Science-fiction : les 10 meilleurs romans post-apocalyptiques
LA NOUVEAUTÉ
SWAN SONG, par Robert McCammon (1987)
Ils l’ont fait ! L’apocalypse nucléaire a détruit la Terre. Dans ce qu’il en reste, plusieurs survivants tentent de retrouver un sens à une vie devenue aussi compliquée que dangereuse. Certains choisissent la violence, d’autres tentent de préserver les relations humaines… Célèbre aux Etats-Unis, où il est sorti en 1987, ce roman apocalyptique suit sur un rythme d’enfer une lutte presque métaphysique entre le bien et le mal. D’un côté, un homme diabolique ouvrant la voie à des légions de démons, de l’autre des "gens de peu" (une sans-abri, une jeune fille douée d’un don merveilleux, un adolescent et un colonel) tentant de maintenir un espoir pour l’humanité. Mêlant le merveilleux au réalisme le plus cru, faisant intervenir un anneau aux pouvoirs surnaturels, prenant le temps (plus de 1 000 pages) de camper et faire vivre des personnages intenses, étalant son histoire sur près de dix ans, McCammon signe une des grandes réussites de ce qui est devenu un genre. Et qui est pour la première fois publié en France ! On appréciera en particulier la façon terrifiante de décrire les attaques nucléaires et l’hiver qui les suit…
Swang Song (I et II), par Robert McCammon. Trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Charles Khalifa. Monsieur Toussaint Louverture, 540 p., 12,50 € chacun.
LES CLASSIQUES
LA PESTE ÉCARLATE, par Jack London (1912)
Comme dans La Route, de Cormac McCarthy (voir plus bas), un vieil homme et un enfant parcourent un monde dévasté. Une épidémie a ravagé le monde. Avec elle ont disparu la solidarité et l’attention aux autres. Ce sont de ces dernières que le vieil homme tente de parler aux enfants au coin du feu, le soir, dans la baie de San Francisco, envahie à nouveau en cette année 2073 par la végétation, essayant de les convaincre qu’il faut reconstruire autre chose. Quatre ans avant sa mort, à 40 ans, dans des circonstances qui laissent certains envisager l’hypothèse d’un suicide, Jack London résume dans cet apologue une vie de combats et d’engagements. La fable est lumineuse et pessimiste, qui dénonce l’incapacité de l’homme à faire autre chose que détruire. Ce court et fulgurant récit annonce tous ceux qui sont chroniqués dans les notules à venir.
La Peste écarlate, par Jack London. Trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Louis Postif. Librio, 112 p., 2 €.
RAVAGE, par René Barjavel (1943)
En 2052, dans une société hypermécanisée, une panne énergétique inattendue provoque à court terme la chute de l’humanité, qui, rendue à elle-même, panique et sombre dans la violence. Quelques survivants tentent de recréer une amorce de civilisation rurale et non technologique. Le chemin sera difficile. La vision est clairvoyante, la description des temps futurs reste saisissante. Le livre se termine par une apologie du monde paysan. Sa sortie pendant l’Occupation et l’évolution très droitiste de son auteur éclairé l’ont parfois fait considérer comme vichyste. L’hypothèse peut se défendre, mais n’enlève rien au plaisir que l’on prend encore à la lecture de ce roman quatre-vingts ans après sa sortie, et qui reste l’un des plus célèbres de la SF française.
Ravage, par René Barjavel. Folio, 313 p., 8,20 €.
JE SUIS UNE LÉGENDE, par Richard Matheson (1954)
Etre le dernier de son espèce… Robert Neville est le seul à avoir échappé à une pandémie qui a transformé les humains en vampires. Il essaie de lutter contre les attaques de ses congénères en sortant la journée avec d’infinies précautions et en se barricadant chez lui la nuit. Mais à quoi riment cette volonté de survie et ce souci de garder sa vraie nature quand tout autour de soi plus rien n’y répond ? Comment ne pas sombrer dans la folie quand la solitude est à la fois extrême et sans fin ? Si, aujourd’hui, les passages scientifiques tentant d’expliquer la maladie paraissent un peu vieillis, tout le reste de ce roman adapté trois fois au cinéma continue de fasciner. Crédibilité des situations, humanité du héros, économie de moyens, conclusion surprenante : ce livre est une légende…
Je suis une légende, par Richard Matheson. Trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Nathalie Serval. Folio, 240 p., 8,10 €.
MALEVIL, par Robert Merle (1972)
On l’oublie trop souvent, tant sa vaste fresque historique Fortune de France en 13 volumes a (trop, pensent ses admirateurs) occulté le reste de son œuvre, mais Robert Merle a écrit quelques romans de SF notables : Un animal doué de raison, Les Hommes protégés, Le Propre de l’homme et ce Malevil, sa plus belle réussite dans le genre. A Pâques 1977, une catastrophe nucléaire ravage la planète. A Malevil, dans la campagne française, quelques survivants, regroupés dans un château moyenâgeux, s’organisent. Comment dégager une autorité, comment réussir à planifier l’essentiel, comment résister aux hordes de bandits qui se mettent à dévaster le peu qu’il reste ? Gardant le ton de fable de ses grands livres, Merle délaisse le scientifique pour s’intéresser à l’homme et à ses réactions en temps de crise. Montée de l’autoritarisme, choix cruels mais nécessaires, reconstruction parfois hasardeuse… Malevil, c’est l’arche de Noé dans la campagne française.
