Assises du Puy-de-Dôme : Jean-Christophe Dumont condamné en appel pour le meurtre de Vergezac
Initialement prévu pour se dérouler sur trois jours, le procès en appel, devant la cour d’assises du Puy-de-Dôme, de Jean-Christophe Dumont, accusé du meurtre, en juin 2008, dans un bois de Vergezac (Haute-Loire), du Puydômois Sébastien Piaulet, a été contraint, après des débats parfois interminables, de jouer les prolongations, ce samedi.
Dès la fin de la matinée, les deux avocats des parties civiles (la sœur, le neveu et la mère la victime, aujourd’hui décédée, NDLR), Mes Julie-Eléna Niels et Jean-Louis Borie, ont décrit la théorie du coup de feu qui aurait "accidentellement" et mortellement atteint Sébastien Piaulet à l’arrière de la tête, lors de la démonstration supposée d’un pistolet, comme "une fable, un hold-up de la vérité du dossier".
"Sébastien Piaulet a été enterré comme une bête".
"Cette thèse selon laquelle la victime, décrite par la seule défense comme “un fétichiste des armes”, désireux d’acquérir le pistolet vendu par le couple Dumont, est une pure invention, ont-ils ajouté. La réalité, c’est une rencontre à caractère sexuel et échangiste qui s’est mal passée, mais pour des raisons que l’on ne connaîtra malheureusement jamais. Puis un meurtre. Sébastien Piaulet a été tué volontairement. Froidement".
Une analyse partagée par l’avocat général, Tristan Boffard, pour qui "l’histoire de la vente d’arme et de l’accident de tir a été élaborée, a posteriori, dans les heures ayant suivi le crime, par les époux Dumont".
"Après la mort de Sébastien Piaulet, ils ont agi tous les deux (le couple Dumont, NDLR) avec un sang-froid, une rigueur, une organisation bien éloignés de l’état de sidération dans lequel ils disent s’être retrouvés après ce qu’ils dépeignent toujours comme un “malheureux accident” ".
"Leurs explications défient toute forme de logique, a poursuivi le représentant du ministère public. Même si le mobile exact du crime restera à jamais mystérieux et enfoui dans leurs consciences pour l'éternité, il est clair que leur rencontre sexuelle en pleine nature a dégénéré et a débouché sur la mort de la victime, une balle dans la tête".
La peine maximale requise : trente ans de réclusion criminelleAu moment d’évoquer le quantum de la peine, l’avocat général n’a pas tergiversé. Pour lui, Jean-Christophe Dumont "a abandonné, ce 19 juin 2008, tous les repères qui fondent une civilisation". Il a requis le maximum de la peine encourue pour le crime d’homicide volontaire : trente ans de réclusion (*).
Depuis le début du procès, mercredi, le nouvel avocat de Jean-Christophe Dumont, Me Laurent Bizien, du barreau de Paris, a tenté, par tous les moyens, de balayer l’idée d’un "scénario porno complètement absurde, dans lequel Jean-Christophe Dumont serait subitement devenu un homo violeur". Et de recentrer systématiquement_et très longuement_les débats autour de la possibilité, voire de la réalité, d’un tir accidentel et de la mort involontaire de Sébastien Piaulet.
"On fait feu de tout bois pour tenter de le présenter comme un homme violent, un grand délinquant, presque un membre du grand banditisme, un immense spécialiste des armes et du tir. Comme quelqu’un capable d’exécuter froidement un autre homme, mais incapable de commettre la moindre erreur, la moindre faute, lors du maniement précipité d’un vieux pistolet", a-t-il poursuivi lors d’une tonitruante plaidoirie.
"Jean-Christophe Dumont est rongé, depuis quinze ans, par la culpabilité d'avoit tué Sébastien Piaulet".
Tout en battant en brèche certaines des conclusions des experts (qu’ils soient balisticien ou médecin légiste), étrillant "les méthodes déloyales" d’enquêteurs du SRPJ clermontois qui furent chargés des investigations à l’époque ou fustigeant "ceux qui s’arrêtent aux apparences de l’accusé et se contentent d’émettre des jugements", il a exhorté les jurés "à ne pas raisonner sur des fantasmes et à éviter une erreur judiciaire en lui infligeant vingt ou trente ans pour ce qui reste un homicide involontaire".
Après trois heures de délibéré, Jean-Christophe Dumont a été condamné, ce samedi soir, à vingt années de réclusion criminelle. Une peine qu’il a accueillie sans émotions apparentes…
Christian Lefèvre
(*) En première instance, en novembre 2022, devant les assises de Haute-Loire, au Puy-en-Velay, l’avocate générale avait requis vingt ans de réclusion criminelle, peine à laquelle avait été condamné Jean-Christophe Dumont, avant de faire appel.