Après la destruction de la tour de Brésard, quel logement social se profile en Creuse ?
Demain, la tour n°12 de Brésard sera détruite, pourquoi avoir choisi celle-là et pas une autre ?
(Frédéric Suchet) : Rappelons le contexte, le programme national de rénovation urbaine prévoit d’améliorer 400 quartiers en France. Dont le quartier Albatros de Guéret.
Dimanche 14 mai, suivez en direct la destruction de Brésard sur notre site
Ce choix de supprimer cette tour, on ne l’a pas fait seul, il y a eu une vaste concertation, avec un diagnostic sur le secteur Albatros. Il a nourri la décision de détruire cette tour et lancer des aménagements de pieds d’immeubles, dont l’emprise libérée par la démolition. Mais le programme a aussi permis la réhabilitation des 180 logements de Charles-de-Gaulle.Quartier Brésard, la tour numéro 12 du quartier va être détruite le 14 Mai 2023, Guéret, le 3/05/2023, photo Bruno Barlier DEMOLITION/TOUR
(Patrice Morançais) : L’État nous donne 2 millions d’euros sur les trois que coûte la démolition, c’est autant qu’on pourra mettre ailleurs pour construire ou rénover.
Mais pourquoi cette tour en particulier ?
FS : Parce qu’elle allumait pas mal de voyants depuis quelque temps. Stigmatisants. Quand il y avait des problèmes de délinquance qui faisait la Une de La Montagne, c’était cet immeuble qui figurait et pas les autres.
Aussi, pourquoi lui avait-on rajouté un ascenseur panoramique ? Parce qu’il n’avait qu’un ascenseur et surtout que ces couloirs étaient très sombres et faisaient peur aux habitants.
"Ceux qui vivaient là, parfois depuis très longtemps étaient heureux d’y être. Mais lorsqu’ils partaient, si on proposait Brésard à de nouveaux locataires, ils se crispaient. Et pour le 12, ils ne voulaient pas y aller".
Le 12 avait donc avant tout un problème d’image, pas technique ?
FS : Aucun, ça fait des mois qu’on travaille à le détruire et, croyez-moi, il est solide. Il ne faut pas oublier non plus que ses 75 appartements sont des grands logements qui ne répondent plus à la demande. D’ailleurs, il avait une forte vacance, on n’a eu à reloger que 45 familles.
Quartier Brésard, la tour numéro 12 du quartier va être détruite le 14 Mai 2023, pose des explosifs, Guéret, le 3/05/2023, photo Bruno Barlier DEMOLITION/TOURPM : C’est aussi une question d’image pour Creusalis. C’est le seul bailleur public d’un département où on héberge 10 % des Creusois et nos logements sont accessibles aux revenus des deux tiers de la population. On démolit, on rachète, on rénove et on construit : on est passé de 5 nouveaux logements par an à vingt.
FS : Sur cette question d’image, je parlerai d’adaptation plus que de modernité. On s’adapte à la réalité de notre population, à ses besoins, à ses moyens, à son âge, à ses aspirations…
Que sont devenus les locataires de la tour ?
FS : Ils ont tous été relogés, ailleurs dans le parc, sauf trois qui ont choisi le domaine privé. Et relogés dans la ville alors que le périmètre imposé par la loi, c’est l’Agglo. Mais ceux qui vivent à Guéret n’avaient pas envie d’aller ailleurs.
On a aussi couvert tous les frais. Et garantit qu’ils ne paieraient pas de loyers plus élevés, quitte à ce qu’on les baisse dans leurs nouveaux logements.
Globalement, il va comment l’office départemental ?
PM : Il va bien. On a eu des turbulences quand la loi de finances 2018 a fait peser sur les Offices la baisse des APL de 5 euros. En cinq ans, cela a représenté une perte de 5,5 M€, c’est énorme relativement à nos recettes que sont les 17 M€ de loyers que nous percevons chaque année de nos 5.200 logements.
C’est bien pour étoffer ces recettes, et faire face, que nous avons racheté les immeubles de Domolim et France Loire en Creuse (570 logements au total, achetés 20 M€, N.D.L.R.).Quartier Brésard, la tour numéro 12 du quartier va être détruite le 14 Mai 2023, Guéret, le 9/05/2023, photo Bruno Barlier DEMOLITION/TOUR
La loi a imposé que les « petits » offices départementaux fusionnent avec d’autres, mais pourquoi vous être associés à la Haute-Loire et au Cantal ?
PM : on a bien essayé avec la Haute-Vienne, la Corrèze et l’Allier… Qui n’ont pas voulu. Avec le Cantal et la Haute-Loire, on était dans des formats comparables.
Et on n’a pas fusionné, on s’est associé en 2021 pour faire des économies d’échelle et des achats groupés. Chacun reste indépendant. D’ailleurs, le siège de notre entente est à Guéret.
"Disons aussi que les trois offices, chacun dans leur département, sont les seuls bailleurs publics et les premiers donneurs d’ordres sur le logement. Chacun doit conserver son rôle économique local pour les entreprises de son territoire".
Que va devenir le logement social en Creuse : fini le collectif, que du pavillon ?
PM : On va bientôt construire de l’individuel à Chambon-sur-Voueize, Évaux-les-Bains, La Souterraine, Azerables… Et toujours investir dans la rénovation, notamment sur la précarité énergétique…
FS : L’ambition de l’Office, c’est de s’adapter à la demande et à la réalité économique de la Creuse. Renouveler notre parc, c’est démolir, construire et réhabiliter.Inauguration de pavillons Creusalis à Saint-Christophe
C’est notre Plan stratégique de patrimoine qui passe au scanner tous nos bâtiments. L’immeuble collectif, ce n’est pas fini. Celui de dix étages, oui. Mais à La Souterraine, on a construit un immeuble d’un étage. Avec jardin au rez-de-chaussée et grandes terrasses pour les appartements du dessus.
Depuis des années, on mêle le collectif et l’individuel et on va continuer sans oublier que le pavillon a un loyer plus élevé que l’appartement, et il en faut pour toutes les bourses.
En Creuse, est-il difficile d’obtenir un logement HLM ?
FS : Non, si votre dossier est complet, en un mois vous avez un logement. Sauf si vous avez des demandes précises : avoir à tous prix rez-de-chaussée, ne vouloir qu’un pavillon… Le plus compliqué, c’est de bien faire son dossier.
PM : On voit cela dans les commissions d’attribution, comme les personnes âgées qui ne veulent pas d’étage.
FS : En Creuse, le piston n’existe pas parce qu’il n’y en a pas besoin. Mieux encore, on voit des gens qui refusent les logements qu’on leur propose. Cela paraîtrait incroyable dans une grande ville !
Propos recueillis par Eric Donzé