Réindustrialisation : il se passe quelque chose en France, par Nicolas Bouzou
Est-ce que la France se réindustrialise comme le clament Emmanuel Macron et Bruno Lemaire ? Le diagnostic est précipité mais, clairement, il se passe quelque chose de positif en France. C’était suffisamment souhaité pour être signalé. Chacun sait que la désindustrialisation a été particulièrement violente dans le pays, autant qu’au Royaume-Uni. La part de l’industrie dans le PIB a été divisée par 2 en quarante ans, ce qui a eu des conséquences négatives sur le niveau du PIB lui-même. En effet, à partir d’un certain niveau, le manque d’industrie est un problème pour l’économie dans son ensemble. La formule est de Nicolas Sarkozy et elle a le mérite d’être efficace : les services, c’est très bien, mais il faut bien qu’ils soient au service de quelque chose. On ajoutera que l’industrie représente les trois-quarts de la recherche et développement, et les trois-quarts des exportations.
L’activité industrielle présente, en outre, le mérite d’être répartie géographiquement. En général, les services sont dans les métropoles, et les usines dans les territoires plus ruraux car elles ont besoin de place. Cette remarque est cruciale si on se soucie non seulement de macroéconomie mais aussi d’aménagement du territoire et de cohésion sociale. Le principal signal de réindustrialisation de la France réside dans son attractivité. Présent à Versailles lors du sommet Choose France, j’ai pu noter à quel point le discours des entrepreneurs étrangers sur la France était devenu positif. Notre président est vu comme l’un des plus "pro business" au monde, alors que les dirigeants étrangers ont toujours le Brexit en tête et s’inquiètent d’un chancelier allemand qui compte des écologistes pas toujours pragmatiques dans son gouvernement. D’ailleurs, nos chiffres d’attractivité sont encourageants.
D’après le baromètre annuel d’Ernst & Young, 1 725 projets (de nouvelles usines ou d’extensions) ont été dénombrés en 2022, une hausse de 7 % par rapport à 2021. Ces nouveaux projets ont permis de créer ou de maintenir 58 810 emplois, soit une augmentation record de 31 % par rapport à l’année précédente. Ce ne sont, certes, que des projets, mais c’est un signal positif.
Trop tôt pour crier victoire
En la matière, la France est le leader européen même si nos projets sont, en moyenne, plus petits et assez peu créateurs d’emplois par rapport à l’Allemagne ou au Royaume-Uni. L’arrivée du taïwanais ProLogium à Dunkerque constitue une nouvelle particulièrement heureuse. Ce projet de 5 milliards d’euros devrait générer 3 000 emplois. ProLogium va y développer une technologie de batteries solides qui permet d’augmenter la densité énergétique et de diminuer le temps de recharge. C’est aussi une excellente initiative pour la région des Hauts-de-France, qui s’impose sous la présidence hyperactive de Xavier Bertrand comme la vitrine de la réindustrialisation française. La région va accueillir les quatre gigafactories de la France : celle d’ACC, détenue par Stellantis, TotalEnergies et Mercedes, à Douvrin ; celle d’Envision, à Douai, sur le site de Renault ; et celle de Verkor, qui compte Alpine parmi ses clients, à Dunkerque également.
Pour autant, peut-on déjà parler de réindustrialisation ? Honnêtement, il est trop tôt pour le dire. Certes, la production industrielle française remonte. Mais en prenant un peu de recul temporel, on voit que le mouvement est minuscule. Malgré cette amélioration, notre production industrielle est au même niveau qu’en 1997. L’expression exacte serait donc "début de potentielle réindustrialisation". Cela peut sembler décevant mais après le carnage industriel des vingt dernières années, c’est encourageant.
Cela montre aussi que la politique de l’offre menée depuis le rapport Gallois de 2012 et amplifiée depuis six ans, faite de flexibilisation du marché du travail, de baisse des impôts sur le capital et les entreprises, est la bonne. Militons pour qu’elle soit pérennisée dans le temps car le combat pour l’attractivité industrielle ne sera jamais définitivement gagné et complétons-la en lançant enfin le chantier de la simplification. En France, il faut compter environ un an et demi de procédures pour implanter une usine. Notre passion normative serait capable de faire avorter une réindustrialisation que nous souhaitons ardemment.
* Nicolas Bouzou est économiste et essayiste