États-Unis : détérioration des problèmes frontaliers
Malgré ce qu’on peut dire contre le pays, les États-Unis demeurent une force d’attraction pour l’immigration. Mais à moins d’être très riche ou d’épouser un Américain, d’avoir une famille déjà présente, s’intégrer à la société « légalement » semble plus difficile que d’obtenir le laisser-passer A38.
C’est pourquoi des millions de personnes tentent de traverser la frontière sud, souvent au péril de leur vie. Le titre 42, imposé par Donald Trump par « urgence sanitaire » durant la pandémie, est échu depuis vendredi matin, faisant craindre une nouvelle augmentation des tentatives de traversées irrégulières. Les quelque 400 soldats et 24 000 agents de l’immigration déployés pour tenter de contrôler ce flot risquent vite d’être débordés.
Au moment d’écrire ces lignes (14 mai), il ne semble pas que la situation soit plus chaotique que d’habitude. Le secrétaire Mayorkas au Homeland Security affirme même que les traversées ont diminué. Mais pour combien de temps ?
Car depuis l’entrée au pouvoir de Joe Biden, n’en déplaise à sa porte-parole, les tentatives de traversée ont augmenté de façon exponentielle. Selon les derniers chiffres des services frontaliers, ce sont près de 192 000 personnes qui ont tenté de traverser la frontière sud du pays. C’est plus de dix fois le creux d’avril 2020, que Trump a associé à sa politique de séparation des familles – « les familles ne viendront pas si elles savent qu’elles seront séparées » a-t-il dit récemment.
Toutefois, l’administration Biden n’a guère fait mieux depuis 2021. Que ce soit la séparation des familles, un favoritisme indu envers certains pays – ce à quoi Karine Jean-Pierre se référait dans une citation plus haut – ou de fortes restrictions envers les demandeurs d’asile, elle a continué les politiques de ses prédécesseurs.
Qui plus est, elle a fermé les yeux face à des rapports alarmants citant l’exploitation d’enfants migrants. Une lanceuse d’alerte, qui s’inquiétait d’un manque patent d’examen des commanditaires, a perdu l’accès au site qu’elle supervisait lors de son déjeuner. Une autre, qui a témoigné devant la Chambre des représentants, fut mutée hors de son poste au département de la Santé malgré sa demande de protection en tant que lanceur d’alerte.
Frontière bel et bien fermée
Il ne peut en être autrement puisque, malgré les apparences et n’en déplaise aux conservateurs qui répètent le même mensonge ad nauseam, la frontière est bien fermée.
Ainsi, à court de recours pour traverser la frontière « légalement », les gens utilisent des moyens désespérés et fortement dangereux pour tenter d’améliorer leur condition et celle des leurs. Cela inclut de contracter une forte dette envers des passeurs (surnommés coyotes) dont ils devront s’acquitter.
Le sénateur Ted Cruz et plusieurs de ses collègues dénoncent ces agissements, que le secrétaire Mayorkas semble complètement ignorer. Mais Cruz ne cesse de dire que les personnes cherchant asile aux États-Unis « envahissent » le pays, fermant ainsi la porte à toute réforme pour atténuer la crise à la frontière et favorisant les coups d’éclats de gouverneurs de son parti.
En effet, las de devoir faire face à une crise humanitaire apparemment sans fin, la Floride et le Texas se sont mis à renvoyer des bus pleins d’immigrants vers des villes sanctuaires comme Chicago et New York. Malgré leur grosseur, ces villes connaissent déjà des difficultés avec cette recrudescence d’immigrants ; elles se rabattent déjà vers leurs banlieues pour y envoyer les migrants.
Ces dernières protestent, ainsi que les habitants des villes susmentionnées. Plusieurs affirment que les migrants ont pris leur place sur les listes d’attentes de logement. Et les migrants logés dans un hôtel de New York sèment le chaos et font les difficiles, selon un employé.
Bref, malgré la fin du titre 42 de la loi sur l’immigration, on peut dire que la situation à la frontière sud des États-Unis demeure stable, c’est-à-dire chaotique. Des migrants cherchant désespérément à améliorer leur sort et pour qui les moyens « légaux » sont impossibles continueront de choisir des moyens désespérés pour aller vers ce qu’ils considèrent comme une oasis de liberté et d’opportunités.
Des pluies torrentielles récentes et à venir dans le secteur du Rio Grande – la frontière mexicano-texane – pourraient causer de nombreuses noyades. L’on pourra ainsi blâmer les deux principaux partis, incapables de simplifier le byzantin système d’immigration et qui continuent de se renvoyer la balle en ignorant le drame humain qui se dessine à chaque jour.