Il est l'oublié du tabassage mortel de Mauriac : "Ce soir-là, il y aurait pu y avoir deux morts !"
Il s’agace, s’énerve même, et surprend. Il n’a pourtant pas l’air d’être du genre à élever le ton, ce quinquagénaire grisonnant venu au tribunal dans un costume qu'il ne porte pas souvent. Il a l’air un peu perdu, avec un sac à dos d’enfant, rose, jeté en travers de l’épaule.
Mais après quatre ans d’errance judiciaire, il veut être entendu.
« Ce soir-là, il y aurait pu y avoir deux morts. Si je ne me réfugie pas chez mon collègue, c’est moi qui passe à la casserole ! »
Ce n’est pas la première fois qu’il raconte sa version du 4 septembre 2019. Il l’a déjà fait… devant une cour d’assises. Ce jour-là, à Mauriac, le couple composé de Maryline Cordier et Kévin Guilhem tabasse à mort Kevin Prestavoine, l’ex de la première. Les deux amants seront condamnés, en appel, à huit ans de prison pour elle, douze ans de réclusion criminelle pour lui.
Le quinquagénaire au sac d’enfant n’était alors qu’un détail de la sordide journée. Le 5 septembre, alors que les deux amants sont en garde à vue, il se présente à la gendarmerie. Il explique avoir, lui aussi, été poursuivi et frappé la veille par le couple. Il arrive finalement à se réfugier chez un ami, tremblant.
Le mobile est tout trouvé : Maryline Cordier hait cet homme qui l’a harcelé sexuellement, en 2013, après une éphémère liaison. Des faits pour lesquels il a été condamné, en 2017, même s’il peine à s'en rappeler.
Dans la hâte d’une procédure criminelle, un gendarme prend la plainte, et quelques questions sont posées au duo, à ce sujet, au milieu du reste. Ensuite ? Plus rien. L’affaire est classée. L’homme est convoqué comme témoin aux assises, mais il faudra que Me Corinne Sermadiras se batte pour qu’il soit vu comme une victime du duo.
Tabassé à mort à Mauriac (Cantal) : 25 et 12 ans de réclusion criminelle requis, tensions entre les deux avocats de la défense
Quatre ans après, le dossier, composé de quelques brefs morceaux d’audition extraits de la dizaine de tomes du versant criminel, arrive au tribunal. Avec ces pauvres éléments, la présidente Amandine Mallet avance à tâtons face aux avocats des deux mis en cause, Bertrand Chautard et Géraud Méral, qui connaissent l’histoire par cœur.
Le premier hurle, comme aux Assises, estime la juge « partiale », coupable à ses yeux d’avoir oublié un élément… qu’elle n’avait pas en sa possession. Résultat ? Elle lit tout le dossier, in extenso. Ça va vite.
« Ce soir-là, il y aurait pu y avoir deux morts »Comme aux assises, les ex-amants se déchirent, et l’audience se tend. Lui ? Il reconnaît quelques coups, « elle m’a monté la tête, on est parti le voir et ça a dégénéré. » De son côté, elle dit l’avoir « insulté, bousculé, mais pas frappé ». Les deux disent avoir appris de la condamnation aux assises.
Kévin Guilhem a été condamné à un an de prison ferme, et une confusion de peine avec les douze ans de réclusion criminelle a été prononcée. Maryline Cordier a été condamnée à un an de prison avec sursis probatoire, comportant une obligation de soin. Ils devront verser, ensemble, 400 € à la victime, et ils ont interdiction de rentrer en contact avec lui.
Pierre Chambaud