Les matériaux de la Muraille de Chine à Clermont-Ferrand seront réutilisés
Entre 150 et 160 tonnes de bois ; quelque 40.000 tonnes de béton… On est dans le gigantisme. Haute de près de 30 mètres et longue de 320 mètres, la Muraille de Chine de Clermont-Ferrand a commencé à se faire grignoter en avril. La déconstruction doit durer trois mois et demi environ, soit une semaine par entrée.
En photosDes dizaines de personnes viennent la prendre en photo quotidiennement, regarder l’avancée des travaux, admirer le travail de " Caroline ", cet engin qui la déconstruit un peu plus chaque jour.
Mais tout n’a pas commencé hier. En 2018, deux ans après la décision, par Clermont Auvergne métropole, de ne pas garder cette barre d’immeuble d’un autre temps, un " diagnostic déchets " a été établi.
" Il s’agissait de caractériser tous les matériaux, quantifier les volumes, identifier les filières possibles de réutilisation ".
Vincent Moretton, conducteur de travaux, et Cédric Prodhomme, responsable du service renouvellement urbain chez Assemblia. Photo Fred Marquet Résultat, quand les entreprises ont postulé, elles savaient assez précisément quels seraient les matériaux et leur quantité pour établir leur devis.
" Le critère environnement était important, il représentait un quart de la note », précise Cédric Prodhomme. « Nous ne pouvions pas passer à côté de ce thème ".
C’est Demcy, entreprise nationale avec une antenne à Lempdes, qui l’a emporté, principalement pour sa proposition de recyclage. " Il fallait, d’abord, dépolluer le bâtiment ", précise Cédric Prodhomme, " ôter les matériaux dangereux ".
AmianteLa Muraille, comme tous les bâtiments de son époque (les premiers locataires sont arrivés en 1961), était chargée d’amiante, dans les sols, la toiture-terrasse, dans certaines faïences et dans les plafonds des porches, « la mauvaise surprise du chantier », confie Vincent Moretton, conducteur travaux.
« Tout est très codifié, cadré », insiste Cédric Prodhomme. L’entreprise Demcy a cotraité avec deux désamianteurs. Le produit est enfermé dans des doubles sacs transportés dans un camion scellé, jusqu’à un centre d’enfouissement. Un bordereau de suivi permet la traçabilité...
Au préalable, il y avait eu la période du « curage ». Il s’est agi d’enlever ce qui pouvait être revalorisé, comme le bois des portes et des plinthes, qui ont fait l’objet de revalorisation énergétique. « Le but est d’arriver à une coque “propre”, afin de pouvoir concasser le béton ».
Les fenêtres en PVC ont été démontées pour être recyclées et redeviendront… des fenêtres en PVC?; la ferraille sera refondue par des ferrailleurs… et le béton ira sur une plateforme de recyclage pour être concassé et devenir des cailloux de quelques centimètres pour faire des routes… Certains gravats iront à Pont-du-Château pour être traités?; et d’autres reviendront pour combler les caves de la Muraille.
La Muraille sous forme de petits caillouxLes blocs de béton s’entassent au pied de l’immeuble en destruction. Photo Fred MarquetEntre 5.000 et 8.000 tonnes supplémentaires de béton (aux 4.000 tonnes déjà prévues) seront réutilisées avec l’objectif « d’augmenter cette part pour que ça puisse profiter au parc » qui doit être aménagé sur le lieu de la Muraille et en contrebas, sur une surface de 2,5 ha.
« Nous travaillons à optimiser ce qu’on enlève », ajoute Cédric Prodhomme. « Nous insistons sur cette exemplarité qui fait que ce projet est socialement, économiquement et écologiquement responsable et nous en sommes fiers », renchérit Marion Canalès, présidente d’Assemblia. « Nous avons décrété une politique et nous la mettons en application ». Une fois disparue, la Muraille sera encore un peu là. Sous forme de petits cailloux. Comme l’écrivait le mathématicien et chimiste Lavoisier en 1789 : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».
Véronique Lacoste-Mettey veronique.mettey@centrefrance.com