L'Allier et le Tour de France, une très longue histoire
Le grand vainqueur
Le 28 juillet 1956, l’ouvrier montluçonnais Roger Walkowiak remportait le Tour de France à la surprise générale. Après avoir attaqué sur la plaine et résisté aux grimpeurs en montagne, « Walko » écrivait son nom au palmarès de la Grande boucle entre Bobet (1955) et Anquetil (1957). Rien que ça ! Installé à Vichy à la fin de sa vie, il est décédé le 6 février 2017.
Le pionnierE n 1903, Hyppolite Aucouturier, dit « L’Hercule Commentryen », gagnait deux étapes sur le premier Tour de France. Né à La Celle en 1876 (disparu en 1944), celui qui était aussi surnommé « Hyppolite le terrible » a marqué le cyclisme de l’époque en remportant Paris-Roubaix (1903, 1904), Paris-Bordeaux (1903, 1905) et en terminant deuxième du Tour de France en 1905. Le créateur du Tour, Henri Desgranges, le décrivait « comme une énorme carcasse, toute de résistance, faite pour la route ». Bref, un grand champion, malheureusement quelque peu tombé dans l’oubli.
Le coéquipier modèleEncore un champion issu du bassin montluçonnais en la personne de Florian Vachon, 38 ans. Le natif de Montluçon a notamment participé à six Tours de France de suite entre 2014 et 2019. Des Tours bouclés entre la 88e (2015) et la 123e place (2019). Une régularité remarquable pour celui qui a pris sa retraite sportive en 2020.
Le champion du mondeDouble même ! Julian Alaphilippe s’est, en effet, offert le luxe de remporter le maillot arc-en-ciel coup sur coup, en 2020 et 2021. Du jamais vu pour un coureur français. Il faut dire que le Berrichon de naissance (à Saint-Amand-Montrond), qui a débarqué avec sa famille dans l’Allier (à Désertines), dès l’âge de six ans est un champion à part. Doté d’un talent exceptionnel, celui qui a été formé au sein de l’entente cycliste Montmarault-Montluçon a fait vibrer des millions de Français devant leur petit écran, cumulant au passage un palmarès long comme le bras. Sur les Classiques ; sur les courses à étapes ; comme sur les grands Tours (6 étapes du Tour de France à son palmarès, une du Tour d’Espagne)… Comptez sur le Montluçonnais de 31 ans, qui a aussi brillé en cyclocross (vice-champion du monde juniors et champion de France espoirs), pour retrouver les sommets.
L'homme aux 250 victoiresLe Cussétois Noël Geneste, 76 ans, c’est un immense palmarès chez les amateurs (malgré une carrière arrêtée à 26 ans), des sélections en équipe de France amateur et une incorporation au légendaire bataillon de Joinville. Et si le natif de Saint-Christophe, fort grimpeur, est resté seulement deux années dans le gratin, c’était suffisant pour être aligné à la fois sur la Vuelta et la Grande boucle. Le Tour de France 1973 précisément, sous les ordres de Raphaël Geminiani et avec Lucien Aymar comme leader, où il a notamment pu se frotter au puy de Dôme. Il ramenait une honorable 83e place à l’issue de son seul et unique Tour. Après sa courte carrière professionnelle, Noël Geneste, qui tenait un magasin de cycles à Vichy, s’est investi au sein du cyclisme bourbonnais, notamment au club de Bellerive-sur-Allier. Club au sein duquel l’homme aux 250 victoires est toujours actif.
Le lieutenant du BlaireauNé à Désertines en 1951, Jean Chassang a effectué une brillante carrière chez les pros comme chez les amateurs avec des dizaines de victoires à la clé. Le phénomène bourbonnais passait dans la cour des grands lorsqu’il intégrait la mythique équipe Gitane, en 1975. Le début d’une belle aventure aux côtés de Bernard Hinault, quintuple vainqueur du Tour de France. Lieutenant précieux du Blaireau, Jean Chassang s’illustrait aussi en cyclocross, lorsqu’il s’offrait le titre de champion de France 1981. De retour chez les amateurs, en fin de carrière, il enchaînait les victoires notamment sous le maillot de la Roue d’Or Moulins Yzeure Avermes.
