James Lee Burke, Christian Authier, Jean-Philippe Blondel : les livres à ne pas manquer
Les Jaloux
Par James Lee Burke, trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Christophe Mercier.
Rivages, 434 p., 24 €.
La note de l’Express : 3/5
A 86 ans, James Lee Burke n’a rien perdu de sa force d’évocation. "Le ciel était sombre, crépitant d’électricité, comme si quelqu’un froissait de la cellophane", écrit-il dans les premières lignes d’un chapitre dont on devine qu’il ne sera pas consacré à la description d’un pique-nique. Pour son 39e roman, il délaisse le personnage de Dave Robicheaux, qui occupe la majeure partie de son œuvre, pour revenir à la famille Holland, à laquelle il a consacré plusieurs ouvrages et dont on découvre ici Aaron, 17 ans, pétri d’un idéalisme dont il va vite éprouver les limites en se frottant au monde. Ou plus exactement à Grady Harrelson, face auquel Aaron s’interpose dans un drive-in un soir de l’année 1952 lors de sa dispute avec Valerie Epstein, "la plus belle fille de Houston".
Ce geste, qui vaut à Aaron de gagner le cœur de la belle, aura des conséquences homériques, qui verront le jeune homme confronté à un riche pétrolier aux sympathies nazies (le père de Grady), à son associé encarté à la mafia italienne et son rejeton psychopathe, à un professeur attiré par les jeunes garçons ou à une femme fatale fricotant elle aussi avec la mafia. Comme toujours chez James Lee Burke, l’enjeu est d’être à la hauteur de ce passé qui n’est jamais passé, de ne pas laisser au camp du mal la victoire trop facile, fût-ce en se faisant justice soi-même. Il dresse surtout l’envers du décor de la décennie associée à l’insouciance de l’American way of life, ici un cloaque de corruption et de turpitudes dans lequel Aaron, Valerie et quelques autres tentent de surnager sans y laisser l’essentiel de leur âme. Bertrand Bouard
Poste restante
Par Christian Authier.
Flammarion, 181 p., 19 €.
La note de L’Express : 3/5
De Jour de fête de Jacques Tati (1949) à Bienvenue chez les Ch’tis de Dany Boon (2008), le facteur occupe une place à part dans l’inconscient collectif, image à la fois poétique et populaire du service public. Hélas pour les PTT, il semble que cette figure s’efface inexorablement, à une époque où les automates remplacent les guichetiers. Fils de postiers, Christian Authier consacre un éloge sensible à ce monde en voie de disparition.
"Se souvenir est devenu suspect, sauf pour insulter le passé ou lui demander des comptes", écrit Authier au début de cet essai aux airs de lettre ouverte. Il ne s’arrête pas à la nostalgie touchante d’un hommage à ses parents et à son enfance perdue. Il a des pages passionnantes sur l’histoire de La Poste de l’Empire romain à aujourd’hui, part dans des digressions sociologiques (avec des chiffres !), évoquant notamment le tournant libéral de la fin du XXe siècle. Il parle aussi de l’âge d’or de l’Aéropostale, du plaisir de la philatélie, des grands épistoliers de notre histoire littéraire, de Madame de Sévigné à Céline. Il ne s’agit pas que d’une histoire de timbres mais bel et bien d’un art de vivre cher à ceux qui aiment sentir "des battements de cœur sous les enveloppes". Il est vrai que le rythme cardiaque d’un mail est plus difficile à prendre, et que rien ne remplacera des mots manuscrits guettés avec espoir. A la fin de son livre, Authier espère "qu’il ne restera pas lettre morte". Qu’il se rassure : son courrier nous est bien parvenu. Pas impossible qu’on se remette cet été à envoyer des cartes postales. L.-H. de L. R.
Accès direct à la plage
Par Jean-Philippe Blondel.
Finitude, 160 p., 17 €.
La note de L’Express : 3/5
On ne s’en aperçoit qu’une fois la lecture achevée : ce roman est une réédition, alors, on tempête. Et on a tort. Cette publication du premier roman de Jean-Philippe Blondel, sorti en 2003 dans la petite maison de Delphine Montalant, la femme du regretté Eric Holder, est un enchantement. Accès direct à la plage n’a pas pris une ride, lesté de son lot de charme et de nostalgie. Alors âgé de 38 ans, Jean-Philippe Blondel, professeur d’anglais près de Troyes, sa ville natale, démontrait déjà sa capacité à dessiner avec acuité le théâtre du quotidien - depuis lors avec La Grande Escapade, Café sans filtre…
1972, 1982, 1992, 2002… Quatre dates, quatre décennies et autant de lieux de villégiature rythment ce récit "estival" qui fait défiler le temps et des "Français moyens" qui finissent par se regrouper, les tempes plus ou moins grises. Cela commence par Capbreton (Landes) et Philippe, un gamin en vacances avec son père, Michel le gueulard, qui déteste la mer, et sa mère, Line, qui adore passer ses journées sous un parasol. Philippe, lui, aimerait bien aller au club Mickey. Las ! Il joue seul sur une balançoire. Et puis il y a l’énigmatique Natacha, femme facile et indépendante, Jean-Michel le révolté de 18 ans, Henri, veuf depuis peu. On passe à Hyères (Var) et à Sabrina, 15 ans, qui fait le mur pour aller en boîte de nuit, à Pascal, un parvenu, locataire d’une villa somptueuse, à Line, maintenant divorcée de Michel… Perros-Guirec (Côtes-d’Armor), Arromanches (Calvados), les étés se succèdent et tout est là : le poids des vacances familiales, les conflits de générations, les petites jalousies, les couples qui s’effritent. Evidemment, tout cela se passe chez les autres. Marianne Payot