Catherine Ceylac : "Pourquoi je reviens au théâtre ?"
Beaucoup ignorent qu'avant vos émissions comme Thé ou café sur France 2 puis Clique sur Canal +, votre carrière a débuté par le théâtre...Native de Bretagne, j'ai débuté par le théâtre à Rennes, à partir de l'âge de 15 ans. Je suis passé par le Conservatoire régional, j'ai fait pas mal de stages. Tout en débutant à France 3, je faisais de la scène. J'ai joué du Molière, du Marivaux, du Lambert-Thiboust, un émule de Feydeau,... L'été, au sein de la Compagnie du bout du monde, j'ai vécu dans l'ambiance des parfaits saltimbanques, parcourant les rues des stations balnéaires pour attirer un maximum de monde à nos représentations en soirée. Très tôt, j'ai alterné mon métier de journaliste et celui de comédienne*.
Finalement, vous avez été happée par le petit écran !Dès que je suis arrivée à Paris, le destin a voulu que l'ouverture se fasse plus facilement du côté de la télévision. Dans ma carrière télévisuelle, il y a toujours eu ce rapport avec la caméra, le plateau,... des éléments proches du théâtre. Je ne regrette rien, mais cette envie de scène ne m'a jamais quitté. Bernard Lecoq, Véronique Mériadec, Catherine Ceylac et Gérald Massé lors des répétitions.Photo Kris Vidjanagni.
"La justice restaurative est un dispositif qui reste méconnu, même si la loi date de 2014..."Dans la pièce En mille morceaux**, vous campez Nicole Parmentier, mère meurtrie depuis que son fils de 10 ans a été assassinée. 25 ans après avoir purgé sa peine, votre personnage retrouve l'auteur, Éric Gaubert (Bernard Lecoq), pour comprendre son acte. Qu'aimez-vous dans ce rôle ?Il y a d'abord une belle rencontre avec l'autrice Véronique Mériadec, très énergisante, pleine de vitalité. Elle est capable de soulever des montagnes pour que ses projets se réalisent. Et puis, j'ai été séduite par la forme, la lecture théâtrale, avec des prompteurs dissimulés sur scène. Un "one shot" très innovant ! De plus, la pièce est très forte, violente, suscitant des sentiments et des réactions extrêmes.Ce huis clos a pour toile de fond la justice restaurative où victimes et assassins se parlent. Êtes-vous convaincue des vertus de cette méthode ?Je me suis intéressée à un dispositif qui reste méconnu, même si la loi date de 2014... Peu de gens l'ont utilisé depuis sa création, seulement une cinquantaine de personnes. On est au début de quelque chose. La justice restaurative ou réparatrice est une très bonne chose, basée sur le volontariat. J'estime que ce dialogue est bénéfique. Cela peut adoucir peine et chagrins, mais aussi aider l'auteur à prendre conscience de son crime et de son impact. Dans la pièce, la mère de la victime veut rencontrer l'agresseur de son fils. Elle espère que cette rencontre soulagera ses séquelles, réparera ses traumatismes. Quand on perd son enfant, on s'en remet difficilement ou pas du tout ! Mon personnage s'est arrêté de vivre depuis les faits.
"On peut aussi tenter de rentrer dans le cerveau d'un assassin, sans pour autant l'excuser"Ce dialogue peut-il avoir valeur d'excuse ?Je ne crois pas, c'est de la compréhension réciproque. Mon personnage répète à plusieurs reprises avoir voulu rencontrer l'assassin de son fils pour comprendre. On n'est pas dans le pardon ni dans les circonstances atténuantes. Dans la pièce, l'assassin confie avoir eu une enfance détestable, mais la mère lui répond que ce n'est pas une raison pour tuer. Elle-même a eu une enfance difficile, ayant vu son père battre sa mère. Elle n'a pas tué pour autant !
