Dacia, la bonne fée de Renault qui concurrence Tesla
L’état-major de Tesla n’avait certainement pas envisagé une telle concurrence. Un monde sépare l’enfant terrible de l’automobile du chantre de la "voiture essentielle", Dacia. A la surabondance technologique de la californienne la marque roumaine oppose un culte de la sobriété auquel nombre de constructeurs se sont essayés en vain.
Avec sa Spring à batterie, Dacia a grillé la politesse à Tesla sur le marché français : en 2022, ce mini-SUV figure à la deuxième place des voitures électriques les plus vendues, derrière la Peugeot e-208 ; à l’échelle européenne, il a enregistré 110 000 commandes depuis sa mise en vente à l’automne 2021. Imperméable à la météo automobile, la Spring n’a guère souffert de son lancement tardif sur un marché déjà en transition. Ni d’une substantielle hausse de prix : près de 4 000 euros en quinze mois, lui faisant dépasser la barre symbolique des 20 000 euros – la faute à l’explosion du coût des matières premières, plaide Lionel Jaillet, directeur de la performance produit.
Le constructeur profite à plein de l’obsession de ses concurrents pour le pricing power, la capacité à vendre plus cher un même produit. "Dacia a bénéficié de la montée en gamme de la concurrence. La marque se trouvait déjà dans une situation de monopole sur le segment bas, l’industrie lui a ouvert une autoroute encore plus large, s’amuse Bernard Jullien, maître de conférences à l’université de Bordeaux et fin connaisseur de l’entreprise. Même en montant ses prix, Dacia reste très en deçà de ses rivaux. Elle cumule ainsi de hauts volumes de ventes et une profitabilité impressionnante."
Les atouts cachés de Dacia
Cet état de grâce dans l’électrique peut-il durer ? Outre la guerre des prix lancée par Tesla sur le marché européen, Dacia se trouve à la merci d'une concurrence chinoise qui sera peut-être un jour tentée de venir chasser sur ses terres. Lionel Jaillet persiste à croire en l’arme fatale du fabricant roumain pour surmonter cet effet sandwich : "Notre travail constant sur le design to cost [NDLR : l’optimisation des coûts dès la conception du produit] permet de nous prémunir contre toute attaque frontale."
En annonçant le 11 mai une réforme du bonus automobile pour "prendre en compte l’empreinte carbone du véhicule" afin de "soutenir les batteries et les véhicules produits en Europe", l’Elysée risque pourtant de donner un coup de frein à l’ascension de la petite citadine sur le marché français car elle est produite… en Chine.
"Si le contexte change, nous essayerons de trouver les réponses adaptées", répond laconiquement Lionel Jaillet. Relocalisation de la Spring en Roumanie ou au Maroc, lancement accéléré de nouveaux modèles…, Dacia dispose de quelques tours dans son sac pour continuer à briller. A moins que sa grande sœur au losange ne prenne le relais sur la voiture à batterie "accessible à tous". De l’aveu de son directeur général, Luca de Meo, Renault serait en train de plancher sur une électrique inspirée des petites japonaises. Son prix d’entrée ? Autour de 23 000 euros.