Enlisé dans son addiction, le couple écoulait un demi kilo d'héroïne par mois
Le couple a meilleure mine. Lui, 52 ans, paraît moins négligé. Elle, 41 ans, a repris du poids et des couleurs. Les joues sont moins creusées. Il y a trois mois, "Madame ne pesait que 40 kg. Monsieur n'avait pas mangé, pas dormi. Il transpirait. Ils étaient dans un état lamentable", se souvient leur avocat, Me De Pinho. Aujourd'hui "délivré de son addiction", le couple devait répondre, ce mercredi 24 mai 2023 devant le tribunal correctionnel d'Auxerre, d'un trafic d'héroïne mené à Tonnerre. Un commerce illicite dont les prévenus n'ont tiré aucun enrichissement. Tant ils étaient enlisés dans leur addiction.
Les faitsAu début de l'année 2022, une information parvient aux enquêteurs : une femme se livrerait à un trafic d'héroïne. Des écoutes, une vingtaine de surveillances et l'audition de consommateurs, dont des toxicomanes notoires, corroborent ce renseignement. L'enquête aboutit par l'interpellation d'un couple, à Tonnerre. Cette femme et cet homme, ensemble depuis plus de vingt ans. Tombés dans l'addiction il y a quinze ans, ils sont des consommateurs chevronnés devenus dealers, pour "payer nos doses", expliquent-ils. Le trafic a cru proportionnellement à leur consommation.
Le couple s'est réparti les rôles. Le quinquagénaire achète la drogue à son fournisseur, la prépare au détail. Tandis que la quadragénaire s'occupe de la vente, à son domicile. "On est des gros consommateurs, ça coûte cher. Une fois qu'on est dedans... Il fallait ça (les interpellations, Ndlr.), pour qu'on arrête", soupire la prévenue.
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La phrase"J'achetais 500 grammes par mois. On en consommait une bonne partie, le reste était vendu à des clients dans les mêmes difficultés que nous. Ça nous rapporte rien. J'ai même des dettes. Je dois 2.000 euros à mon fournisseur. [...] On prend cinq grammes par jour. C'est une inhalation toutes les heures. On ne vit plus de toute façon. La nuit, ça nous réveille. Je sais pas pourquoi on prend cette merde."
Les réquisitionsSi la représentante du ministère public a convenu que les prévenus ne se sont pas enrichis, "il ne faut pas pour autant minimiser les faits. Ils ont participé à répandre ce produit dans leur entourage. Ils se sont enfoncés eux-mêmes dans leur addiction et ont enfoncé leurs consommateurs habituels qui sont, pour certains, des amis." Dépeignant un couple en proie à "un engrenage destructeur", la substitute du procureur de la République d'Auxerre a requis trois ans d'emprisonnement dont deux ans assortis d'un sursis probatoire.
Un couple qui, d'après Me De Pinho, avait "plus d’héroïne dans le sang que dans sa poche". Le conseil des prévenus a rappelé les quantités démentielles inhalées par le couple : 3,6 kg par an. "La sanction, pour eux, elle est déjà passée. Ils ont fait trois mois de prison. Ça les a délivrés de leur addiction."
Le jugement
Le tribunal a condamné le couple à deux ans d'emprisonnement dont un an assorti d'un sursis probatoire de deux ans.
Tiphaine Sirieix