Vaccins papillomavirus : pourquoi la France préconise deux doses, malgré l’avis de l’OMS
Double ration pour les élèves français ? Dès ce lundi 2 octobre, date de début de la campagne de vaccination nationale contre les papillomavirus, deux piqûres seront proposées aux élèves de cinquième qui le souhaitent. Une première, le jour J, et un rappel à réaliser six mois plus tard. L’OMS estime pourtant qu’une "dose unique […] confère déjà une 'solide protection'", à cet âge. Un avis émis en décembre 2022, confirmé ce jeudi 28 septembre par une étude parue dans la revue scientifique The Lancet, menée sur les données épidémiologiques indiennes, ougandaises et vietnamiennes.
La France injecterait-elle trop ? Ces publications risquent de nourrir les idées reçues, alors que ce vaccin contre les papillomavirus, le Gardasil, est déjà cible de désinformation - il ne serait ni sûr, ni utile, et favoriserait les rapports sexuels juvéniles, selon les mouvements antivax. Autant de croyances réfutées par la littérature scientifique. Malgré tout, seulement 15 % des adolescents français sont vaccinés, contre plus de 80 % au Royaume-Uni et en Australie, par exemple. Si elle est suivie, la campagne lancée cette année pourrait éviter jusqu’à 6 000 cas de cancers par an, favorisés par ces virus sexuellement transmissibles.
Immédiatement après la parution de l’étude du Lancet, Diane Harper et Marie Claire O’Dwyer, deux professeurs de santé publique américaines ont publié un appel à ne faire qu’une seule injection. Ces mêmes spécialistes, qui tiennent des positions prudentes mais en faveur de la vaccination, voient régulièrement leurs prises de position détournées au profit des campagnes anti-vaccinales : une interview tronquée de Diane Harper fait partie des publications contre le vaccin HPV les plus populaires sur les réseaux sociaux.
Les experts français continuent néanmoins de préconiser deux doses. Principale explication : avec une seule injection, les adolescents bénéficient d’une protection moindre : "La vaccination systématique à une dose permet d’éviter un nombre nettement moins élevé de cancers du col de l’utérus", détaillent en effet les auteurs de l’étude du Lancet. Jusqu’à 30 % en moins, d’après le pire scénario statistique testé par les chercheurs, des médecins de santé publique affiliés à l’université de Laval, au Québec. Avec une seule dose, la protection risque en outre de ne pas durer plus de vingt ans, ajoutent les scientifiques.
Deux doses, c’est mieux, mais une dose aide déjà beaucoup, expliquent en substance, l’OMS et les épidémiologistes. "Ces données indiquent que l’efficacité est tout de même très importante à une dose, ce qui est intéressant, si l’on est dans une optique d’élargissement de la couverture vaccinale mondiale. L’OMS ne recommande qu’une dose, car elle cherche à ce que le plus de monde possible soit vacciné, et non pas à optimiser l’efficacité des injections", explique à L’Express le professeur Jean-Daniel Lelièvre, chef de service d'immunologie et des maladies infectieuses à l’hôpital Henri-Mondor (AP-HP) à Paris, et expert auprès de la Haute autorité de santé.
Les pays riches, qui comme la France préconisent deux doses, s’offrent ainsi un surplus de protection. Une stratégie à une dose permet, elle, d’économiser et de simplifier les démarches administratives. Des atouts de taille alors que la vaccination contre le HPV a reculé de 25 % dans le monde durant la crise du Covid-19, selon l'ONU. Dans le communiqué qui explique les nouvelles recommandations, l’OMS précise : "L’optimisation du calendrier de vaccination contre le HPV devrait améliorer l’accès au vaccin. Cela devrait offrir aux pays la possibilité d’augmenter le nombre de filles pouvant être vaccinées" - les filles restent les plus touchées, donc prioritaires.
Pour l’instant, la Haute Autorité de Santé, institution chargée de ces dossiers en France, n’a pas réévalué ses recommandations en matière de stratégie vaccinale. Et un changement à quelques jours de l’ouverture de la campagne pourrait brouiller un peu plus le message de santé publique que tente de faire passer le gouvernement. Mais il n’est pas exclu qu’à l’avenir l’institution décide elle aussi d’adopter les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé, pour un peu plus faciliter les démarches des familles et l’acceptation générale du vaccin Gardasil : une piqûre fait moins peur que deux.