Jain sort son nouvel album "The Fool" : "Je me suis inspirée du tarot de Marseille"
Souvenez-vous, c’était il n’y a pas si longtemps… En 2015, une toute jeune chanteuse qui se fait appeler Jain cartonne avec son single, l’irrésistible Makeba. Impossible d’y échapper.
Pareil pour une autre chanson particulièrement entêtante, Alright, numéro 1 à sa sortie en 2018. Des années riches en sommets et rebondissement, mais qui ont laissé l’artiste sur les rotules. Quatre ans après la fin de sa dernière tournée, Jain fait son grand retour avec The Fool, un disque plus mature et éthéré, qui montre une nouvelle facette de la chanteuse.
Ce retour était très attendu. Vous avez enchaîné deux albums à succès. Aviez-vous besoin de faire une pause ?Oui, quand on est en tournée, on a très peu de temps pour soi, pour vivre, écouter de la musique, se reposer. J’avais besoin de redevenir ma propre maîtresse du temps. Et d’écrire de nouvelles chansons.
Ce n’est pas possible entre deux dates de concert ?Non, la composition et la vie en tournée, ce sont deux énergies très différentes. Les concerts, c’est très physique. On donne et on reçoit beaucoup, il y a une adrénaline constante qui nous traverse. Je n’ai pas eu le temps de me tenir au courant de ce qu’il se passe. Pendant ma pause, j’ai pu réécouter de la musique, comme quand j’avais 15 ans. L’envie de composer à nouveau m’est venue progressivement. Je voulais créer un autre univers, je n’avais pas envie de faire un remake des deux premiers albums. Si je tentais d’écrire un nouveau Makeba, ça ne fonctionnerait pas.
Miossec sort son nouvel album : "Avoir un tube, c'est une malédiction"
Qu’est-ce qui vous a donné le déclic ?Juste après le confinement, je suis allée à Marseille, dans un petit cabanon sur l’anse de Malmousque. L’horizon est très dégagé. Je me suis retrouvée seule, avec ma guitare. J’étais euphorique.
Cet environnement a-t-il influencé votre écriture ?Certainement. The Fool est plus éthérée, plus cosmique, psychédélique… Il y a un sentiment de plénitude que j’ai ressenti en l’enregistrant. Pendant le confinement, j’ai réécouté les vinyles de mes parents. J’ai découvert, par exemple, le premier album de Kate Bush, The Kick Inside. Ma mère l’écoutait en boucle avec Joni Mitchell, Joan Baez, David Bowie ou Prince. Ces sons ésotériques et hors du temps m’ont inspirée.
Il y a tout juste cinquante ans, David Bowie devient une star grâce à Ziggy Stardust
Ésotérique ? Comment ça ?Je me suis inspirée du tarot de Marseille. Ma mère tire les cartes depuis que je suis toute petite. Dans ce jeu, il y a plein de symboles : la lune, le soleil, les étoiles… C’est assez cosmique. Ça fait un bel écrin pour l’album. Chaque chanson correspond à une carte.
Les arrangements laissent aussi respirer la musique…Exactement, c’est un disque beaucoup plus introspectif. Je ne me suis pas dit : « Il faut que ce soit super efficace ». Je voulais aller au bout de ma démarche, c’est comme une thérapie.
Était-ce, pour vous, une remise en cause artistique ?Oui, je me suis demandée quel genre d’artiste, je voulais être. Je suis dans une démarche très sincère.
Vos albums suivent une couleur : jaune pour Zanaka, bleu pour Souldier. Ici, il y en a plusieurs…Ici, c’est plutôt le violet. La couleur de la psyché, du cosmique. On la retrouve dans beaucoup de pochettes d’album des années 70.
Avez-vous retrouvé l’équilibre dans votre vie, comme le suggère votre chanson The Balance ?On jongle tous avec des éléments différents dans notre vie. Je suis assez timide, mais j’ai choisi un métier où je me mets en avant. J’ai trouvé que l’image du funambule était belle, car on doit tous gérer nos batailles internes. Je dessine beaucoup, et donc pour mes paroles, je préfère les métaphores, les expressions imagées, l’interprétation est plus libre. Je ne suis pas une grande bavarde, alors écrire des chansons, c’est pour moi un moyen d’expression qui m’aide beaucoup.
Rémi Bonnet