Hors cadre, bio, sur une production peu courante dans la région... Comment ce cultivateur de Parsac garde la patate
Ce n’est pas un restaurant de fondue ou raclette, quoi qu’il y a un lien niveau ingrédients… La ferme du Savoyard, à Parsac, est une exploitation agricole qui s’est fait une spécialité de produire des pommes de terre.
Plus largement, elle est entièrement dédiée à la culture et aux légumes de plein champ, ce qui n’est vraiment pas courant en Creuse. Il fallait en vouloir pour venir tenter cette aventure dans une région où l’élevage bovin est si écrasant. Victor Gaumer en voulait.
Une aventure en solitaire depuis la SavoieLe bac agricole en poche, à 18 ans, il décide de zapper la case BTS et de quitter la Savoie où il vivait avec ses parents (un pays de raclette et de fondue) pour reprendre un lopin de terre familiale en Creuse. « J’avais envie de m’installer, j’avais mon idée, ce terrain était l’opportunité », retrace-t-il. En 2019, il plante donc un premier hectare de patate qui lui permet de produire 6 tonnes.
« Pas terrible », sourit-il aujourd’hui en mesurant sa progression : le rendement de cette année vient de dépasser les 20 t/hectare. En bio, il peut monter entre 30 et 40 t, et jusqu’à 80 t pour les conventionnels du Nord de la France. Mais la Creuse n’est pas la Picardie, et Victor Gaumer est en bio depuis le début. Même pas un choix militant, juste une évidence : « je n’avais pas envie d’utiliser de produits alors autant avoir le label ».
La ramasseuse, ici lors d'une démo au lycée d'Ahun
Du bon sens aussi, quand on s’interroge sur la pertinence du terroir creusois pour cultiver la patate : après tout, on en cultivait beaucoup dans la région par le passé, et ce n’est que la spécialisation agricole qui la fait disparaître. Et puis il suffit de choisir où l’implanter : dans la terre légère, éviter les coins argileux ou les cailloux, afin que les tubercules puissent se développer régulièrement puis s’arracher proprement.
Historiquement, la Creuse faisait des patatesLe jeune homme avoue cependant que tout le monde n’a pas cru à son projet d’entrée de jeu. Il a notamment fallu s’y reprendre à deux fois pour convaincre la commission d’installation… Il reconnaît aussi qu’il faut compléter sa production avec d’autres légumes, les courges cette année, et des céréales, pour amortir les lourds investissements – 30.000 euros pour le matériel de culture (planteur, arracheur, buteur) et encore 50.000 pour mécaniser aussi la “postproduction” (trieur, conditionnement, chambre froide). Ce sont toujours des sommes bien sûr, mais finalement pas tant que ça, souligne-t-il, au regard du prix d’un seul tracteur.
Victor Gaumer philosophe également lorsqu’il évoque les contraintes que pose le bio face aux parasites (ah, les doryphores…) ou les aléas météo. « Il faut considérer qu’on aura toujours une part de perte, le tout est de la limiter. Tout comme on ne pourra jamais éradiquer les doryphores à 100 %, l’important étant de les circonscrire. » L’année prochaine, le jeune cultivateur envisage de tester le lin : semé tout autour du champ de pommes de terre comme une clôture, il serait un bon répulsif pour les coléoptères ravageurs.
4 variétés sont cultivées, certaines ont dépassé cette année les 20t/hectare.
En fait, le plus dur pour ce passionné de la terre reste la partie commerciale, le démarchage. « Je n’aime pas prendre des râteaux à longueur de journée », résume celui qui manie plus volontiers la pioche. Après cinq années d’expérience, il partage son année en deux métiers principaux : la production d’avril à août, avec un peu de primeur à la marge, puis la commercialisation de septembre à mars, en soignant le tri et l’emballage.
Une deuxième casquette de commercialSi les magasins bios de la région sont réceptifs (Guéret, Montluçon), la grande distribution est plus difficile notamment parce qu’elle veut des calibres très précis. Quelques collectivités locales jouent le jeu mais il pourrait y en avoir plus. Et le jeune homme propose aussi de la vente à la ferme.
Les débouchés restent vastes : on a toujours besoin de frites et de purée, si ce n’est de raclette. Et quand le marché local sature (beaucoup de Creusois font leurs potagers), Victor Gaumer mise sur ses attaches en Rhône-Alpes : avec le soutien logistique de ses parents, 50 % de son volume ont été commercialisés cette année en Savoie… au pays de la raclette et de la fondue.
Floris Bressyfloris.bressy@centrefrance.com