La cour criminelle du Puy-de-Dôme juge un homme accusé de séquestration, violences et viols aggravés
Lorsque les gendarmes ont pénétré au domicile de Johnny Gantner, ce 28 décembre 2019, ils ont été stupéfaits par l’état de la victime. « Ses yeux n’étaient plus visibles. On la sentait terrorisée », raconte Julien Juin, ce mercredi, à la barre de la cour criminelle du Puy-de-Dôme, présidée par Diane Amacker.
Lui qui nieCela faisait alors trois jours que le Thiernois séquestrait sa compagne. Persuadé d’être cocu, alors qu’elle voulait le quitter, il l’a menacée avec un couteau « de la crever ». Il l’a piétinée, frappée avec un balai, rouée de coups de poing. Il lui a imposé des rapports sexuels, certains filmés dans le but de diffuser les vidéos.Les hématomes et fractures (trois côtes et un poignet) témoignent du déchaînement de violences essuyé par la victime. Deux énormes taches, telles celles d’un panda, marquent l’emplacement des yeux dont on ne saurait deviner la couleur.À la lecture des faits, l’accusé, défendu par Me Ribes, reste impassible, mais la diffusion des photos le trouble. Il cache sa tête dans ses mains. Plus tard, il pleurera et demandera pardon, même s’il nie toujours les viols et la séquestration. « Pour moi, elle était d’accord et elle aurait pu partir lorsque je suis allé à la pharmacie lui acheter de l’arnica. » Mais il ajoute « qu’il ne se souvient pas des faits ».
« Comment alors pouvez-vous dire que ça n’a pas eu lieu ? », interroge la présidente qui s’agace de ces « amnésies sélectives ».
Elle qui culpabiliseLa victime, assistée par Me Chautard, peine encore à prendre conscience qu’elle a subi des viols ». Presque inaudible, elle raconte : « Je me suis conditionnée pour accepter des relations sexuelles. J’avais peur de mourir. »
C’est d’ailleurs dans un ultime « instinct de survie » qu’elle parviendra à appeler à l’aide depuis un balcon.Elle a d’ailleurs voulu retirer sa plainte, se demandant qui « elle était pour l'envoyer en prison ».Les faits se sont déroulés du 25 au 28 décembre 2019.
Qui ne dit mot, ne consent pas forcémentL’occasion pour la présidente et ses assesseurs de faire un peu de pédagogie :
Le fait de ne pas avoir dit non ne présume pas votre consentement. Personne ne consent à des rapports sexuels après avoir été battu. L’accusé a porté atteinte à vos intérêts et à ceux de la société. Ce n’est pas vous qui décidez des poursuites et c’est cette cour qui va le juger.
Altération, mais pas abolition du discernementL’accusé et la victime, placés sous curatelle, se sont rencontrés à l’hôpital psychiatrique et ont des traitements lourds. « L’accusé a peur de l’abandon et présente une pathologie qui favorise l’impulsivité. Son discernement est altéré, mais pas aboli. Une obligation de soin est souhaitable », a déclaré l’expert psychiatre.Les débats reprennent aujourd’hui, suivis du verdict. L’accusé encourt jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle.
Géraldine Messina
geraldine.messina@centrefrance.com