Quand le gouvernement de la Troisième République fichait et notait les curés de la Creuse
De 1801 à 1905, sous le régime du Concordat, le Gouvernement rémunérait les ecclésiastiques. Chacun avait sa fiche où les préfets inscrivaient des renseignements sur sa conduite morale et politique, pris en compte pour les changements de paroisse et promotions (voir notre édition de dimanche dernier). Dans la Creuse, les prêtres les mieux notés étaient, bien sûr, ceux qui ne confondaient pas la célébration de la messe avec un meeting politique, à cette époque où les rapports de l’Eglise avec la Troisième République étaient parfois tendus.
Ainsi Auguste Cléopas, curé de Budelière, proposé en 1896 pour Châtelus-Malvaleix : « Conduite et moralité bonnes ; attitude politique correcte ; très sympathique ». Étienne Defournoux, curé de La Villeneuve, obtient en 1895 la paroisse de Crocq avec cet avis : « Prêtre très distingué, d’une conduite irréprochable. Ne s’occupe pas de politique, a des idées très larges et très libérales ». Jean Clément, curé de Saint-Hilaire-la-Plaine, nommé en 1899 à Ajain : « Conduite irréprochable, vit très retiré, ne s’occupe pas de politique ». Adolphe Diverneresse, desservant de Vidaillat, proposé en 1892 pour la cure de Châtelus-le-Marcheix : « Conduite et attitude bonnes ; il n’a jamais manifesté d’hostilité politique ».
Firmin Gras, curé de La Courtine, nommé en 1897 à Grand-Bourg : « Bons renseignements, attitude politique correcte ». Hyacinthe Lagoutte, vicaire à Bonnat, obtient en 1887 la cure de Pontarion : « Bons antécédents. Ne s’occupe pas de politique. On peut l’agréer » ; démissionnaire en 1899, il se voit allouer en 1900 une pension de 600 francs. Pierre Lebayle, curé de Pontarion, proposé en 1886 pour Pierre-Buffière (Haute-Vienne) : « Ses antécédents ne laissent rien à désirer ; ne s’est jamais occupé de politique. Conciliant avec l’autorité civile ».
Jean-Baptiste Meunier, desservant de Saint-Loup-les-Landes, proposé en 1902 pour la cure de Bussière-Dunoise : « Conduite et moralité bonnes, attitude politique correcte. Agréer ». Charles Moussard, curé de Châtelus, agréé en 1896 pour Nexon (Haute-Vienne) : « Passe pour avoir des idées assez libérales ; très charitable ; ne s’occupe pas de politique ». Francis Remond, économe du petit séminaire d’Ajain, proposé en 1893 pour la cure de Chénérailles : « Libéral, n’a jamais manifesté d’opinions hostiles et ne s’occupe que de son ministère. C’est un bon choix à ratifier » ; un secours lui sera refusé, sa situation de fortune étant très satisfaisante selon le préfet. Marien Sapin, curé de Gentioux, est agréé en 1894 pour la cure de Bellegarde : « Très aimé, très estimé à Gentioux, il ne s’occupe pas de politique ». Michel Villatel, desservant de Saint-Merd-la-Breuille, proposé en 1897 pour la cure de Mortemart (Haute-Vienne) est agréé : « Très aimé, très charitable, cet ecclésiastique est toujours resté étranger aux luttes politiques ».
Alexis Duméry, desservant de Saint-Maurice-près-Crocq, « a conservé de son passage dans l’armée une rondeur (sic) et une tolérance très appréciée dans le pays ». Il arrive que le préfet mette un bémol à son appréciation. Sur la fiche d’Antoine Southier, desservant de Toulx-Sainte-Croix, proposé en 1887 pour la cure de Chénérailles, il écrit : « Son attitude politique, sans être excellente, n’a jamais donné lieu à difficultés. Sa moralité ne serait pas à l’abri des reproches, mais impossible de rien préciser ni prouver ».
Soutenus par des élusPlus étonnant, les fiches préfectorales mentionnent le soutien d’élus à des ecclésiastiques : Sébastien Chateignier, desservant de la cure de Cressat, proposé en 1903 pour celle de Jarnages, est recommandé par les sénateurs Mazières et Dufoussat. En 1895, les députés Codet, Cornudet et Lavertujon recommandent Antoine Cialis, curé de La Souterraine, proposé au personnat (NDLR : bénéfice dans une église cathédrale ou collégiale donnant préséance sur les chanoines). Quant à Jacques Gomot, vicaire à Mainsat, proposé à la cure d’Arfeuille-Châtain, il bénéficie de la recommandation du sénateur Fourot et… de l’instituteur de Mainsat. Comme quoi les relations n’étaient pas toujours mauvaises avec les représentants de l’école laïque.