Insultes et menaces envers le personnel de l'hôpital de Guéret : un homme condamné
L'ombre de l'affaire de l'infirmière tuée à Reims il y a huit jours a plané ce mardi 30 mai au tribunal judiciaire de Guéret.
45 minutes d'attenteUn homme de 56 ans était poursuivi en comparution immédiate pour injures et menaces envers le personnel du centre hospitalier de la ville préfecture, dimanche 28 mai. Ce jour-là, le prévenu est transporté aux urgences de l'hôpital de Guéret après un accident de vélo. Il a une blessure au crâne qui saigne. Après un rapide examen, elle semble bénigne. Dans l'attente d'être ausculté par un médecin, du paracétamol lui est proposé, mais il refuse. Au bout de 45 minutes, il décide de s'en aller, l'indique au personnel soignant qui lui aurait répondu : « vous n'avez qu'à partir ».
Le quinquagénaire laisse alors éclater sa colère. Il insulte une infirmière : « Toi, tu n'es qu'une salope ! (...) Change de métier ! » Il menace un aide-soignant de lui « casser la tête », puis un autre professionnel. « Je te casse la gueule quand je veux. On sort tout de suite et je te tue quand je veux ! » Au total, six personnels soignants vont subir ses menaces et/ou insultes. Avant qu'il soit appréhendé par des agents de police, dont l'un va aussi être insulté.
« Immaturité »À la barre du tribunal ce mardi 30 mai, le prévenu a fini par reconnaître ses torts. « J'étais énervé et injurieux. » S'il s'est emporté, c'est parce qu'il était « très mal », « sous le choc » et qu'il n'a pas supporté un soi-disant manque d'attention du personnel à son égard. Il voulait qu'on prenne de ses nouvelles, qu'on lui adresse un sourire.
« Je ne voudrais pas paraître dans le jugement, même si c'est mon rôle, mais vous renvoyez quand même l'image d'une grande immaturité », a déclaré le président du tribunal Michael Humbert. Et de comparer l'attitude du prévenu à celui d'un « petit enfant qui a besoin qu'on s'occupe de lui ». « Pas de l'immaturité, mais je suis dans une grande souffrance », a répondu le quinquagénaire, actuellement sans profession, mais qui a déjà travaillé dans l'hôtellerie restauration et comme chauffeur routier.
« Comportement lamentable »« Aux urgences, c'est le Roi ! », a tancé la procureure de la République Alexandra Pethieu. Avant de dénoncer le « mépris », le « comportement lamentable » du prévenu envers les professionnels de santé, déjà condamné par le passé pour outrage à magistrat. « Ses propos sont l'apanage de quelqu'un qui estime que tout lui est dû ». Elle a requis 150 heures de travaux d'intérêt général à effectuer sous 18 mois – sous peine d'écoper de quatre mois de prison – ainsi qu'un stage de citoyenneté et une privation des droits civiques pour deux ans.
L'avocat du prévenu, Hedi Zarrouk, a résumé l'attitude de son client à une « explosion très impressionnante », mais qui, « au-delà de quelques étincelles » ne met pas « vraiment en danger ». « C'est quelqu'un qui a besoin d'exprimer son ressenti, même si ça peut être éruptif. » Et de convenir de la pertinence de la peine de travail d'intérêt général requise par la procureure.
Protection du personnel soignantQue le tribunal a choisi de faire sienne. Le quinquagénaire a également été condamné à payer 150 euros d'amende pour outrage à un agent dépositaire de l'autorité publique et un euro symbolique pour le seul des six soignants s'étant porté partie civile.
En conclusion, Michael Humbert s'est référé à l'affaire de l'infirmière tuée par un patient à Reims le 22 mai dernier. Il a estimé que « si on en arrive là, c'est peut-être parce qu'on laisse passer parfois des choses moins graves ».
Le personnel médical réclame la protection que la justice – et à travers elle, la société –lui doit.
Daniel Lauret daniel.lauret@centrefrance.com