À Dreux, Catherine Ceylac et Bernard Le Coq forment un duo inédit sur scène
En quoi êtes-vous proche de cette mère ?Je ne suis pas dans la peau de quelqu'un qui a vécu une telle tragédie. Mon travail de comédienne est d'essayer de comprendre le personnage, comprendre pourquoi elle a besoin de rencontrer ce type monstrueux. C'est un cauchemar. Le rencontrer, c'est aussi humaniser la personne. J'aime cette idée de fraternité ; nous restons des êtres humains. On peut aussi tenter de rentrer dans le cerveau de quelqu'un, sans pour autant l'excuser. Cela veut dire :"Je lui tends la main".
Catherine Ceylac et Bernard Lecoq.
"La peine de mort, avant qu'elle ne soit abolie, n'a jamais fait baisser le taux de criminalité"Régulièrement, l'actualité apporte son lot d'assassinats d'enfants, comme la jeune Rose, 5 ans, tuée dans les Vosges. Comprenez-vous que certains réclament la peine de mort pour un tel crime ?La peine de mort, avant qu'elle ne soit abolie, n'a jamais fait baisser le taux de criminalité. Ce n'est pas à nous de donner la mort à quelqu'un. Je suis pour une punition très lourde, en fonction du délit, mais pas pour que la chose publique assassine l'un des siens. Revenir sur l'abolition de la peine de mort, c'est de la barbarie !
La dernière interview de Raymond Devos
Dans vos pires cauchemars, vous arrive-t-il d'imaginer qu'on en veuille à des êtres qui vous sont chers ?Il m'arrive parfois d'y penser, compte tenu de certaines facettes d'une société qui peut être violente. Il y a notamment ces personnes qui, sous l'effet de drogues, peuvent détruire des familles. Face au crime d'un être aimé, j'ignore quelle serait ma réaction. Ce serait prétentieux de dire le contraire. Je n'ai pas de jugement pré-établi. En tout cas, mon personnage de Nicole Parmentier est assez exemplaire dans sa volonté de rencontrer celui qui a assassiné son petit garçon de 10 ans. Sa confrontation l'aidera, je pense, à vivre mieux.
Gérald Massé et Véronique Mériadec.
"L'information, elle passe aussi par le théâtre"
Vous faites une lecture théâtralisée, c'est-à-dire avec l'aide de prompteurs dissimulés. C'est un alliage entre le théâtre et la télévision ?J'adore cette expérience inédite, avec un dispositif d'avant-garde. Comme toute animatrice ou animateur de télévision, j'ai toujours utilisé des prompteurs. Mais là, c'est une véritable mise en scène au service d'une histoire où les deux comédiens devront être imprégnés de leurs personnages, être les plus naturels possibles. C'est un vrai challenge. Et puis, je suis ravi de jouer avec Bernard Lecoq. Comme le disait Michel Bouquet : "On joue". En mille morceaux est une partition grave, mais cela reste un jeu... même s'il y a un message. On ne risque pas notre vie !
Journaliste, chroniqueuse, animatrice,... quel lien faites-vous avec le théâtre !Tout cela s'appuie sur l'envie de partager des choses avec le public. D'essayer d'être un lien, un partage. Je suis là pour passer le témoin à ceux qui nous regardent. L'information, elle passe aussi par le théâtre.Avant de jouer, vous êtes thé ou café ? Je suis totalement thé et plus jamais café. Et de préférence thé noir !
*Catherine Ceylac se produit sur la scène du Théâtre Antoine, dans le cadre de Conversation intime, au théâtre Antoine. Le mercredi 31 mai, elle sera avec Pierre Arditi. Captation réalisée par Canal +.
**La pièce a été écrite par Gérald Massé ; elle a fait l'objet d'un film réalisé en 2018 par Véronique Mériadec, avec Clémentine Célarié et Serge Riaboukine.
En mille morceaux, samedi 20 mai, au théâtre de Dreux à 20 h 30. Entrée gratuite, réservations obligatoires. Tél.02.37.46.03.01. Au théâtre, les mercredi, jeudi, vendredi de 10 heures à 12 h 30 et de 15 heures à 17 h 30. Sur le site zecrea.fr
Olivier Bohin