L'intérim médical se propage aux Ehpad du Cantal et plombe sérieusement leurs finances
Ils cofinancent les Ehpad. L’État et le Département volent au secours des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes du Cantal.Bras armé du ministère, l’Agence régionale de santé (ARS), qui abonde le budget soins des maisons de retraite, a déjà accordé deux « aides exceptionnelles » à l’Ehpad d’Ally (287.000 €) ainsi qu’à l’Ehpad de Pierrefort (252.000 €). Des enveloppes « ponctuelles », octroyées à des établissements « se trouvant en difficulté de trésorerie », et qui s’ajoutent « à la dotation dédiée à la prise en charge des soins des résidents des Ehpad », précise l’ARS.
Le Conseil départemental, lui, s’occupe des budgets dépendance et hébergement des Ehpad. Or, il vient d’avancer 363.600 € à l’Ehpad de Laroquebrou ainsi que 243.000 € à celui d’Ally. Des sommes que les maisons de retraite se sont engagées à rembourser dans les dix ans. Une autre aide similaire doit être débloquée, mercredi 5 juillet, pour l’Ehpad de Pierrefort.
Champ concurrentiel« Il y avait urgence », estime Sylvie Lachaize, vice-présidente du Département en charge de la solidarité sociale. Pourtant, la préfecture du Cantal n’était pas favorable à ce que le Conseil départemental octroie ces aides aux Ehpad : elle lui a adressé une note contradictoire, mais le Département est passé outre. « On nous a dit “attention, vous êtes dans le champ concurrentiel” », rapporte le président Bruno Faure (LR). Parce qu’aux côtés des Ehpad publics et associatifs, on trouve bien sûr des Ehpad privés. « Sauf qu’on le savait, reprend-il. C’est donc pour cela qu’on est partis sur une avance et que l’on a réalisé une grille d’analyse financière » pour sélectionner les maisons de retraite accompagnées par le Conseil départemental. Dont les aides ne constituent donc pas de pures subventions.
Au total, dans les 42 Ehpad cantaliens, le montant cumulé du déficit des structures avoisine les six millions d’euros, selon une estimation réalisée par les services du Département.
Lâcher son CDI pour devenir intérimaire chez NactimPlusieurs facteurs peuvent l’expliquer. L’élément le plus récent, c’est le recours croissant à l’intérim afin de pallier, en catastrophe, au manque de personnel. « Nous avons vu, cette dernière année, des infirmières et aides-soignants recrutés par intérim, constate Sylvie Lachaize. Les établissements étaient obligés de recruter des gens qui venaient hors du département. Cela a plombé les finances des Ehpad. » L’élue donne l’exemple d’une maison de retraite cantalienne ayant déboursé « plus de 500.000 € de frais d’intérim sur l’année ».
Mais certains salariés – de purs Cantaliens – n’ont pas hésité à démissionner pour postuler dans la foulée chez Nactim, une boîte d’intérim bien connue du milieu. « Oui, il y a eu ça aussi, confirme Sylvie Lachaize. Elles quittent à midi… et reprennent à 14 heures avec un statut Nactim », illustre la vice-présidente du Conseil départemental.
Des frustrations, un engrenage« Et finalement, ceux qui sont permanents sont obligés de s’adapter, ajoute Bruno Faure. Cela crée des frustrations : “Moi, je suis payé moins cher et en plus, je suis obligé de faire le samedi soir !” C’est une sorte d’engrenage qu’il est nécessaire d’arriver à couper. Sinon… »
Le Conseil départemental a également augmenté le taux directeur du tarif hébergement de 3 % au début de l’année puis de 3 % au 1er juillet, soit 6 % au total. La décision doit apporter une bouffée d’oxygène aux Ehpad.
La hausse du prix de journée doit soulager les EhpadLes recettes directes attendues sont estimées à 1,5 million d’euros pour l’ensemble des maisons de retraite du Cantal. « On donne de l’air », résume Bruno Faure, président LR du Département, qui reste attaché à « la volonté politique de garder des coûts d’hébergement au plus juste ».
« Le Département a toujours eu un œil très bienveillant sur la capacité contributive des familles et donc des résidents, développe-t-il. Nous avons toujours veillé à avoir un prix d’hébergement le plus acceptable possible. Schématiquement, on était sur 1.550 € par mois. L’essentiel de la population, c’est de l’agriculteur, de l’artisan-commerçant », avec de petites retraites.
La pandémie n'a rien arrangéCes tarifs relativement bas, en deçà de la moyenne nationale, ont mis les établissements en difficulté quand le taux d’occupation des Ehpad du Cantal a chuté, de 2020 à 2022, à cause de la pandémie de Covid. « Nous avons eu un peu plus de décès, et puis surtout, les maisons de retraite ont été fermées : dans ce cadre-là, il n’y avait plus d’entrées possibles », retrace Bruno Faure. « Les familles ont vécu cela difficilement et ont retardé l’entrée en Ehpad de leurs aînés en les maintenant à domicile encore plus qu’avant », ajoute Sylvie Lachaize, vice-présidente du Conseil départemental. Le taux d’occupation a ainsi chuté de 97 % à 75 %, créant un manque à gagner.
Romain Blanc
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