Des commerçants s'unissent pour dénoncer l'échec des politiques de redynamisation du centre-ville à Guéret
Jusqu’à aujourd’hui, il n’a pas fait beaucoup de bruit ce Conseil des commerçants (CDC). Lui qui s’adresse aux 130 boutiques d’un périmètre serré du centre-ville (1), s’est donné une mission précise : « On veut se prendre en main, résume Erika Boutinaud, la caviste de la place du Marché, cofondatrice du CDC. Pour aller chercher les réponses qu’on n’a pas. Ou qu’on ne veut pas nous donner ».
« Ou, au moins, avoir des contacts réguliers avec les élus qui décident des politiques pour le centre-ville », complète Émilie Bourjon dont la bijouterie est installée dans la Grande Rue.
A Guéret, on nettoie les rues
« Notre but, c’est de travailler sur les problématiques du quotidien mais aussi les dossiers de fond », résume la caviste.
« Mairie et Agglo, les deux ne se parlent pas et ne savent pas qui fait quoi »« Notre premier constat, établit Philippe Micard, l’ancien président de la CCI et cofondateur du CDC, c’était que les rues sont sales à Guéret. On a donc demandé une réunion avec la mairie pour que soient nettoyées les rues piétonnes ». C’était il y a… deux ans. C’est en ne voyant rien venir que le CDC s’est monté en mars 2022. Et est reparti à l’assaut. Les rues furent nettoyées.TRAVAUX Nettoyage haute pression centre ville Guéret avec eau de recuperation de la zone industrielle, 07-03-2023
Il pouvait passer au reste : les politiques sur le cœur de ville et la dynamisation du commerce : « On a fini par rencontrer la Ville et l’Agglo pour leur demander qui avait compétence sur quoi ».
Ainsi, le manager de centre-ville, c’est la Ville, mais ça devrait être l’Agglo (compétence économique).
« Sauf qu’il y a eu une guéguerre entre Vergnier et Correia à l’époque et qu’il dépend depuis de la municipalité »,
L’Opération programmée d’amélioration de l’habitat (Opah-RU), concerne essentiellement Guéret, mais c’est le maire de Saint-Laurent qui en a la charge pour l’Agglo.
Le commerce, en revanche, dépend du… maire d’Ajain. « Nous commerçants, si on a un problème, on va voir la mairie, s’étonne Émilie Bourjon. Qui ne nous répond pas parce que ce n’est pas son domaine. Mais le souci, c’est que l’Agglo ne répond pas non plus »
« On a découvert un truc qu’on subodorait, confie Philippe Micard : entre Mairie et Agglo, les deux ne se parlent pas. Mais, plus grave, elles ne savent pas qui fait quoi ».Michaele Nosny, institut de beauté rue de l’ancienne mairie Erika Boutinaud Côté Millesimes place du marché à Guéret Emilie BOURJON dont la bijouterie est installée dans la Grande Rue(CMA)
« Lors de notre dernière réunion avec Alain Clédière et Corinne Tonduf (2), rapporte Michaele Nosny, qui tient l’institut de beauté rue de l’ancienne mairie. On nous a lu la délibération de 2018 sur la mise en place de l’action Cœur de ville sur le commerce. Une digression qui ne précise rien sur qui fait quoi ».
« À un moment, se souvient, agacée, Erika Boutinaud, j’ai demandé qui allait siffler la fin de la récréation pour qu’enfin une politique commerciale digne de ce nom soit conduite ».
« Ce qu’on voudrait, c’est un guichet unique, un seul interlocuteur. Il y a un échec de la politique de centre-ville depuis quinze ans. On pensait qu’entre la Ville et l’Agglo, il y avait des doublons. En vérité, il y a des trous »
Paupérisation du centre
Or, selon Philippe Daly, le directeur de la CCI, la situation est grave : « il y a une paupérisation du commerce de centre-ville ».
Pourtant, toutes les municipalités depuis 15 ans associent commerces et logements au-dessus dans la dynamisation du cœur de ville. « Sauf que c’est pas traité, s’insurge Erika Boutinaud. L’Opah-RU ne concerne que l’habitat. Si un jour mon propriétaire veut y faire appel, il ne fera rien dans ma boutique pour les mises aux normes électriques, d’accessibilité ».
