Richard Galliano de retour aux Nuits de Nacre, à Tulle : "Je suis heureux de voir qu'il y a une continuité"
Le théâtre, à l’époque où il a fondé le festival, était "en ruines", se souvient-il. "Le projet à l’époque était de le reconstruire." 35 ans plus tard, Richard Galliano s’y produit en solo et en star international qu’il est devenu.
Il est arrivé tard vendredi soir 30 juillet, en voiture, "comme un voyage à dimension humaine. Il y a quelque chose d'intemporel. J'ai trouvé la même énergie, le même feeling, le même hôtel... J'ai l’impression que c’était hier", sourit-il.
Sa passion, surtout, est la même qu'il y a 35 ans. Celle d'un accordéon décliné au pluriel et d'un goût insatiable pour la découverte.
Ses Nuits de Nacre à luiIntarissable et jovial, Richard Galliano déroule le fil de ses souvenirs avec des vibrations dans la voix. Evoquant cette nacre dont sont faits les boutons de l'accordéon, Madreperla en italien, titre de son dernier album."Je joue les yeux fermés, c'est le seul moment où je rentre à l'intérieur de moi."
"Avant le festival, j’étais venu pour des master class, invité par le professeur au conservatoire Alexandre Juan ; c’est lui qui a posé les prémices du festival, il faut rendre à César ce qui lui appartient", raconte-t-il. "On a eu l'idée de le monter avec Jean-Paul Mandon, le directeur du centre culture. C’était une aubaine, l’occasion de montrer la face cachée de l’accordéon."
La ronde avec Higelin reste pour moi le moment le plus fort des Nuits de Nacre.
"Bien sûr, reprend-il, il était dans les bals, qui ont d'ailleurs presque disparu. Mais également derrière les chanteurs, dans le jazz, le classique, le clown, le théâtre, le cinéma, du brésilien, du roumain... Barbara, Nougaro, Gréco, Higelin, Sivuca, j’ai fait venir tous ces chanteurs. La ronde avec Higelin reste pour moi le souvenir le plus fort. Moustaki s’est régalé ici. Il y avait aussi des animations dans les bars, c’était une belle chose. Je vois que la flamme n’est pas éteinte. Je suis heureux de voir qu’il y a une continuité, dans le même esprit d’ouverture et rassembleur."
"On m'appelait le Défricheur""À l’époque, poursuit-il, on m’appelait “le Défricheur”, en référence à la chanson Le Dénicheur (il sourit). Je voulais vraiment ouvrir l’accordéon. Beaucoup de jeunes générations ont suivi. Daniel Mille, qui a commencé ici, Juliette aussi, Vincent Peirani, Lionel Suarez, David Venitucci, qui a joué hier (vendredi 30 juin, NDLR)... J’ai montré qu’il y avait autre chose de possible en dehors des thés dansants."Richard Galliano lors des balances au théâtre.
"Dans les années 1970, quand on est arrivé avec Nougaro, c’était un événement. Les Yé-yé avaient voulu ringardiser l’accordéon. Ils voulaient casser ce qui est beau, les valeurs du passé. Alors qu’une valse de Gus Viseur, c’est immortel ! Tous les pays s'approprient l'accordéon comme leur instrument national."
Je me bats un peu contre les conservatoires, pour qu'ils ne mettent pas l'accordéon en conserve. Tulle en donne un exemple contraire.
"Je suis fou de musique colombienne, mais j'aime autant quand j'entends des Bretons ou des Auvergnats qui reviennent à la source, tout en le modernisant. L'accordéon, c'est jouer la musique de sa terre tout en étant ouvert à toutes les influences. C'était notre volonté avec Piazzola."
Jouer sans limitesRéglages du son pour Richard Galliano au théâtre.Piazzola, le grand nom est lâché ! "Quand j’ai rencontré Piazzola ici, quand j’ai commencé à le reprendre, c’est là que les choses ont commencé pour moi", reconnaît Richard Galliano. "Mon père a été mon premier professeur, il m’a donné le goût de la musique. Le second, ç’a été Piazzola. Il m’a dit “Fais du new musette comme moi, j’ai fait du new tango”. Il m’a dit aussi de jouer tout ce qui me passait par la tête, sans limites. Autour de Piazzola et de Tulle, une flamme s’est rallumée."
