Les éleveurs cantaliens au Salon : "On veut des prix, pas des pansements"
Ces deux éleveurs laitiers de la Châtaigneraie n’attendent pas monts et merveilles du Salon. Associés depuis 2016, David Aymar et Philippe Venzac ne seront d’ailleurs pas sur place, lundi 26 février, pour le concours de la race brune. Après la traite du matin, ils feront couler le café, s’installeront sur le canapé et regarderont, ensemble, la captation vidéo du grand ring, diffusée en direct sur internet. « Ça fait partie des bons moments du métier », sourit David Aymar, qui a chargé son fils de 17 ans, Baptiste, élève au lycée agricole d’Aurillac, de chaperonner Superstar, la vache brune sélectionnée à Paris. Avec lui, plusieurs éleveurs expérimentés de cette race s’occuperont des bêtes de concours.
L’un est basé à Mourjou (Puycapel), l’autre à Cassaniouze. Ils n’habitent qu’à quinze minutes de route, alors ils ont fondé le Gaec du Quart d’heure. David Aymar et Philippe Venzac traient sans robot 70 vaches laitières, brunes et holsteins. Certifiée en agriculture biologique, leur exploitation s’étend sur 113 hectares. Depuis peu, ce n’est plus Biolait mais Marcel Charrade qui passe collecter le lait, pour affiner du cantal AOP.
Écophyto ? « Pas concernés »« Non-syndiqués », ils analysent l’actualité avec beaucoup de recul, et considèrent que les mesures gouvernementales profitent avant tout aux céréaliers. Écophyto ? « Pas concernés. » La non-hausse de la taxation sur le GNR ? Ils n’en écoulent que 9.000 litres par an. « On travaille à l’herbe et à la pâture : on n’a pas beaucoup de tracteurs. Cela ne changera pas grand-chose dans le milieu de l’élevage. On veut des prix, pas des pansements. » Les associés peinent enfin à se féliciter des lois Égalim, qui ne font guère avancer le schmilblick. « Les coopératives n’ont pas besoin de l’appliquer, déplore David Aymar. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas facturer notre produit. Dans quel autre métier voit-on ça ? » « Quand l’électricité des fours du boulanger augmente, il le répercute sur le prix de la baguette, renchérit Philippe Venzac. Notre électricité a augmenté, mais on n’a pas pu la répercuter… »
Les blocages, très peu pour eux. Ou alors pour la cause commune du prix, de la non-dépendance aux aides. Et rien d’autre. « Si un jour il n’y a que ça qui est demandé, je pense qu’on ira », glisse David Aymar.
En 2009, ils avaient fait la grève du laitPhilippe Venzac a déjà donné. Il y a quinze ans, l’éleveur avait participé à la grande grève du lait. Lancé d’une ferme d’Aveyron, fin 2008, ce mouvement s’était répandu comme une traînée de poudre. « Le prix s’était cassé la gueule, rembobine-t-il. On était autour de 250 € les 1.000 litres. Nous avions décidé de faire la grève du lait pour assécher les laiteries. » Il s’en souvient bien. Comment l’oublier ? Dix jours durant, soirs et matins, il vidait le fruit de son travail « à l’égout ». Au point d’orgue de la colère, un million de litres avait été épandu sous le Mont-Saint-Michel par 300 tracteurs, le 18 septembre 2009. Tout était parti « de la base » et « le syndicat majoritaire n’a pas voulu suivre », retient-il.
David Aymar était aussi de la partie. « À l’époque, on demandait 400 € les 1.000 litres, retrace-t-il. Aujourd’hui, on est à 500 €. C’est pas mieux ! On voulait reprendre le pouvoir sur nos produits. » L’histoire tourne en boucle. Quinze ans après, rien n’a trop changé. « Mais on espère toujours… »
Romain Blanc
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