Quand le château d'Alleret accueillait les tenants altiligériens au retour à la Royauté
1815. Apprenant le retour d’exil de Napoléon, le comte de Macheco avait constitué au Puy un corps de gardes nationaux. Mais Paris ne donnait aucune nouvelle ni aucun ordre. Le vicomte de Becdelièvre fut envoyé aux renseignements aux Tuileries. L’empereur était en marche vers la capitale où il entra le 20 mars au soir. La veille, Louis XVIII s’était retiré à Lille pour enfin rejoindre Gand, en Belgique.
Jacques Béraud de La Rochette, frère cadet de Christophe "Dragonnet", l’y accompagnait, selon Amicie de Bataille (1). Le vicomte de Becdelièvre rentra néanmoins de Paris avec un ordre écrit signé du comte de Trogolff, aide de camp du roi : "La garde nationale de la Haute-Loire marchera sur la Vendée pour s’y réunir." De Macheco refusa et décida de se porter avec 1.000 à 1.500 hommes armés sur Saint-Etienne et Lyon. Mais il était trop tard et le drapeau blanc ne flottait plus sur la France.
Entrevue avec le général Georges MoutonBientôt arriva à Alleret une dépêche qui lui intimait l’ordre, déguisé sous le prétexte d’invitation de la part du lieutenant général Bouton-Dargent, de se rendre au Puy. En arrivant dans la cité ponote, de Macheco fut accueilli par une foule importante toute acquise à sa cause et prête à en découdre si on voulait l’arrêter. L’entrevue avec le général Georges Mouton se déroula au mieux, et l’ordre qui avait été donné par Napoléon lui-même de mettre sous écrou le chef royaliste et de l’envoyer à Paris ne fut pas exécuté. Le général Mouton redoutait en effet une violente émeute et un mouvement réactionnaire incontournable en Velay. Le 18 juin 1815, la fête militaire et patriotique du "Champ de Mai" dans la capitale marqua l’acceptation par les deux Chambres de l’acte additionnel bannissant à jamais tous les Bourbons. Mais les têtes restaient en fermentation et les meneurs royalistes actifs.
Le comte Claude Palamède Louis de Macheco de Prémaux.La défaite de Waterloo allait précipiter la chute de Napoléon qui abdiqua le 21 juin 1815. La période dite des "Cent Jours" venait de prendre fin et ouvrait la porte à la "Seconde Restauration". Le 8 juillet, Louis XVIII reprenait possession de la capitale. L’empereur avait quitté la France pour Sainte-Hélène. Palamède de Macheco avait reçu du souverain en exil les pleins pouvoirs "pour maintenir l’autorité royale dans l’ancienne Auvergne et le Velay avec le droit d’ôter ou de nommer aux préfectures, suspendre ou changer les autorités civiles et militaires et prendre sur sa seule signature dans les caisses de l’État".
Défaite de WaterlooLa nouvelle de la défaite de Waterloo fut connue au Puy le 24 juin. Le chef royaliste prit part le lendemain au conseil municipal de la ville, où la tension était à son comble : la population souhaitait proclamer Louis XVIII, arborer le drapeau blanc et brûler le drapeau tricolore. Le préfet, le maire, les généraux Paroletti et Sorant avaient en vain tenté de calmer le peuple en colère rassemblé sous le balcon de la mairie. Seul le Comte d’Alleret y parvint (2).
De Macheco fut élu député par 126 voix sur 155 votants en août 1815 au sein de la "Chambre introuvable", finalement dissoute par ordonnance du roi le 5 septembre 1816. On lui offrit alors le commandement de la "légion" de la Haute-Loire, régiment portant le nom du département et regroupant infanterie, cavalerie et artillerie. Il refusa la charge, tout comme, quelques années plus tard, d’être nommé "gentilhomme de la Chambre".
Contacts privilégiésIl s’attacha dès lors à faire fructifier son domaine tout en conservant des contacts privilégiés avec le monde politique d’alors. Il recevait ainsi à Alleret nombre de personnalités dont MM. De Becdelièvre De Ferhague, De Choumouroux, De La Valette, le député Calmar de Lafayette et son frère Joseph, le vicaire général du diocèse Coupe ainé, le duc Armand de Polignac, le comte Adrien du Crozet, le député Berryer, monseigneur de Mons, évêque de Mende et futur archevêque d’Avignon, le prince de La Tour d’Auvergne, le maréchal De Bourmont, etc.
En 1824, Charles X, qui n’était encore que « Monsieur », intima à Palamède de Macheco l’ordre de se mettre sur les rangs pour la députation. Celui-ci obéit et profita alors pour obtenir la reconstruction du pont de Vieil-Brioude écroulé en 1822. Mais le « grand collège » qui supervisait les candidatures à la Chambre des Pairs refusa la sienne à son grand soulagement et à celui de sa famille. Ainsi se termina la carrière politique du chef royaliste d’Alleret.
(1) Aucun document historique ne semble corroborer les assertions d’Amicie de Bataille selon lesquelles Béraud de La Rochette aurait été présent aux réunions d’Alleret.(2) Le drapeau blanc ne fut arboré au Puy que le 1er juillet 1815.
Roland Vigouroux