A Tulle, la reprise de salons de coiffure est dans le dur
«À vendre, Tulle, urgent, salon de coiffure mixte, idéalement situé en centre-ville, dans rue passante et commerçante, (salon lumineux, avec large vitrine), grand parking à proximité, matériel complet et en parfait état, clientèle fidèle avec une bonne rentabilité ».Une annonce alléchante postée sur un site professionnel de transmission d’entreprises et pourtant… pas de repreneurs à l’horizon. Une ou deux touches qui n’ont rien donné et se profile une fermeture sans repreneur pour Christine Ageloux et son Atelier coiffure du 30 rue Jean-Jaurès. La coiffeuse part à la retraite fin juin.
Déménager pour mieux vendre…Christine Ageloux, 62 ans, va donc « abandonner » ses fidèles clientes à regret. Elle était pourtant loin de penser qu’elle ne trouverait pas de repreneur pour son salon entièrement refait en 2017. Coiffeuse depuis 1979, elle a fait ses armes en région parisienne puis à Brive avant d’arriver à Tulle en 2006.
Elle s’est installée rue de la Barrière où elle a vécu « ses plus belles années » et a décidé en 2017 de se déplacer rue Jean-Jaurès pour accompagner la rue devenue piétonne. Avec déjà dans l’idée, que la visibilité serait meilleure une fois venu le temps de la cession. Car lorsque l’on veut vendre son affaire, il faut anticiper. Voilà déjà trois ans que la professionnelle du cheveu s’est tournée vers la Chambre de métiers.
Le Graal du tatouage à la Forge noire, à Tulle
« Une entreprise, ça ne se vend pas du jour au lendemain », assure-t-elle. À l’époque, en déménageant, Christine Ageloux s’est dit : « quand je vais vendre ça fera la queue ! ».
"Une clientèle prête à donner sa chance"Eh bien pas du tout. Pourtant, le prix de vente, 25.000 euros à débattre est loin de l’investissement injecté. Quant à la rentabilité, elle est là. « J’ai une clientèle adorable, prête à donner sa chance à un repreneur », avance Christine qui aurait accompagné la reprise ou installé une salariée.
Mais pas plus que les repreneurs, les professionnelles ne se bousculent. Le seul repreneur qui s’était montré intéressé n’a pas donné suite « car il n’a trouvé personne à mettre dedans ».
De nouvelles habitudes prises avec le CovidPourquoi ? Difficile à dire mais le métier a changé, selon la coiffeuse. Un constat que Christine dresse notamment depuis le Covid, avec de nouvelles habitudes prises, des gens « qui ne veulent plus travailler le samedi ». Elle-même n’a pas hésité à modifier les horaires de son salon il y a quelques mois. Semaine de 4 jours, ni mercredi, ni samedi ! « Dans le commerce, vous imaginez, ne pas travailler le samedi ! Je me suis dit, les coiffeuses vont vouloir travailler chez moi. Eh bien non ! Pourtant, c’est light quand même ? Si j’avais eu ça quand j’étais jeune… », imagine-t-elle.Christine Ageloux qui aime le travail en équipe, le contact avec la clientèle, se désole de ce manque d’attrait et a assisté à des reconversions. Elle avance un problème de formation, de dévalorisation du diplôme, une perte du « métier passion ». Sans compter d’autres formes d’exercices qui se sont développées avec des coiffeuses qui se rendent à domicile, ne paient ni loyer, ni charges… C’est ainsi.Passée la déception, Christine Ageloux va fermer le 30 juin et s'installer quelque temps à domicile sous le statut d'auto-entrepreneur.
La difficulté du secteur de la coiffure
Thierry Goursolle, chargé de développement à la Chambre de métiers se désole qu’un tel salon rentable, rénové, ne trouve pas de repreneur malgré l’accompagnement. Il compte au moins 3 ou 4 salons en vente sur Tulle. Les coiffeuses concernées « n’ont pourtant aucun problème économique. Le niveau du chiffre d’affaires est remarquable ». Il met plutôt la difficulté de reprise de salon sur le compte « de la crainte d’une compétitivité plus forte en ville qu’à la campagne » et l’inflation. Une particularité tulliste ? « Non, répond-il. La difficulté est la même à Brive. En moyenne, il y a 60 reprises d’entreprises par an dont 2/3 accompagnées par la Chambre. Certains secteurs ne souffrent pas comme le bâtiment, les taxis, l’électricité. « C’est plus dur pour la coiffure, l’esthétique, la boucherie », observe Thierry Goursolle alors que, selon lui, « le salon de Mme Ageloux est une vraie opportunité ».
Laetitia Soulier