Tags, nettoyage, dégradations lors de la manifestation des agriculteurs à Tulle : qui va payer ?
Fumier, paille, pneus, tags... la manifestation des agriculteurs organisée par la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles) et les JA (Jeunes agriculteurs), le jeudi 23 novembre, à Tulle (Corrèze), a été l'occasion d'une démonstration de force.
Une centaine de manifestants ont fait entendre leur colère à coup de slogans, "Notre fin sera votre faim", pour dénoncer les contraintes qui pèsent sur la profession, maladie hémorragique épizootique (MHE), fièvre catarrhale ovine, PAC, normes européennes... Des slogans chocs, mais pas que. Une dizaine de tracteurs ont défilé en ville.
Au pied de la cité administrative, où ils ont stationné, fumier et paille ont été répandus et des pneus déversés. Un feu a été allumé place Brigouleix, obligeant les pompiers à intervenir.
Les marches de la cité endommagéesLe mur soutenant l'escalier d'accès au parvis de la tour administrative, fraîchement repeint en début d'été dans la cadre d'une campagne municipale pour ôter les tags en ville, n'est pas resté vierge bien longtemps. Les inscriptions y ont fleuri sous le regard des forces de l'ordre. "Eco régime" ; "MHE" ; "promesses non tenues", "PAC"...
Un tracteur a entrepris de monter les marches
Un tracteur a également gravi les marches de l'escalier, laissant des stigmates puisque plusieurs d'entre elles sont ébréchées. Si la solidité de la structure en elle-même n'est pas atteinte, les marches seront à reprendre par des travaux de maçonnerie.
Les marches dégradées par le tracteur qui a effectué l'ascension
Rapidement, des réactions sont apparues sur Internet. Entre soutiens indéfectibles aux paysans "qui nourrissent le pays", mais aussi agacement concernant ces pratiques. "Scandaleux ! Certes, tout va très bien pour les ouvriers, les caissières, les retraités... qui ont la chance de payer (eux !) taxes et impôts servant à réparer les dégradations de ceux pour qui tout est permis...." ironise un internaute inquiet pour le contribuable.
Pour qui la facture ?Qui va payer les dégâts ? La question se pose.
Le parvis de la cité est propriété de la Ville ; le bâtiment, de l'État. Pour le mur et l'escalier, il a fallu se pencher sur le cadastre. D'après ce dernier, le mur de soutènement et l'escalier appartiendraient à l'État. "La Ville n'aurait donc pas vocation à intervenir sur les dégradations", avance le cabinet du maire.
Quoi qu'il en soit, propriétaire ou non, la préfecture a fait savoir qu'elle prendrait en charge le nettoyage du mur, qui devra une nouvelle fois être repeint. Quant aux marches, dossier à suivre...
Les agents municipaux à l'œuvreLa municipalité, elle, a mis en œuvre dès le soir-même le nettoyage de la place Brigouleix et des abords grâce à l'intervention des agents municipaux. Des bennes de fumier avaient aussi été déversées devant la préfecture et sur le quai de Chammard.
Les services techniques municipaux ont procédé au nettoyage/photo Agnes Gaudin
"Bien sûr, c'est du temps d'agents et du carburant, mais il n'y a pas de facture", explique-t-on au cabinet du maire, qui rappelle que par le passé, les frais de nettoyage des trottoirs recouverts de fumier avaient été envoyés au syndicat agricole responsable de la manifestation.
Une sortie à l'amiable ?De son côté, Daniel Couderc, président de la FDSEA, indique ne pas avoir été contacté pour le moment par qui que ce soit. "Mais cela peut encore arriver, ça ne fait que 8 jours", rappelle-t-il sans avoir eu connaissance des dégâts causés sur les marches menant à la cité administrative.
Nous passons toujours les consignes que nous ne voulons aucune atteinte aux biens ni aux personnes. C'est dit à chaque fois, mais on est plus ou moins écouté, admet Daniel Coudert.
Le syndicat a déjà, sur d'autres manifestations, reçu des factures. "Sur celle de Brive, il y avait eu dépôt de plainte des grandes surfaces. On avait été auditionné. On essaie toujours d'en sortir à l'amiable. Jusqu'à maintenant, on essaye de négocier pour ne pas payer les factures, mais ça pourrait arriver", reconnaît le représentant syndical.
Cette fois encore, c'est la solution amiable qui semble privilégiée.
Laetitia Soulier (avec Julien Bachellerie), photos Agnes Gaudin