Cette exposition d'Ilanit Illouz à Aurillac ne laisse personne indifférent, découvrez pourquoi
Les Dolines évoquent l’érosion circulaire dûe à l’activité de l’Homme. Le sol qui s’affaisse, et qui crée une crevasse. Le sel est fossilisé en mouvement. Et Ilanit Illouz a marché dessus. Ou plutôt dedans. À tout moment, il peut s’effondrer. Son rapport était empirique. Lorsqu’elle part pour ce lieu, frontière géopolitique entre la Cisjordanie, Israël, et les rives de la mer Morte, c’est avec son projet photo en tête. « C’est le lieu du premier gisement de bitume de Judée, la première photo de Niepce. Je questionne une zone d’effondrement entre ces paysages lunaires et les oueds. » L’expérience de la marche la mène à la matière. À ce rapport plastique, entre dérives (marches courtes) et récoltes.
L’histoire d’un lieu matérialisé par le selLe sel l’interpelle, la fascine. Le sel et son paradoxe. Liquide ou solide. Il peut détruire ou conserver. « Quand je reviens avec ce sel de la mer Morte, j’ai eu envie de reconstituer une sorte de géologie du territoire. » Une matérialité. Lien concret entre la photo et le territoire.
Sa technique est unique. Elle travaille une sédimentation. « Elle crée une matrice, avec de l’eau et du sel. Le papier, tissé, crée une synergie de matières. Chaque tirage a sa temporalité », dit-elle. Comme la ligne du temps qui s’étire, le tirage pigmentaire (il s’agit de jet d’encre) réagit avec son environnement, à l’humidité, à l’air. L’image, elle, ne bouge plus. L’évaporation permet d’obtenir ces petites roches cristallisées, que l’on voit à l’œil nu, sublimées par l’éclairage des Écuries. C’est ce qu’elle recherche : la mise en relation de cette matière, par rapport à une symbolique, celle de l’eau qui se retire, et de la mer qui s’assèche. « Une grosse problématique pèse sur la mer Morte à cause du Jourdain qui ne s’y jette plus. »
Toutes ces questions historiques et géopolitiques apportent aussi, à mon sens un aspect intime et universel.
Il y a un peu de Tarkovski dans ses œuvres. Les grands formats surtout. Happé par l’eau qui n’en est plus. C’est involontaire, « Stalker, on aime, c’est vrai. » C’est la première fois qu’elle déploie autant de ce travail-là, initié en 2016 et dont elle a publié un livre en édition limitée (*). Du reste, elle a pensé cette première expo, à Aurillac, comme le cinéma. « Par séquences. Parce que le paysage, c’est le regard qui se souvient, et ce rapport à la répétition, au mouvement, me fascine. »Dolines a reçu le prix Découverte Louis Roederer aux Rencontres d’Arles en 2020 et a été nommée au prix Shpilman en 2022.
Anna Modolo
(*) En vente aux Écuries pendant la durée de l’exposition.
Pratique. Entrée Libre, du 27 mai au 26 août, de 14 heures à 18 heures, fermeture exceptionnelle le 14 juillet.