"Du coup" : l’exaspérant succès d’une dérive qui nous arrange bien
Avouez-le, vous n’en pouvez plus. Entendre 25 fois par jour "du coup" est devenu une sorte de torture morale. Et la question, inévitablement, surgit : pourquoi diable ces deux petits mots ont-ils remplacé d’autres formules pourtant bien installées ? Car on ne dit plus "en conséquence", "de ce fait", "dès lors" et moins encore "subséquemment" ou "par suite". On dit "du coup", "du coup" et "du coup". Ce n’est plus une locution, c’est une épidémie !
Ce maudit tic de langage est tellement répandu qu’il est souvent utilisé à mauvais escient. Théoriquement, en effet, "du coup" est censé annoncer la conséquence immédiate d’un événement. "J’ai eu un accident de voiture. Du coup, je suis allé à l’hôpital", passe encore. Or, il arrive qu’on l’emploie tout autrement. L’autre jour, alors que nous parlions de nos futures vacances, mon fils m’a lancé sans transition : "Du coup, je vais voir mes potes." Mais que lui ont appris ses parents, je vous le demande ?
En tant qu’amoureux de la langue française, la généralisation de "du coup" m’agace, évidemment. Mais, en toute honnêteté, je dois reconnaître qu’il m’arrive de l’employer. Et vous aussi, sans doute ! Car il est une règle bien établie de la linguistique : tout être humain qui s’exprime est influencé par ses semblables. "Que je le veuille ou non, je parle souvent comme vous et vous parlez comme moi", souligne la linguiste Julie Neveux.
On peut bien sûr s’offusquer de cette "dérive". On peut aussi considérer que si la formule rencontre un tel succès, c’est qu’elle rend un certain nombre de services. L’idée est un peu dérangeante, mais, en réalité, personne n’utilise certains mots "n’importe comment". Les linguistes qui se sont penchés sur le sujet sont formels : "du coup" nous permet de produire une impression de cohérence à peu de frais. Il nous suffit de placer cette locution entre deux phrases différentes, et hop !, voilà en apparence deux notions reliées logiquement.
Vous, je ne sais pas, mais moi, du coup, je me sens moins coupable.