Et aussi… Au rayon des coureurs bourbonnais ayant fait le Tour de France, n’oublions pas l’Yzeurien Jean-Pierre Bourgeot, le seul coureur de l’agglo moulinoise à avoir disputé la Grande boucle.Un autre moulinois de naissance, Angelo Tulik (Europcar et Direct Energie), a bien participé aux éditions 2015, 2016 et 2017 du Tour, mais il a quitté la capitale des Bourbon très jeune et a grandi dans le Maine-et-Loire.Les autres bourbonnais du Tour ont, eux, brillé à une toute autre époque.Né à Besson en 1874 et décédé à Yzeure en 1946, Pierre Chevalier a disputé le deuxième Tour de France de l’histoire, en 1904. Une participation au parfum de scandale, puisque soupçonné d’avoir fait une partie de l’étape (dont il terminait 3e) en voiture, il était disqualifié dès la première journée de course.Participation écourtée aussi pour Hubert Bastianelli, né à Néris-les-Bains en 1929, qui abandonnait lors de la 13e étape du Tour 1953.Roger Buchonnet, né à Magnet en 1926, a, quant à lui, quatre Tours de France à son actif, dont deux achevés en 1951 (39e) et 1955 (51e).André Geneste, né au Vernet en 1930, s’est frotté deux fois à la mythique épreuve. En 1960, une chute dans les Pyrénées le contraignait à l’abandon, alors que l’année suivante, il terminait lanterne rouge de l’édition 1961. Enfin, rappelons qu’un champion, originaire de Doyet, a brillé sur les routes du Tour. Raymond Passat, né en 1913, a pris part à quatre éditions dans les années 30 (deux fois 12e en 1937 et 1939). Et surtout, une victoire d’étape (entre Royan et Bordeaux) à son palmarès.Plus d’infos sur les coureurs bourbonnais de la Grande boucle sont à retrouver dans une expo passionnante installée au musée du Bâtiment, à Moulins. À ne pas rater !
Moulins, 5e ville bourbonnaise à accueillir le TourEt de cinq ! Moulins est la cinquième ville-étape bourbonnaise dans l’histoire du Tour de France. Et pour combler le retard sur Montluçon, échappée loin devant, il y a encore du boulot.
Montluçon, leader en la matière, a, en effet, accueilli onze fois la Grande boucle : cinq départs (1953, 1956, 1966, 1992 et 2001) pour six arrivées (1953, 1956, 1966, 1992, 2001 et 2008). En 2008, justement, la ville avait porté chance au Français Sylvain Chavanel, brillant vainqueur à Montluçon.
Concernant Vichy, la cité thermale a été bien moins gâtée par le Tour. Vichy n’a d’ailleurs plus accueilli la Grande boucle depuis 1952. Cette année-là, le peloton s’était élancé de Clermont-Ferrand avant d’arriver sur les bords d’Allier (étape remportée par Florenzo Magni). Le lendemain, la course était repartie de Vichy, direction Paris, pour une longue journée.
Plus récemment, deux petites villes bourbonnaises ont été mises à l’honneur : Cérilly, en 2008, recevait le départ d’un contre-la-montre qui rejoignait Saint-Amand-Montrond ; et Saint-Pourçain-sur-Sioule, en 2013, là aussi ville-départ d’une étape qui s’achevait à Lyon.
