Au procès du violoncelliste Jérôme Pernoo, dénégations et incompréhension
L'ancien professeur du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP), 51 ans, conteste en bloc les accusations.
Jérôme Pernoo est d'abord soupçonné d'agression sexuelle sur mineur, en 2005 à Londres, sur un élève à l'époque âgé de 14 ans, selon qui son professeur lui a "caressé le sexe par surprise alors qu'il était endormi dans son lit".
Le jeune homme, âgé aujourd'hui de 32 ans, a été son élève alors qu'il avait entre 10 et 17 ans, en particulier lors de stages, et il le considérait comme son "père de substitution", ayant perdu son père très jeune.
"Cette scène n'a absolument jamais existé", a affirmé Jérôme Pernoo, assurant ne "jamais" avoir "réveillé un élève dans son lit" face à une salle d'audience comble.
Au contraire, le trentenaire a maintenu son récit à la barre, se disant "très en colère" contre son ex-enseignant qui "le fait passer pour un mythomane fou".
Jérôme Pernoo est par ailleurs soupçonné de harcèlement sexuel sur deux jeunes majeurs entre 2011 et 2016, un homme et une femme.
Le premier était l'élève du violoncelliste au conservatoire: considérant son professeur comme un "père spirituel", il a décrit de sa part des "claques sur les fesses", des "chat-bites" (jeu a priori potache à connotation sexuelle), des baisers "volés".
Jérôme Pernoo a réfuté n'avoir "jamais" eu ces gestes sur "aucun élève".
Pouvoir
Le jeune homme a également décrit, lors d'une soirée alcoolisée pendant un voyage en Biélorussie, l'invitation à "honorer une tradition russe" consistant à s'embrasser sur la bouche après avoir trinqué. Après avoir accepté une première fois, l'élève a affirmé avoir dû refuser à plusieurs reprises les sollicitations du professeur.
"Cette scène est complètement construite, inventée", répète le prévenu.
La jeune femme en pantalon vert et haut blanc, relate la voix tremblante, au cours de ce même voyage une scène où Jérôme Pernoo lui touche les seins sous couvert d'un jeu "pouet-pouet" alors qu'elle est en pyjama. Elle le repousse mais "le professeur de violoncelle exceptionnel" prend alors la situation à la rigolade.
"Je n'ai pas touché (ses) seins, ce n'est pas du tout mon genre d'humour. Je ne fais pas de chat-bite, de pouet-pouet !", affirme Jérôme Pernoo, balayant aussi l'accusation de la jeune femme sur le surnom qu'il lui aurait donné à l'époque, "ma petite chatte".
Fin 2022, un jeune musicien renommé, jusqu'ici intervenu en soutien de son mentor, a choisi à son tour de dénoncer des faits.
Une autre enquête a été ouverte et Jérôme Pernoo a été cité pour agression sexuelle sur mineur par personne ayant autorité, à l'époque où le jeune homme avait entre 15 et 17 ans, et pour harcèlement sexuel, à une époque où il était devenu majeur.
Le jeune violoncelliste a expliqué que le prévenu avait entre autres "cherché à l'embrasser", lui avait "imposé diverses caresses" et envoyé "de nombreux messages d'amour". "J'ai failli me foutre en l'air à cause de lui (...) explique-t-il dans une atmosphère pesante. Il ne sait pas faire la différence entre enfants, adolescents, adultes", lâche le jeune homme en larmes à la barre, en chemise blanche et jean noir.
Enseignant au CNSMDP depuis 2007, M. Pernoo a été suspendu, puis licencié sans préavis ni indemnité en mai 2022 à la suite d'une enquête administrative et d'une procédure disciplinaire. Une décision confirmée en novembre par le tribunal administratif: l'enseignant a fait appel.
"J'ai perdu mon travail, je n'ai plus d'argent, plus personne ne m'invite à un concert", a lancé M. Pernoo.
Les réquisitions sont attendues dans la soirée.