage", le HCC rappelle que le rythme de baisse des émissions de gaz à effet de serre a beaucoup ralenti en 2024 (-1,8 %). Cela, alors que l’année 2024 a été la plus chaude jamais mesurée dans le monde avec + 1,52 °C par rapport à 1850-1900.
Le rapport remarque que la baisse des émissions de gaz à effet de serre est restée forte pour la production d’énergie, mais a patiné dans les autres secteurs (agriculture, bâtiments, industrie, transports…). Le rythme devra pourtant doubler pour atteindre les objectifs de la France à l’horizon 2030, prévient le HCC. Les experts soulignent même qu’une grande partie (70 %) de cette réduction peut être attribuée à des facteurs "conjoncturels", tels que la douceur hivernale, le redémarrage de réacteurs nucléaires ou la fermeture de certaines activités d’élevage.
En mars, le HCC avait averti sur le fait que la France n’était "pas encore prête" face au réchauffement, qui atteint déjà + 2,2°C dans le pays en 2015-2024. Un constat toujours d’actualité au moment où le pays sort progressivement d’une longue vague de chaleur, intense et précoce.
Les mesures contenues dans le plan d’adaptation du gouvernement "sont encore en décalage par rapport aux vulnérabilités et aux besoins", regrette le HCC. Le rapport insiste donc sur le besoin d’un "portage politique fort et de nouveaux leviers pour engager les évolutions structurelles", qui soient à la hauteur des enjeux de décarbonation.
Des "reculs" qui remettent en cause des mesures phares
Face au ralentissement du rythme de décarbonation, le HCC regrette des "reculs" qui ont "souvent concerné des mesures rencontrant un succès important auprès des particuliers" : leasing social (location de véhicules électriques aux ménages modestes), soutien aux panneaux solaires en toiture ou à la rénovation des bâtiments. De même, la régression du Parlement sur les ZAN et les ZFE est fortement mise en cause par l’organisme.
MaPrimeRénov', aide de l’État pour la rénovation énergétique des logements, est aussi actuellement suspendue pour les nouveaux dossiers de travaux d’ampleur, jusqu’à mi-septembre. Le président Macron avait lui-même affiché son mécontentement, critiquant les "incertitudes" quant à certains dispositifs.
En réaction à ces reculs, le HCC note un manque de "lisibilité" de la politique climatique française, "créant une absence de visibilité pour le secteur privé et pour les collectivités territoriales", juge le rapport. Les experts répètent au passage leur critique des retards pris dans la publication de certains textes structurants pour l’énergie et le climat et regrettent "l’affaiblissement" du Secrétariat général à la planification écologique, organisme rattaché à Matignon.
La France doit "relancer la diplomatie climatique" à l’international
Ces critiques surviennent alors que la Commission européenne a soumis mercredi aux États membres son objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 90 % en 2040 par rapport à 1990, avec des "flexibilités".
Dans son avis sur le "Plan national d’adaptation au changement climatique", le HCC rappelle alors que la France doit contribuer à maintenir l’ambition de la coopération européenne et internationale en matière d’adaptation au changement climatique. Il suggère ainsi de "relancer la diplomatie climatique".
Aucun vote n’interviendra au parlement européen avant septembre, si bien que le calendrier est très serré avant la conférence climat de l'ONU (COP30), prévue en novembre au Brésil. L’UE doit dévoiler sa feuille de route climatique à l’horizon 2035 avant ce grand rendez-vous. "Ce retard fragilise la position de l’UE dans le contexte de la COP30 et participe au relâchement de la pression internationale sur le relèvement de l’ambition climatique", regrette le HCC.