Après les années 60 et les Yé-yé, le rétablissement de l'accordéon, des accordéons au pluriel, s'est fait ici, à Tulle.
Il reprend : "On est dans la bonne voie. A tous les concerts, les gens ne me disent pas "bravo, vous jouez très vite", mais "merci, on a pleuré, on a été très ému". Ce moment de communion autour de l'instrument, c'est le mieux. Une communion sans barrières de style. La valse musette, quand elle est bien jouée, c'est l'une des plus belles choses. Jo Privat, Gus Viseur, ce sont les maîtres et on ne les oublie pas. J’aimerais voir plus de bals, plus d’acoustique, moins de sonorisations fortes, privilégier les vrais sons. Je serai plutôt dans la pensée d’essayer d’être à la hauteur du passé. Il ne faut pas se sentir au-dessus, il y a toujours eu des musiciens magnifiques."
Retour à l'acoustiqueÀ l'égal de ses maîtres, Richard Galliano n’en finit pas de vibrer au son de l’accordéon. Y compris les plus modernes, comme celui, très amplifié et "trafiqué", de Grayssoker (il a joué vendredi soir, NDLR). "Je suis passé par là, avance le musicien. J'ai joué avec des pédales à distorsion et avec un accordéon qui rendait un son d'orgue Hamon. Mais, avec le temps, je suis revenu à l'accordéon acoustique."
Plus qu’une passion, l’accordéon est une médecine. Quand je joue, c'est le moment le plus magique.
Avant tout autre, au "Victoria de Mémé Augusta », son premier, que cette grand-mère lui a offert pour ses 13 ans. "Il a 600 lames. Pour l'accorder, il faut une semaine ! Il faut un savoir-faire, une patience et une passion." Celle-là même qui l'anime depuis plus de 60 ans. "Plus qu’une passion, l’accordéon est une médecine. Quand je reste sans jouer pendant quelques jours, j’ai le moral qui baisse. Dès que je joue, je recharge mes batteries. C’est le moment le plus magique dans la vie."Richard Galliano à son arrivée au théâtre, la simplicité et l'excellence.
"Ce soir (samedi 1er juillet, NDLR), je vais jouer pendant 1 h 30, mais ce sera comme si je jouais pendant une minute, comme si le temps s'arrêtait. Avant le concert, je suis fatigué ; après, je suis en pleine forme ! Je joue les yeux fermés, c'est le seul moment où je rentre à l'intérieur de moi. Je suis avec tous ceux qui nous ont quittés. Barbara, Nougaro... J'ai leur énergie avec moi."
35e Nuits de Nacre à Tulle : ce qu'il faut retenir de cette journée de lancement
Une musique de jouvence"La musique, avoue-t-il, on la fait pour soi surtout. J'essaie de donner le meilleur de moi-même. Lorsque j'ai conscience d'être le plus lisible, le plus sincère, alors je sens la vibration du public. Mais je me méfie des effets conçus pour épater le public. J'essaie de rentrer sur scène sans savoir ce que je vais jouer, pour ne pas rentrer dans une sorte d'ennui."
Je joue les yeux fermés, c'est le seul moment où je rentre à l'intérieur de moi. Je suis avec tous ceux qui nous ont quittés.
C'est ainsi sans doute qu'à 73 ans, après jusqu'à 140 concerts "et plus de 100 avions par an", "je me retrouve à 73 ans et c'est comme si j'en avais 13 et demi", s'amuse-t-il. "C'est le même instrument, la même quête, une sorte de corps-à-corps avec l'instrument, un peu comme un animal. Certains jours, on se sent en osmose avec lui ; d'autres, on n'est pas à l'aise."
"Ces derniers temps, apprécie-t-il, je me sens à l'aise. On n'est jamais en terrain conquis, il y a toujours, pas une appréhension, mais une impatience. L'important, c'est de ne pas forcer, il faut que les choses viennent naturellement. Il faut laisser venir la musique, l'émotion." Un conseil précieux, Monsieur Galliano.
Au programme du dimanche 2 juillet. Aux Mélodies de nacre : à partir de 14 h 30, Grand bal musette avec Karène Neuville, l’orchestre Quentin Laroche, Baptiste Parouty, Benoît Nortier, Baptiste Auclair et Florine Malherbe.Salle Latreille haut : à 10 h 30, Jeux de Lames & écoles de musique de Tulle et Brive.
Blandine Hutin-Mercier