Pourquoi les chefs d'exploitation de Creuse cherchent-ils à être plus autonomes ?
La Creuse compte cette année 81 agriculteurs ayant reçu les aides publiques à l’installation. Et les deux tiers d’entre eux ont répondu à l’appel que leur avait lancé la Chambre d’agriculture, qui organisait, ses 12e Rencontres de l’installation, à Jouillat, mardi 12 septembre.
Une éclaircie dans la crise des vocationsLa manifestation se tenait sur fond de crise des vocations persistante. Bien que tempérée par une certaine remontée des effectifs. Comme le précise Jean-Marie Colon, 1er vice-président de la Chambre :
Quatre-vingt-un nouveaux installés, c’est pas mal. Depuis deux ans, les chiffres remontent. Mais cela ne couvre pas les départs en retraite ou les cessations d’activité. Nous comptons actuellement trois départs pour deux installations.
Comme chaque année, ces rencontres de l’installation avaient lieu dans une exploitation. Cette fois-ci, les participants ont été accueillis au Gaec Lavigne, qui élève 170 charolaises et une trentaine de limousines sur 302 ha. À sa tête, figurent notamment Thibaut et Quentin Lavigne, jeunes hommes de 26 et de 23 ans, qui ont respectivement rejoint leurs parents dans le Gaec familial en 2018 et 2022.
Les participants ont pu assister le matin à divers ateliers et témoignages consacrés à la diversification et à la certification Haute Valeur Environnementale (HVE). Ils ont ensuite chacun reçu des bons de réduction sur les prestations de la Chambre d’agriculture, d’une valeur de 1.600 euros.
Dans sa prise de parole, Jean-Marie Colon a exhorté les néo-exploitants à « ne pas s’isoler », tout en soulignant l’importance de ces rencontres qui, selon lui, permettent « de créer du lien. »
Être autonome en eau…Néo-installés et agriculteurs plus chevronnés étaient tous invités l’après-midi à des échanges consacrés à “l’autonomie des exploitations”. Un sujet que le Gaec Lavigne a pu illustrer via son rapport à la ressource en eau. « Nous disposons d’une source qui donne bien. Mais il nous faut transporter l’eau dans toutes les parcelles pour abreuver les vaches. Ce qui nous coûte, aussi bien en temps qu’en argent », explique Quentin Lavigne.
Le Gaec a eu l’occasion de présenter le projet de réseau d’eau qu’il compte progressivement mettre en place à l’échelle de toute l’exploitation. Coût estimé de l’opération : 60.000 euros. Un exemple qui fait écho aux positions de la Chambre d’agriculture, alors que les agriculteurs sont confrontés à une sécheresse estivale aussi intense que tardive.
Comme l'exprime Pascal Lerousseau, président de la Chambre d’agriculture de la Creuse :
Nous devons au maximum nous affranchir de la consommation d’eau potable, qui doit être prioritairement dédiée aux populations. Pour cela, plusieurs solutions peuvent s’offrir aux exploitations, en fonction de leurs profils : forages, captages, retenues d’eau…
… Et en fourrageLes discussions et les démonstrations de ce mardi après-midi se sont également concentrées sur les thèmes de l’autonomie en fourrage. « C’est un enjeu majeur pour faire face à l’augmentation des charges et passer au mieux le cap des sécheresses », poursuit Pascal Lerousseau.
Ainsi, des cultures présentant d’excellentes valeurs alimentaires pour les animaux et qui sont moins exposées aux risques de sécheresse ont pu être présentées (luzerne, méteil…). L’autonomie : le sujet est déjà bien assimilé comme étant une priorité par les nouveaux chefs d’exploitations. C’est notamment le cas de Florian Sapin, qui a rejoint cette année un Gaec de la Mazière-aux-Bons-Hommes, dans le sud-est du département.
Florian Sapin a rejoint un Gaec de la Mazière-aux-Bons-Hommes, dans le sud-est du département.
« Nous comptons augmenter nos surfaces de céréales, notamment pour être plus autonome en paille. Aujourd’hui, être autonome, c’est éviter d’avoir des frais supplémentaires, car tous les prix augmentent », explique-t-il. Malgré les incertitudes liées à l’avenir, l’exploitant de 38 ans ne se voit pas faire autre chose. Et relativise : « Lorsque l’on est installé dans une structure déjà en place et qui tourne bien, il n’y a pas de problème. Et la peur n’évite pas le danger ! »
Texte et photos : François Delotte