Loi numérique : l’évidente (et urgente) bataille contre les arnaques en ligne
"Qui n’a pas reçu un SMS invitant à se connecter sur son compte CPF (Compte personnel formation) ou Ameli afin de piller ses données personnelles ou bancaires ?", déplore le ministre du numérique Jean-Noël Barrot dans le Journal du Dimanche. On serait tenté d’y ajouter : qui n’a jamais été dérangé par un texto ou un mail le prévenant de l’arrivée imminente d’un colis avec un lien menant vers un site imitant celui d’un transporteur ? La réponse est simple : probablement personne. L’arnaque en ligne est aujourd’hui devenue étouffante. Quasi-quotidienne. Le nombre de signalements sur la plateforme Thésée prévue à cet effet en est une illustration : déjà plus de 60 000 plaintes ont été déposées depuis son inauguration en mars 2022. Les internautes sont pourtant loin de dénoncer chaque tentative à leur encontre.
Le sujet était donc devenu une évidence. Le filtre anti-arnaque, pilier de la nouvelle loi sur la sécurisation du numérique présentée ce mercredi 10 mai, tente d’y apporter une réponse. Il repose sur une liste d’adresses Web que plusieurs autorités comme la répression des fraudes (DGCCRF), labelliseront comme malveillantes. L’internaute recevra une alerte lorsqu’il se dirigera vers l’un de ces sites. Opérateurs, navigateurs ou encore fournisseurs de noms de domaine seront sollicités pour mettre à jour rapidement la liste. L’efficacité de cette mesure - comme d’autres au sein de cette loi numérique - reste à démontrer. Et si les oublis ou les lenteurs de la mise à jour de cette liste offrait un faux sentiment de sécurité sur Internet et démultipliaient la puissance des arnaques en cours ?
Quoiqu’il arrive, ce filtre, dont la mise en place en cas de vote favorable par le Parlement est prévue d’ici la fin de l’année, pourrait avoir des vertus dissuasives et éducatives. L’arnaque sur Internet s’est industrialisée depuis quelques années. Beaucoup ignorent toujours que la moindre information - bancaire, d’identité, ou d’identification sur un quelconque site - alimente un marché noir hautement lucratif sur le dark Web. De nombreux experts s’inquiètent également de la nouvelle force de frappe offerte par l’intelligence artificielle, capable d’aider les escrocs à écrire des messages et bâtir des sites Internet plus vrai que nature (parfois même personnalisés) pour extorquer ces précieuses informations. La vigilance est plus que jamais de mise. Encore plus quand on attend vraiment un colis.