2013À Saint-Pourçain-sur-Sioule. La dernière halte du Tour de France dans l’Allier date d’il y a dix ans, quasiment jour pour jour. Le samedi 13 juillet 2013 exactement, Saint-Pourçain-sur-Sioule accueillait, en effet, le départ d’une étape d’un millésime à part : celui de la 100e édition de la Grande boucle. Après un Tours-Saint-Amand-Montrond la veille, le peloton s’élançait ainsi de la cité viticole bourbonnaise - avec un certain Christopher Froome en jaune -, direction le stade Gerland, à Lyon. Et, au bout d’une longue échappée, c’est, pour la petite histoire, l’Italien Matteo Trentin qui enlevait cette 14e étape, longue de 191 km et plutôt vallonnée (avec sept côtes figurant sur le tracé, cinq de 4e catégorie, deux de 3e). Un souvenir encore bien vivace pour les milliers de spectateurs qui s’étaient massés dans le bourg de Saint-Pourçain. Là même où cinq ans plus tôt, en 2008, le Tour avait déjà fait un rapide passage.
2008À Cérilly. La petite commune du bocage bourbonnais a accueilli une étape cruciale du Tour de France 2008 (remporté par l’Espagnol Carlos Sastre), en l’occurrence la 20e et avant-dernière, juste avant le retour à Paris. Étape particulière puisqu’il s’agissait d’un contre-la-montre de 53 km entre Cérilly et Saint-Amand-Montrond, dominé par le Suisse Fabian Cancellara, légende de la discipline. Rappelons que la veille, le Tour avait déjà fait la part belle à l’Allier avec une étape Roanne - Montluçon. Une fête pleinement réussie avec la victoire en costaud du champion de France Sylvain Chavanel.
2001À Montluçon. Des trois villes principales du Bourbonnais, Montlucon a été la plus gâtée par la Grande boucle. Le 26 juillet 2001 (17e étape), la foule des grands jours accueillait le peloton devancé par le Belge Serge Baguet. Puis, le lendemain, les coureurs s’élançaient, toujours de Montluçon, pour un contre-la-montre de 61 km, direction Saint-Amand-Montrond. Moment choisi par Lance Armstrong pour écraser un peu plus la concurrence. On connaît la suite… L’Américain étant déclassé a posteriori pour plusieurs infractions à la réglementation antidopage.
1966À Montluçon. Sur la route du retour vers Paris, Montluçon faisait coup double cette année-là en accueillant l’arrivée de la 20e étape (partie de Saint-Etienne), puis le départ de la 21e (direction Orléans). Ce qui ne portait pas bonheur au quintuple vainqueur de l’épreuve, Jacques Anquetil. Souffrant, « Maître Jacques » abandonnait la veille de l’arrivée dans l’Allier pour la dernière participation au Tour de France de sa brillante carrière. À Montluçon, c’est le Néerlandais Henk Nijdam qui s’imposait ce jour-là. Alors que le leader du classement général, Lucien Aimar, allait conserver son maillot jaune jusqu’au bout et la piste du Parc des Princes.
1952À Vichy. La reine des villes d’eaux a eu la chance, cette année-là, d’accueillir une arrivée, puis un départ d’étape. Le 18 juillet 1952, les coureurs s’élançaient de Clermont-Ferrand pour rejoindre Vichy, au terme d’un contre-la-montre de 63 km (remporté par l’Italien Florenzo Magni). Le lendemain, le peloton prenait le départ, depuis le vélodrome vichyssois, de l’ultime étape de ce Tour 1952. Et quelle étape ! Un périple de 354 km pour rejoindre Paris. C’est le Français Antonin Rolland qui se montrait le plus rapide et levait les bras dans l’enceinte du Parc des Princes. Mais, le roi de cette édition n’était autre que Fausto Coppi (notre photo, bouquet à la main, sur la piste du vélodrome de Vichy). Avec cinq victoires d’étape (dont le 17 juillet, au sommet du puy de Dôme) et 28 minutes d’avance sur Ockers au classement général, le coureur italien était sur une autre planète. Celle des immenses champions. Son palmarès - 7 grands tours remportés (deux Tours de France et cinq Giros), un titre de champion du monde et des classiques à la pelle - est là pour le rappeler.
Kevin Lastique