Keynote, iPhone 12 retirés, Chine... La semaine très politique d’Apple
Malgré le temps qui passe et la disparition de son fondateur visionnaire Steve Jobs, la présentation par Apple de son produit phare reste, depuis 2007, l’événement tech de l’année. Celui que des millions de fans de la marque à la pomme abordent avec une foule de questions innocentes en tête : quels nouveaux boutons apparaîtront ou disparaîtront de la coque ? Cette dernière arborera-t-elle de nouvelles couleurs tendances ? L’écran sera-t-il plus grand ? L’appareil photo de meilleure qualité ? L’iPhone 15, présenté mardi 12 septembre, arbore un autre type de nouveauté, moins excitante de prime abord : sa connectique a changé.
Au revoir le Lightning, bonjour l’USB-C, un câble qui n’est pas plus performant mais qui a le mérite d’être standardisé. Malgré ses réticences, Apple n’a eu d’autre choix que de s’y plier. L’Union européenne a en effet adopté l’automne dernier un texte imposant le passage à cette connectique unique. Avec un an d’avance sur sa mise en application, Apple a adopté l’USB-C sur ses iPhone vendus partout dans le monde. L’Europe souhaite ainsi endiguer la hausse toujours plus importante des déchets électroniques. Débroussailler la jungle des chargeurs est un premier pas qui ne concerne d’ailleurs pas seulement la firme de Cupertino. Mais l’impact est significatif pour elle : Apple a écoulé près de 230 millions d’iPhone l’an passé.
Cette première mesure, acquise de haute lutte, est surtout l’un des symboles de la nouvelle régulation imposée aux géants du numérique qui dominent sur le Vieux continent. Celle-ci suit patiemment son cours. Quelques jours avant la présentation de ses nouveaux appareils équipés de l’USB-C, Apple a également appris sa désignation comme "contrôleurs d’accès" dans le cadre du Digital Markets Act. Les iPhone qui sortiront dans un an pourraient, de ce fait, afficher d’autres transformations profondes telles qu’un système d’exploitation iOS transfiguré avec un magasin d’applications - l’AppStore - ouvert à la concurrence, et une messagerie devenue compatible avec de nombreuses autres, deux points cruciaux de cette législation européenne.
L’histoire s’accélère
Mardi soir, la politique s’invitait encore dans le jardin d’Apple. Le ministre français du numérique, Jean-Noël Barrot, a parasité la "keynote" du groupe en menaçant de rappeler tous les iPhone 12 vendus en France, un modèle dont le niveau d’émission d’ondes serait très légèrement supérieur à la norme imposée par l’ANFR, l’Agence nationale des fréquences. Un message bien relayé médiatiquement, alors même que le ministre reconnaît lui-même que ce dépassement ne revêt aucun danger sanitaire. Et que l’entreprise pourra régler le problème via une mise à jour mineure.
Apple a désormais l’habitude de voir la politique influencer son quotidien. Le Covid-19 et la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine l’ont déjà obligé à repenser son circuit de production. La rivalité croissante entre les deux puissances menace ses activités en Chine. Comme l’a annoncé le Wall Street Journal, toujours cette semaine, les appareils Apple vont être interdits sur les téléphones des fonctionnaires locaux. Une information toutefois démentie par Pékin ce mercredi 13 septembre, bien que cela n'exclue pas que des consignes orales aient pu être données en ce sens comme il en est parfois d'usage en Chine.
Poussé dans ses retranchements par une pléiade de sanctions américaines, l’ancien challenger Huawei est également revenu en force ces derniers jours avec sa gamme Mate 60, qui embarque un modèle de puce électronique d’une technicité avancée. Un pied de nez aux restrictions qui frappent la compagnie depuis 2019. La concurrence chinoise se reconstitue sur place et le Parti communiste lui apportera sans nul doute tout son soutien. Apple n’a pas fini de se retrouver tiraillé entre trois blocs, les Etats-Unis, la Chine et l’Europe, qui s’affirment et s’affrontent à travers son smartphone vedette.