L'affaire Emile Louis s'invite au procès de Monique Olivier : "Il y a eu un silence criminel" pendant deux décennies
“On mentirait en disant que tout le monde a bien fait son travail.” Jean-Paul Bazelaire, ancien inspecteur des services judiciaires, entendu, ce jeudi 30 novembre, par la cour d'assises des Hauts-de-Seine dans le cadre du procès de Monique Olivier, dresse un constat accablant et implacable : quatre magistrats du parquet d'Auxerre ont manqué à leur mission au cours des années 1980 et 1990 dans l'Yonne.
Absence de réactionCes deux décennies au cours desquelles a régné une véritable "conspiration du silence", pendant qu'agissaient Émile Louis et Michel Fourniret. En juin 2001, la garde des Sceaux, Marylise Lebranchu, saisit le conseil supérieur de la magistrature pour évaluer leur responsabilité dans le traitement de plusieurs affaires criminelles survenues dans le département. "C'était totalement inaudible : quatre magistrats, le procureur et trois substituts, étaient poursuivis en même temps par l’organe disciplinaire de leur corporation", s'étonne encore Jean-Paul Bazelaire.
Rapidement, des éléments troublants interrogent les quatre rapporteurs désignés. Notamment, l'absence de réaction des foyers où étaient placées les jeunes filles disparues. Pour Christine Marlot, le 23 janvier 1977, la direction n'a rien fait, pour la seconde disparue non plus et ainsi de suite jusqu'à la septième : aucun signalement, rien. Nous l'avons considéré comme un silence criminel" ajoute-t-il.
Il n’y avait pas de réaction non plus du côté des pouvoirs publics, de la commune d’Auxerre : les prédateurs qui circulaient à Auxerre et ses environs se sentaient protégés, couverts...
Les rapporteurs s'intéressent à un certain nombre d'affaires, "graves", tant par leur nombre que par leur gravité. "Dès le 23 janvier 1977, il fallait donner l’alerte, mais rien n’a été fait. À ce stade, on ne pouvait rien reprocher au parquet d’Auxerre : il n’y avait pas de signalements." Mais après la médiatisation des affaires, sous l'impulsion de Pierre Monnoir, les choses auraient pu évoluer.
Zéro pointéJean-Paul Bazelaire parle d'une activité criminelle "hors du commun" pendant deux décennies, avec un chiffre particulièrement marquant : "0% de taux d'élucidation des disparitions de jeunes femmes, contre 79 % à l'échelle du territoire national".
"Il y a quelque chose d’incompréhensible à avoir un jugement plus de trente ans après. En 1988, quand disparait Marie-Angèle Domèce, Fourniret, sorti de prison un an plus tôt, est en conditionnelle. On est effaré par ce manque d’efficacité”, s'indigne Me Didier Seban. Le rapporteur acquiesce. Et donne les conclusions de son rapport : "L’absence d’analyse de l’ensemble des faits criminels graves dans un périmètre restreint a été un facteur à rendre vaine l’investigation criminelle et à favoriser l’agissement et l’impunité des auteurs des faits sur une longue période."
À Nanterre, Thomas Ribierre