Le Cantal solidaire des Marocains après le séisme : les dons affluent à Aurillac
Une petite Clio grise se gare sur le parking du 16, rue Méallet-de-Cours, à Aurillac. Un homme sort, un sac et des béquilles à la main. « Salut, tu vas bien ? Je vous amène des duvets, des bonnets, des chaussettes… Ce que j’avais à la maison. » Vincent, qu’il s’appelle. Il lance un regard à Jamel Belaïdi. « Comment ça va ? » Premier jour de collecte cantalienne pour les victimes du séisme de magnitude 6.8, au Maroc. Au moins 2.800 morts, et 300.000 survivants qui dorment dehors. À Aurillac, lundi déjà, à 17 h 30, les dons affluent.
« Je donne régulièrement au Secours populaire. On est amis, avec Mohamed, Jamel et Karim. J’ai appelé tout de suite, dès que j’ai su. Pour savoir si la famille était touchée, comme j’ai vu que c’était dans le Haut-Atlas. » L’émotion gagne le petit groupe. « Oui, parce que ma famille est à Khénifra, dans le Moyen-Atlas, à 300 km de l’épicentre », précise Jamel Belaïdi. Vincent le savait. Jamel lui raconte. « Ma famille, quand ils ont ressenti la secousse, ils sont sortis de la maison, et sont restés dehors jusqu’à 4 heures, par peur qu’une autre secousse impacte la région. » Vincent souffle un « D’accord », avec l’empathie de quelqu’un « doublement touché », décrit-il. D’abord parce que cet éducateur aurillacois est toujours tourné vers « l’humain. Il n’y a que ça qui compte, pour moi. Et encore plus quand c’est la famille d’amis, et quand c’est proche de nos frontières. » Alors, il est là, parmi d’autres, nombreux encore mardi soir.
Activer ses réseaux pour générer des donsCet élan, Mohamed Boutlibit, Jamel Belaïdi et Karim Marbouh le portent haut. Le portent fort. « J’ai appelé l’Aformac 15, ils ont commencé une collecte de dons, lance Mohamed aux deux autres. Et ils appellent l’hôpital d’Aurillac, pour savoir s’ils ont des stocks qu’on pourrait récupérer. » Il sous-titre : « On essaie d’activer nos réseaux. Les gens sont réceptifs. » Quand ils ont su, les trois amis se sont réunis. « La décision a été prise en urgence. Nous, notre génération, on n’a jamais connu ça », indique Mohamed. « Il y a eu Agadir, désastreux, 12.000 morts, en février 1960. C’est l’Histoire de nos compatriotes. Nous, on n’a pas vécu ça. On vit en France, mais là c’est décorrélé de tout, c’est notre cœur de Marocain qui s’est exprimé. Il a fallu qu’on fasse quelque chose », dit Jamel. « Puis, les gens commençaient à m’appeler, à me demander si quelque chose était organisé dans le Cantal, et grâce à nos réseaux, on a pu donner l’impulsion », poursuit Mohamed. « On est des amis, on est des frères, on s’est sentis touchés, alors spontanément, on a porté le truc, et il a fallu s’organiser, faire les choses dans l’ordre », complète Karim. Se coordonner. Un lieu, d’abord : la maison de la Fraternité. Une plage horaire : de 17 à 20 heures, toute la semaine, avec dernière journée continue, samedi. Et puis un moyen de transport. Là-dessus, Karim est confiant. C’est Jamel qui explique. « On a trouvé une société de transport spécialisée dans la mise à disposition des camions à des fins humanitaires. Quand on pourra évaluer le volume, on pourra les solliciter. » La semaine prochaine, la société acheminera les dons cantaliens « jusque dans les villages, si la circulation le permet », dit Jamel. « On aimerait amener tout ça au plus près de la population. » Là-bas, le froid nocturne terrasse les survivants.
"C’est l’automne, et c’est à 4.000 mètres d’altitude. Ceux, qui ont perdu leur maison, dorment en tente ou dehors. Ils sont nombreux. Les températures en zone montagneuses peuvent descendre bas la nuit"
Vêtements chauds, sacs de couchage, bandages, eau oxygénée. « Les pharmacies jouent le jeu. Certaines, dès qu’elles ont su, nous ont mis de côté des cartons de compresses, du tulle gras... », décrit Mohamed. Les personnes qui n’ont rien chez elles vont même jusqu’à acheter. C’est le cas de Anouar. « Moi, je suis originaire du Maroc. J’ai appelé ma mère à Paris, pour savoir si notre famille était touchée. Ce n’était pas le cas. Ça aurait pu. J’ai eu envie d’aider. Quand Mohamed m’a dit ce dont ils avaient besoin, je suis allé acheter à la pharmacie des compresses, des bandages, du paracétamol… Maintenant que c’est fait, je reste, et j’offre mes bras, mon temps. » Oui, parce qu’après les dons, viendra le tri, par catégorie de dons. Ils voudraient aussi solliciter les entreprises locales. De son côté, la communauté musulmane s’associera à la collecte. D’autres points de collecte, notamment au sein des mairies de Sansac-de-Marmiesse, Jussac, et Ytrac, ont ouverts. « Nous réfléchissons à nous rendre aussi chez les gens qui auraient des choses à donner et qui ne pourraient pas se déplacer », lance Mohamed. Le principal obstacle, c’est le temps. « Des idées, on en a, seulement, on travaille tous les trois », précise Jamel. C’est pourquoi beaucoup d’amis de la communauté marocaine d’Aurillac donnent de leur temps et prêtent leurs bras, comme une poignée de personnes ici, qui veulent aider sans compter, là-bas.
Dons d’argent Secours populaire du Cantal. La structure, basée à Aurillac, encourage aussi les dons financiers pour venir en aide aux victimes de la catastrophe. Il s’agit, soit d’envoyer un chèque du montant choisi en précisant, au dos, « fonds d’urgence Maroc », au 16, rue Méallet-de-Cours, 15000 Aurillac ; soit de se rendre sur le site internet du Secours populaire, où un QR code permet d’envoyer directement de l’argent.
Anna Modolo