Nicolas Sarkozy condamné : peut-il encore représenter la France à l’étranger ?
Il est, depuis 2017, l’émissaire favori d’Emmanuel Macron, envoyé aux évènements diplomatiques aux quatre coins du monde. Signe des bonnes relations qu’il entretient avec le président de la République, Nicolas Sarkozy a été, à plusieurs reprises, chargé de le remplacer pour représenter la France à l’étranger : en 2018 en Géorgie, à l’investiture de la présidente Salomé Zourabichvili ; en 2019 au Japon, à la cérémonie d’intronisation de l’empereur Naruhito ; en 2020 à Oman, pour présenter ses condoléances à la famille royale après les décès du sultan Qabous ; ou, plus récemment, en septembre dernier de nouveau au Japon, pour les funérailles de l’ancien Premier ministre nippon Shinzo Abe. Mais un condamné par la justice à trois ans de prison, dont un an ferme, et à une privation de ses droits civiques pour trois ans, fût-il ancien chef de l’État, peut-il toujours jouer ce rôle d’ambassadeur du pays ? La question mérite d’être posée. La majorité, elle, est divisée…
Tout d’abord, il s’agit de rappeler que Nicolas Sarkozy est, pour l’heure, toujours innocent au regard du droit : une fois la décision annoncée ce mercredi matin 17 mai, l’ex-locataire de l’Élysée, par l’intermédiaire de son avocate Me Jacqueline Laffont, a annoncé vouloir se pourvoir en cassation pour contester la décision de la Cour d’appel de Paris. Ce pourvoi étant suspensif, Nicolas Sarkozy ne purgera pas sa peine dans l’immédiat. "Le circuit judiciaire n’est pas terminé… Cela dit, on l’imagine mal atterrir prochainement à Matignon, plaisante un député de la majorité qui l’a fréquemment côtoyé. Plus sérieusement, à mon sens, cette décision impose une mise en retrait."
En Macronie, on s’interroge surtout sur les conséquences politiques de cette décision de justice, et du péril symbolique, moral, que ferait porter une nouvelle mission de représentation donnée à Nicolas Sarkozy sur l’image du pays. "C’est moche, susurre un ministre en vue en apprenant les sanctions portées à l’encontre de l’ancien président. Il n’y a que le président qui puisse prendre cette décision, mais politiquement, ça me semble compliqué." Même son de cloche du côté du Palais Bourbon, où plusieurs députés élus sous la bannière macroniste imaginent mal, voire s’opposent, à ce que leur chef fasse de nouveau appel aux services de son prédécesseur. "De mon point de vue, c’est intenable, d’autant plus qu’il ne s’agit pas de la seule procédure visant Nicolas Sarkozy", juge un pilier du groupe Renaissance à l’Assemblée nationale, quand l’un de ses collègues estime que sa parole est désormais démonétisée "aussi bien sur le plan national qu’international" et qu’il faut "éviter de le valoriser, car les affaires s’accumulent et les condamnations potentielles avec".
Un ministre issu du PS à la rescousse de l'ancien président
Au-delà du risque encouru par Emmanuel Macron s’il lui accorde une nouvelle fois sa confiance, certains, dans une période où la défiance des Français n’a jamais été aussi grande envers leurs dirigeants, s’inquiètent des retombées de ce nouvel épisode judiciaire sur ce climat délétère : "Malheureusement, cela va rejaillir sur l’image de toute la classe politique", regrette un député du groupe Horizons, proche d’Édouard Philippe.
Toutefois, on trouve aussi dans les couloirs de l'Assemblée quelques soutiens de l'ancien patron des Républicains, qui s'en tiennent à la stricte dimension juridique de l'affaire. C'est le cas notamment de l'ex-maire de Poissy, devenu député des Yvelines, Karl Olive : "Le président Sarkozy avait dit qu'il irait jusqu'au bout du bout du processus judiciaire, il en a parfaitement le droit, et il n'est pas définitivement condamné. La question du maintien de ses missions de représentation ne se posent donc pas", indique celui qui a rejoint l'UMP en 2010.
Si l’influence de Nicolas Sarkozy, tout comme sa cote de popularité, a grandement diminué au sein de sa propre famille politique, celui-ci conserve tout de même une certaine envergure aux yeux des cadres de la majorité présidentielle, dont certains ne boudent pas leur plaisir au moment de rencontrer l’ex-président. "Cette condamnation est une étape de plus, mais ça ne change pas sa lucidité sur la politique et l’intérêt de ses commentaires, assure un député Renaissance qui a passé une partie de vie politique dans les rangs des LR. Certains auront peut-être des pudeurs à fréquenter un condamné, mais beaucoup trouveront toujours un intérêt à le voir. Il participe à l’ambiance de la vie politique française."
Et la figure de Nicolas Sarkozy ne trouve pas uniquement des admirateurs au sein de l’aile droite de la Macronie : "Bien sûr qu’il peut toujours représenter la France à l’étranger !, assure un membre du gouvernement issu du Parti socialiste qui, avouons-le, nous étonne quelque peu par son enthousiasme. Il est certes condamné par la justice, mais il ne l’est pas ad vitam æternam et il reste tout de même président de la République. On aurait tort de se priver de l’expérience et de l’aura de Nicolas Sarkozy, d’autant qu’il représente vraiment quelque chose à l’international." Plus que jamais, la voix de l’ancien chef de l’État et son rôle auprès d’Emmanuel Macron font débat au sein de la majorité, mais une chose est certaine et semble faire consensus : ils auront toujours plus de poids auprès du président que ceux de François Hollande. Condamnations, ou non.