Emmanuel Macron face à son plus redoutable adversaire
Les responsables publics comparent volontiers la politique à une addiction nocive, alors ils en limitent l’usage. "Le pouvoir, c’est une drogue parce qu’on donne tout. Si on ne reste pas assez, c’est trop court. Mais si on reste trop longtemps, c’est dangereux. Rapidement, on pense que personne ne ferait mieux que soi", vient d’expliquer l’auteur de la réforme limitant à deux le nombre de mandats présidentiels consécutifs, Nicolas Sarkozy. Il sait de quoi il parle, lui qui échoua à se succéder à lui-même en 2012 puis tenta encore de revenir, battu au premier tour de la primaire de son camp en 2016. Depuis le commencement de son premier quinquennat, et plus encore évidemment depuis l’aube du second, Emmanuel Macron est obsédé par ce compte à rebours.
Les responsables publics aiment à changer la Constitution, ils en ont encore parlé à Saint-Denis, et sans doute est-ce parfois nécessaire. Or il est frappant de constater que, dans ce domaine qui pourrait apparaître comme leur spécialité, les modifications récentes, pour une bonne part d’entre elles en tout cas, se sont révélées malheureuses. Le quinquennat à la place du septennat ? Trop court. L’interdiction de rester plus de dix ans à l’Elysée ? Souhaitable autant que handicapant.
Les responsables publics sont les premiers à regretter la perte d’autorité, mais ils scient la branche sur laquelle ils sont assis. Et les institutions n’ont plus la force nécessaire dans le pays pour amortir le choc. Il faut entendre ce ministre compagnon d’aventure de la première heure disserter sur le fait qu’il n’existera "pas de macronisme stricto sensu après Macron" pour mesurer l’étendue des dégâts : aujourd’hui Emmanuel Macron peine à en imposer. Bien loin de les corriger, le temps qui file ne fait qu’accentuer ses défauts. Ce président a toujours cru à la parole performative, il adore les coups politico-médiatiques, il garde l’habileté et l’énergie de ses débuts, mais, tout chef de l’Etat qu’il soit, il est confronté à un défi impossible : pire que se battre contre des moulins à vent, triompher d’un sablier.