France-Maroc, une relation à la merci du roi
On peut loger dans son hôtel particulier parisien et ne pas solliciter l’aide de la France. On peut envoyer des milliers d’étudiants de l’autre côté de la Méditerranée et ne pas avoir d’ambassadeur dans l’Hexagone depuis près de six mois. On peut préférer l’aide d’une monarchie musulmane au soutien de son deuxième partenaire commercial. Tel est le privilège du souverain, et ce n’est pas la peine, pour la France, de "faire du forcing", comme l’ont dénoncé les médias marocains. "Ce n’est pas un hasard si le Maroc n’a pas souhaité l’aide française, c’est évidemment un geste politique calculé au millimètre", assure Pierre Vermeren, auteur du "Maroc en 100 questions"(Ed. Tallandier) et professeur d'histoire à Paris 1. En monarchie, tout est question de symboles. Et celui-ci parle de lui-même.
La position de la France sur le Sahara Occidental illisible à Rabat
Vu du Maroc, impossible de comprendre pourquoi la France s’obstine à vouloir réparer sa relation avec Alger, au risque de sacrifier celle qui la lie à Rabat. La question du Sahara occidental ne se prête, pour le Maroc, à aucune forme de concession. Dans ce dossier, vouloir ménager la chèvre et le chou est impossible, tant le Maroc et l'Algérie ont des positions irréconciliables.
Au sujet de cette vaste zone désertique et disputée du sud du pays, les attentes de Rabat sont sans ambiguïtés : soit l’on se situe dans le camp "ami", en montrant son soutien au plan d’autonomie pour la région dans le cadre d’une souveraineté marocaine, soit l’on appartient au camp "ennemi", en entretenant des bonnes relations avec l’Algérie, qui soutient les indépendantistes du Front Polisario. Les autres épisodes récents - affaire Pegasus, guerre des visas, liberté de la presse - ont marqué depuis 2021 une escalade qui n'a fait que distendre les liens déjà endommagés.
ll est vrai que les relations entre le président français et le souverain Mohammed VI ne sont pas des plus chaleureuses. Les deux hommes ne sont pas vus depuis 2018, malgré des voyages privés de Mohammed VI en France. Ni même en marge d'un sommet. Des différends qui, à une époque, aurait pu se régler par une simple visite ont provoqué un froid durable. Le royaume a donc préféré signifier à la France qu’il n’avait pas particulièrement besoin d’elle. Soit. Le message est clair : le Maroc a le sentiment de ne pas être assez reconnu en sa qualité d’ami ancien. Karim Boukhari, rédacteur en chef du magazine d'histoire Zamane n'est pas étonné par la position du souverain. "Ce choix rend compte de la réalité des rapports de l’Etat marocain avec ses voisins ou partenaires. Avec la France, il y a un raidissement qui s’est installé depuis un petit moment." A Paris d’agir en conséquence. Mais quand on est l'ami d'un roi, est-on vraiment livre de ses choix ?