Le réchauffement climatique fait souffrir le parc du Domaine royal de Randan : «Ça va très très vite ! »
«Ça va très très vite ! » Où qu’il regarde autour de lui, dans le parc du domaine royal de Randan, Lionel Sauzade, le conservateur, est capable de lire l’affaiblissement des espaces boisés. Mille signes lui crient cette réalité : le houppier de quelques frênes s’étiole, les chênes centenaires subissent une « descente de cimes », les érables et épicéas meurent respecti-vement de la suie et des scolytes…
Le coupable n’est que trop connuUne étude phytosanitaire est en cours, réalisée par une filiale de l’ONF. Son but est de déterminer l’état des quelque 70 hectares de bois autour du château, et d’apporter quelques préconisations pour accompagner la gestion de ce phénomène de dépérissement.
Le coupable, ici, est tout désigné. Il s’agit du réchauffement climatique. « On observe ses effets depuis plusieurs années sur le parc de Randan, continue le conservateur. Mais ces effets s’observent de manière très impressionnante depuis sept ou huit ans. Et ils ne font que s’accélérer. »
Les effets des sécheresses répétitives peuvent se faire sentir sur le long terme. Certains arbres meurent ou sont affaiblis et donc plus sensibles aux maladies. L’un des arbres emblématiques du parc en subit les conséquences : le grand séquoia, vieux de 150 ans et culminant à 30 mètres, a été abattu en 2022.
Une chute de 45 %L’affaiblissement de la forêt a même pu être mesuré avec précision. Que l’on en juge : sur une parcelle de cinq hectares suivie depuis l’an 2000, le nombre d’arbre a chuté de 45 %. « C’est impressionnant », soupire Lionel Sauzade.
Année après année, le paysage change, se modifie et s’appauvrit.
« On est obligé de faire très régulièrement des opérations de sécurisation, élagage ou abattage. On peut le faire plusieurs fois sur une année. Et on parle en centaines d’arbres »
Deux études à vingt ans d’intervalleUne première étude phytosanitaire avait été réalisée en 2003. « Elle avait permis d’identifier différentes pathologies mais aucune n’était liée au réchauffement climatique », commente Lionel Sauzade. L’étude qui est en cours, et dont les conclusions sont attendues au mois de septembre, porte sur les huit hectares du parc ouverts au public. Elle permettra ainsi de prendre conscience des changements intervenus au cours de ces vingt ans.
Propriété de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, le Domaine royal de Randan est classé au « Monuments Historique » depuis 2001 et son parc dispose du label « Jardin Remarquable ».
Jean-Baptiste Ledys