Recensement d'abeilles sauvages en cours à Malleret-Boussac (Creuse)
En matière de biodiversité, toutes les haies ne se valent pas. Les abeilles en fournissent un bon exemple : selon le type de haie, plus ou moins d’espèces peuvent être présentes et en quantité très variable également. Du moins pour ce que l’on en sait aujourd’hui, car ce sujet n’a jusqu’ici fait l’objet que de peu d’études. Un manque que le CPIE des Pays Creusois a décidé de combler en lançant une étude sur l’impact de la qualité et de la densité des haies sur les pollinisateurs sauvages, avec le soutien financier de la Région et la préfecture de Nouvelle-Aquitaine.
59 espèces collectéesUne typologie des haies ciblées et un protocole d’inventaire ont été réalisés ces derniers mois et, en mars dernier, un appel a été lancé aux agriculteurs désireux d’inclure leurs haies dans l’étude. Il a été entendu du côté de Malleret-Boussac où six portions de haies, d’une longueur d’environ 100 mètres chacune, ont été retenues par le CPIE pour une première phase d’étude qui a débuté fin mars et va se poursuivre jusqu’à fin mai-début juin.
L’échantillon se compose de trois haies hautes, larges et peu entretenues, et de trois haies taillées sur les trois faces avec quelques arbres de haut jet au milieu. Sur chacune d’elles, trois sessions de collecte sont programmées fin mars, fin avril et fin mai en utilisant trois méthodes différentes : des coupelles colorées qui attirent les pollinisateurs en réfléchissant les UV, la capture au filet et des pièges à interception ou polytraps. Le tout selon un protocole très précis, afin que les résultats puissent être comparés de manière objective : les captures au filet, par exemple, se déroulent sur la face ouest de la haie, en passant trois minutes sur chaque strate (herbacée, arbustive basse et arbustive haute) et dans un rayon de 10 mètres autour du plot central.Seule la première session de collecte, réalisée fin mars, a livré ses résultats, « mais ils sont déjà significatifs », souligne Anaëlle Tavernier, chargée de projets au CPIE des Pays creusois. En effet, 59 espèces d’abeilles sauvages ont été recensées parmi les 787 individus collectés, avec déjà des différences notables entre haies peu entretenues et haies bien taillées : dans ces dernières, une vingtaine d’espèces ont été identifiées, contre 49 dans les premières.
Des applications pour les agriculteurs« Il existe un millier d’espèces d’abeilles sauvages en France. En 2017, nous ne connaissions que quatre espèces en Creuse, faute d’études sur le sujet. Aujourd’hui, nous en avons répertorié environ 200, explique Anaëlle Tavernier. Chaque espèce ne pollinise pas les mêmes fleurs, certaines mêmes ne récoltent le pollen que d’une seule sorte de fleur. Elles sont hyper complémentaires entre elles. » Ainsi, plus elles sont nombreuses et d’espèces diverses, mieux se fera la pollinisation.
Au-delà de la biodiversité elle-même, l’enjeu est donc important pour les agriculteurs dont la qualité et la quantité des productions végétales sont directement liées à la pollinisation. L’étude menée par le CPIE des Pays Creusois devrait d’ailleurs déboucher sur des préconisations aux agriculteurs pour gérer leurs haies de manière à favoriser les populations d’abeilles sauvages.
« Nous avons la chance d’avoir encore un bocage important dans notre département. Nous avons une responsabilité forte pour accompagner les méthodes de gestion sur le long terme ».
L’étude doit se poursuivre et monter en puissance lors des deux prochaines années. Pour ce faire, le CPIE recherche des agriculteurs souhaitant intégrer leurs haies dans la démarche.
Nicolas Barraud