Enlèvement d'Eya : deux mandats d'arrêt européens délivrés contre le père et son complice présumé
La petite Eya, 10 ans, enlevée violemment par son père en Isère jeudi sur le chemin de l'école, était toujours recherchée vendredi, les enquêteurs s'orientant désormais vers la piste d'un départ à l'étranger.
Une information judiciaire a été ouverte pour "violences aggravées sur la mère de l’enfant", "violences" sur la mineure pour les deux mis en cause, "soustraction par ascendant" pour le père et "complicité de soustraction par ascendant" pour son complice, a annoncé le procureur, précisant que les mandats délivrés pour les deux hommes ont été "diffusés dans le cadre d’un mandat d’arrêt européen".
"Les éléments en notre possession laissent penser que le père, son complice et l'enfant sont maintenant à l'étranger", a indiqué le procureur de Grenoble Eric Vaillant dans un communiqué.
"Les pays de destination possibles sont évidemment la Suède et la Tunisie", a-t-il ajouté, ces deux pays correspondant à la double nationalité du père, âgé de 53 ans.
Plus tôt dans la matinée, le parquet, qui va ouvrir une information judiciaire "afin d'obtenir la délivrance des mandats d'arrêt", avait levé l'alerte enlèvement déclenchée jeudi soir.
"Il a été mis fin à l'alerte enlèvement mais l'enquête se poursuit bien évidemment, Eya n'étant pas encore été retrouvée. La police judiciaire a reçu environ 70 messages dont certains sont encore en cours d'exploitation", a expliqué le procureur.
"Les services de police européens et les magistrats de liaison français en poste dans les pays dans lesquels le père est susceptible de se rendre sont en alerte", a encore précisé le parquet.
La mère de la fillette gazée par le père et "un complice encagoulé"
La fillette de 10 ans a été enlevée jeudi vers 08H15 pendant qu'elle marchait avec sa mère dans la rue pour se rendre à son école de Fontaine, en banlieue de Grenoble, où elle est scolarisée en CM2.
Selon le parquet, le père "et un complice encagoulé" ont "gazé avec du produit lacrymogène la mère de la petite fille" avant de s'emparer d'Eya.
La mère, âgée de 33 ans, a expliqué au Dauphiné Libéré jeudi qu'elles avaient été soudainement bloquées par un véhicule, à l'intérieur duquel elle dit avoir reconnu le père de l'enfant. Pendant que le conducteur l'aspergeait de gaz lacrymogène, son "ex-mari a attrapé (l'enfant) par les cheveux et l'a fait monter de force sur la banquette arrière avec lui", a-t-elle encore affirmé, disant craindre qu'il ne l'emmène à l'étranger.
Un agent du centre social devant lequel les faits se sont déroulés a tenté d'intervenir, en vain, a indiqué à l'AFP le maire de cette commune de 23.000 habitants, Franck Longo. L'élu souligne également "l'élan de solidarité des habitants, notamment sur les réseaux sociaux, qui ont alerté de l'enlèvement puis relayé l'alerte".
L'enquête sur l'enlèment d'Eya, une fillette vivant dans l'Isère, a évolué très vite
La photo de la fillette et du père ainsi que son identité avaient été diffusées avec l'alerte enlèvement. L'immatriculation de la Peugeot 306 au volant de laquelle il est susceptible de circuler, également. Elle avait pu être établie grâce aux images des caméras de vidéo-protection, selon M. Longo.
L'enfant, née en Tunisie où la mère était partie faire ses études et s'est mariée en 2012, a la double nationalité franco-tunisienne. La mère est rentrée en France avec sa fille en 2017, selon la presse locale.
"Au début de sa scolarisation ici, le père voyait encore sa fille. Mais il ne pouvait plus la voir depuis longtemps", a aussi affirmé le maire, précisant que la mère avait de la famille à Fontaine, notamment sa soeur. Selon le parquet, "le père est suspecté d’avoir été violent avec la mère dans le passé".
La maman d'Eya "passait ses journées littéralement dans sa voiture devant l'école, pour s'assurer qu'il ne viendrait pas récupérer sa fille", a aussi déclaré dans un témoignage à France Bleu Isère une de ses collègues.
Vendredi matin, une cellule d'écoute a été mise en place par le rectorat au sein de l'école Jules Ferry (200 élèves), où Eya était scolarisée depuis la grande section.
"Elle est composée d'infirmières et d'une psychologue de l'Education nationale. Elle est destinée à l'ensemble de la communauté éducative, mais les élèves de la classe d'Eya sont spécifiquement touchés", a indiqué le rectorat à l'AFP, précisant que ce dispositif serait maintenu aussi longtemps que nécessaire.
AFP