« Les commerces ne peuvent être aidés que sur de la rénovation de façades », regrette Philippe Micard. Et Jean-François Tixier, d’enfoncer le clou : « Sur l’Opah-RU, il faut d’abord faire les travaux et après vous êtes subventionné si vous prouvez votre éligibilité. Personne le fait ». D’ailleurs, selon Philippe Micard « soixante-dix dossiers ont été déposés et à peine un a abouti ».
Protéger la centralitéPourtant, défend Erika Boutinaud, « en centre-ville, on a un vrai rôle citoyen. On est là tous les jours, et c’est un choix. On aurait pu se barrer en périphérie. Si on est là, c’est qu’on aime ça. C’est nous qui faisons vivre ce centre ».URBANISME. COMMERCE. ANIMATION. Ville de Guéret, février 2021. Ambre Lazaro, manager redynamisation centre ville Corinne Tonduf, adjointe Coeur de ville / Guéret Ludovic Pingaud, adjoint au tissu associatif sports Guillaume Paré, éducateur sportif territorial des activités physiques et sportives
« Protéger la centralité, analyse Philippe Daly, c’est trouver des contreparties quand la périphérie se développe. Pour cela, les commerçants ont besoin qu’il y ait une coordination des acteurs, Mairie, Agglo renforcées par l’État sur les dispositifs… Mais comme les deux premiers ne se coordonnent pas, c’est compliqué d’aller interpeller l’État ».
« Pop’A n’est pas responsable de nos soucis en centre-ville, veut démentir à contre-courant Erika Boutinaud. Le problème c’est qu’aujourd’hui comme hier, aucun élu n’est capable de différencier un indépendant, d’un franchisé ou d’une succursale… Or, à Guéret aucune grande enseigne ne s’installera parce que la zone de chalandise est ridicule. Dans le centre-ville, on n’aura jamais d’enseignes dites « locomotives », comme en rêvent les élus. Seuls les indépendants, comme nous, ont les c… de s’y installer".
"Nous sommes des magasins par destination. Il n’y a pas de lèche-vitrine ici. Si les clients rentrent, c’est qu’ils avaient prévu de venir. Donc, pour faire notre chiffre d’affaires avec si peu de chalands il nous faut des loyers et des charges mesurés et peu de mètres carrés. Le format, ici, c’est 80 m² pas 200 m². Avec un équipement adapté, une électricité aux normes et pas un plafond qui tombe… »
Et les stationnements !« Le commerce vit dans un environnement, avec de la décision publique qui le transforme et à laquelle les commerçants veulent être associés car c’est leur monde, plaide Philippe Daly. Ils savent de quoi ils parlent, ce qu’il faut faire et ne pas faire ».
Faire ou ne pas faire, sur le stationnement, par exemple : « On a beau être des commerces par destination, si les gens qui veulent venir chez moi font trois fois le tour pour se garer sans trouver, ils s’en vont », signale la caviste. Ainsi, l’idée de vider la place Bonnyaud de son stationnement lui paraît aberrante :
« C’est politiquement correct de vouloir faire marcher les gens, mais ce n’est pas réaliste : on est à Guéret. Si on veut marcher et avoir du vert, il y a Courtille ».
Ainsi, Émilie Bourjon aimerait bien que soit consulté le CDC sur l’îlot du conventionnel Huguet qui doit être détruit afin que des places de stationnement y soient prévues.
Discret jusque-là, le CDC devrait faire quelques bruits à la Ville et à l’Agglo.
Eric Donzé
(1) Un périmètre qui part du rond-point Arfeuillère rejoint la rue de Verdun, remonte l’avenue de la République, contourne le lycée Bourdan pour descendre jusqu’à l’ancien leader Price et remonter jusqu’à Monoprix et continuer jusqu’à l’avenue de Laure. C’est à peu près les limites de l’ancien périmètre FISAC, ce fonds d’intervention pour le commerce et l’artisanat.
(2) Respectivement en charge de l’Opah-RU à l’Agglo et adjointe au maire de Guéret en charge du cœur de ville.