À Thiers, l'usine de la Croix de fer est la toile de fond d'un docu-fiction sur Michelin, bientôt diffusé sur France 2
Le long de la Durolle, au cœur de la vallée des Usines, producteurs, cameramen, preneurs de son, acteurs et figurants ont investi l’ancienne usine de la Croix de fer, durant toute la semaine dernière.
Une bonne partie des 4.500 m2 de ce bâtiment, qui a été tour à tour une papeterie, une coutellerie, une forge et désormais un espace de médiation culturelle depuis 2021, a servi de toile de fond pour la réalisation d’un docu-fiction de 90 minutes. Sa thématique est pourtant éloignée de la coutellerie : il retracera l’aventure économique de Michelin, de 1889 à 1970, et sera diffusé dans l’émission présentée par Laurent Delahousse, 13 h 15 Le dimanche sur France 2, entre fin septembre et début octobre.
La société de production BarnaBe, qui a la charge de ce film, a souhaité tourner sur les terres de Michelin. L’ancienne usine de la Croix de fer a rapidement été sélectionnée, grâce à ses atouts : "L’idée était de faire tourner uniquement des gens de la région. Ce lieu nous a été proposé par la commission du film Auvergne. Il est idéal, on ne peut pas trouver mieux !", confie Katia Pinzon, la productrice du docu-fiction.
La voiture L’Éclair en invitée de prestigeLes grands espaces de l’usine, conservés en l’état, avec des immenses plateaux mais aussi de petites pièces avec poutres et pierres apparentes, permettent aux 40 personnes mobilisées sur le tournage de travailler sereinement.
Christophe Ménager, le propriétaire des lieux, s’en est assuré toute la semaine :
Ils sont venus deux fois en repérage, ils cherchaient un endroit proche de Clermont-Ferrand. La polyvalence de ce lieu leur a plu, il remplissait toutes les conditions requises. On peut avoir des loges pour les maquilleuses, un réfectoire, de la place pour faire plusieurs scènes différentes, pour rentrer des camions…
Et il fallait bien tout cet espace pour accueillir une invitée surprise, vendredi matin. Après avoir tourné une scène autour du bureau des itinéraires, l’ancêtre du site Internet ViaMichelin, l’équipe de production s’est dirigée vers l’entrée de l’usine pour réaliser une prise avec la célèbre voiture L’Éclair. Cette automobile est la première au monde à avoir participé à une compétition automobile sur des pneumatiques. Elle a été construite par les frères André et Édouard Michelin en 1895.
Sa réplique parfaite a été transportée depuis le musée de l’Aventure Michelin situé à Clermont-Ferrand jusqu’à Thiers pour l’occasion. "C’est très difficile de la faire sortir… Je l’ai emmenée une fois aux États-Unis. La voiture est constituée d’un châssis Peugeot et d’un moteur de bateau Daimler. C’est pour cela qu’elle s’appelle L’Éclair, car elle avançait seulement en zigzag", raconte Jean Oziol, en charge de l’assistance des véhicules et du patrimoine chez l’Aventure Michelin, en couvant des yeux sa protégée pendant que la société de production explique leur rôle aux deux figurants.
Des figurants locaux et novicesPostés à côté de L’Éclair, Carlos Ribeiro et Jean-Marc Thoinet attendent les instructions. Dans quelques instants, ils joueront le rôle d’ouvriers de course. Une première pour ces deux Puydômois. "Je suis arrivé ce matin, je suis complètement novice, sourit Carlos Ribeiro, originaire de Mirefleurs. J’avais déjà postulé pour être sur le tournage d’Astérix et Obélix dans le Puy-de-Dôme." Son camarade de scène a souhaité tenter l’expérience au vu du thème du docu-fiction :
Étant Clermontois de souche, c’est sympa de tourner pour un film qui parle de Michelin
Si ces deux figurants ne tournent que quelques scènes, d’autres sont présents sur la plupart des images, comme les deux acteurs qui incarnent les frères Michelin. Franck Chauvet prend les traits d’Édouard pour l’occasion, et Yves Vacher, ceux d’André. Le premier joue ce rôle pour la première fois et n’a jamais tourné de film auparavant. "C’est grâce à ma barbe ! rigole-t-il. L’apparence a joué pour le rôle, c’est sûr. C’est une très bonne expérience en tout cas."
Yves Vacher a, lui, l’habitude d’endosser l’identité d’André Michelin : "Je travaille avec plusieurs compagnies de théâtre sur le bassin de Vichy. Avec la compagnie Elixir, je fais les nocturnes de l’Aventure Michelin. Et je joue toujours ce rôle."
En attendant de voir le résultat de ces six jours de tournage (*) sur le petit écran, Christophe Ménager a déjà le regard tourné vers d’autres horizons. Ce premier tournage pour la télévision lui a donné des idées. "On a eu quelques demandes pour l’année prochaine. Grâce au retour des équipes de production, on sait ce qu’il faut améliorer… On dit toujours que Thiers, c’est perdu, mais c’est tout le contraire ! Tout est à valoriser", affirme le propriétaire du Centre de pratiques artistiques et culturelles contemporaines. Les Thiernois devront peut-être s’habituer à voir les caméras investir la cité.
Docu-fiction : les Michelin en tournage au Fidèle Berger à Vichy
(*) Une scène a également été tournée à Vichy, dans la brasserie Au Fidèle Berger, datant des années Napoléon III.
Fanny Guiné & Fiona Farrell