MALEVIL, par Robert Merle. Folio, 640 p., 12,20 €.
LES DERNIERS HOMMES, par Pierre Bordage (2002)
A l’origine, Pierre Bordage voulait retrouver l’esprit du bon vieux feuilleton et publia ses Derniers Hommes en six livraisons successives chez Librio. Aujourd’hui, on ne le trouve plus qu’en un seul volume, et c’est dommage, tant l’art du récit de ce grand conteur y était titillé par la contrainte. Une centaine d’années après une guerre nucléaire, la vie sur Terre est devenue presque impossible, et les hommes ne sont plus que des nomades cherchant ce trésor désormais trop rare qu’est l’eau. Du coup, on voyage beaucoup dans une Europe envahie par une nature mutante. Humanisme et écologie sont des ingrédients parfois insipides : Bordage en saupoudre sa soupe apocalyptique en marmiton de talent.
Les Derniers Hommes, par Pierre Bordage. Au diable Vauvert, 700 p., 23 €.
MÉTRO 2033, par Dmitri Gloukhovski (2005)
Russie, 2033. Vingt ans après une guerre nucléaire, des Moscovites survivent dans le métro. Chaque station abrite une forme différente de gouvernement (dictature, sectes, résurgences nazies, rien de très réjouissant…), alors que les souterrains sont laissés aux exclus. C’est ce terrain plus que miné que doit arpenter Artyom, chargé d’un message capital (des mutants arrivent…) pour la seule communauté de stations fonctionnant encore avec humanité. Pour y arriver, il va lui falloir traverser les pires zones du réseau… Si on peut regretter la quasi-absence de femmes dans cet univers très viril, cette vision musclée de notre avenir réussit à faire du métro, entrelacs de tunnels cachant tous les dangers possibles et véhiculant les pires légendes urbaines, un personnage à part entière. Un succès mondial a salué cette anticipation, qui a déjà inspiré trois suites à son auteur et la reprise de cet univers par plusieurs autres écrivains, dont le Français Pierre Bordage, présent plus haut avec Les Derniers Hommes.
Métro 2033, par Dmitri Gloukhovski. Trad. du russe par Denis E. Savine. Le Livre de poche, 864 p., 10,40 €.
LA ROUTE, par Cormac McCarthy (2006)
L’un de ces rares livres de genre reconnus comme des chefs-d’œuvre par ceux qui n’en lisent jamais. Dans un monde dévasté et glacé, un père et son fils marchent sur une route vers le sud, poussant un caddie plein et tentant d’échapper à des hordes de cannibales. Ils n’ont pas de nom, nous ne saurons jamais ce qui a provoqué la catastrophe… Malgré le désastre, le père tente d’apprendre à son fils le sens que peut encore avoir la vie… Dans une langue d’un dépouillement total, McCarthy bouleverse avec rien. Dialogues monosyllabiques, descriptions épurées, chapitres courts : on est parfois proche du squelette, mais l’auteur crée une tension constante. Au-delà de la survie ne reste bientôt plus que l’idée de sauver l’espoir et la nécessité de la transmission envers et contre tout. Et ce roman désolé devient œuvre de foi.
La Route, par Cormac McCarthy. Trad. de l’anglais (Etats-Unis) par François Hirsch. Points, 256 p., 7,90 €.
L’ANNÉE DU LION, par Deon Meyer (2016)
Avec ce gros roman postapocalyptique, le maître sud-africain du polar changeait de genre mais pas d’obsessions. A travers le combat d’un homme et de son fils pour recréer une amorce de civilisation dans un monde où un virus a anéanti 90 % de la population, Meyer s’interroge à nouveau sur les capacités de l’homme à vivre en communauté et à laisser ou non la violence tout contaminer. Qu’est-ce que construire un nouveau monde ? Comment réinventer la politique, le commerce, l’économie, la hiérarchie ? Qu’est-ce qu’un leader ? Choral, grouillant de personnages, mêlant l’enquête du fils sur la mort de son père aux témoignages des pionniers de l’expérience, ce pavé amène une réflexion sur l’utopie et ses ambiguïtés sans pour autant oublier de tresser une intrigue palpitante. Le changement de registre sied à Deon Meyer.
L’Année du lion, par Deon Meyer. Trad. de l’afrikaans et de l’anglais (Afrique du Sud) par Marie-Caroline Aubert et Catherine Du Toit. Points, 720 p., 9,30 €.
ET TOUJOURS LES FORÊTS, par Sandrine Collette (2020)
Loin du CinémaScope flamboyant de Swan Song, rien ici n’est spectaculaire. A peine comprend-on que l’apocalypse a été climatique que Sandrine Collette resserre son objectif sur un survivant, Corentin, qui oscille entre combativité et désespoir, se débat contre la folie, contre le manque d’amour, contre le vide et la disparition des couleurs. Pour lutter, il n’a guère, au-delà des gestes de survie, que le souvenir de son arrière-grand-mère, celle qui l’a élevée, Augustine, qu’il va vouloir retrouver de façon obsessionnelle. L’écriture est sèche, poétique, faite de phrases courtes et de fréquents retours à la ligne. Pas d’effets, pas d’apitoiement, juste un être saisi au plus près dans ses espoirs et ses craintes.
Et toujours les forêts, par Sandrine Collette. Le Livre de poche, 332 p., 7,90 €.