Un Mahorais résidant en Creuse témoigne de la situation que traverse actuellement son île natale
Ses plages, son lagon, ses palmiers... Mayotte possède tous les atouts d’une île paradisiaque. Pourtant, c’est plutôt dans la rubrique faits divers qu’elle fait les gros titres aujourd’hui. L’afflux de migrants en provenance des Comores voisines, les bidonvilles insalubres qui s’étendent à perte de vue et la délinquance en hausse ont donné à l’île des allures de poudrière, déterminant l’État à engager fin avril une vaste opération pour lutter contre ces troubles.
« Je retourne à Mayotte deux fois par an »Une situation suivie de près depuis la Creuse où réside une forte communauté mahoraise. L’héritage d’une convention établie à la fin des années 90 avec la collectivité de Mayotte qui offrait à de jeunes Mahorais des facilités pour venir étudier en Creuse.
Rastami Ndava est l’un de ces jeunes, arrivé en 2002 pour y suivre une formation en électricité. Il s’est ensuite définitivement installé en Creuse où il exerce le métier d'électricien. Il a également présidé l’Association mahoraise de la Creuse, dont il est toujours membre.
« Je retourne à Mayotte deux fois par an, mes parents et ma famille y habitent toujours, explique-t-il. L’immigration depuis les Comores, cela a toujours existé mais à un niveau vraiment moindre qu’aujourd’hui parce qu’il n’y avait pas encore un gros écart de niveau de vie. Le fossé s’est creusé quand la collectivité de Mayotte a été transformée en département (en 2011, N.D.R.L.) », enclenchant la mise en place d’un régime d’allocations plus favorable. Mayotte est devenue d’autant plus attractive pour des Comoriens en quête d’une vie meilleure.
En quelques années, l’immigration est devenue exponentielle et le phénomène des kwasa kwasa, ces embarcations de fortune surchargées, s’est accentué. « Mayotte fait 375 km2 et il doit bien y avoir 100 km2 qui sont aujourd’hui couverts de bidonvilles », estime Rastami Ndava. Et comme surpopulation et pauvreté font mauvais ménage, la violence s’est invitée dans le cocktail.
Une insécurité croissante« La dernière fois que je suis allé à Mayotte, ma voiture a été caillassée, gratuitement. Ce n’est plus la même vie qu’avant ».
Certaines zones sont vraiment à éviter à certaines heures, tu ne peux plus sortir comme tu veux pour aller voir quelqu’un et il y a aussi les bagarres entre bandes rivales.
« Le problème, c’est que quand des adultes sont arrêtés en situation irrégulière, ils préfèrent dire qu’ils n’ont pas d’enfants pour que ceux-ci restent à Mayotte mais, au final, ils sont livrés à eux-mêmes. »
Rastami Ndava n’en reste pas moins lucide sur le fait que cette immigration illégale profite aussi à un certain pan de l’économie mahoraise : « Les Mahorais construisent partout et beaucoup d’entre eux font appel aux Comoriens en situation illégale parce que c’est une main-d’œuvre pas chère ».
La situation paraît intenable, mais existe-t-il une porte de sortie ? « Mayotte est la seule île française dans le canal du Mozambique et c’est ce qui fait son attractivité. Mon avis personnel, dans l’idéal, c’est qu’il faudrait que les Comores deviennent françaises pour qu’il n’y ait plus ces différences qui datent de 1975. »
Cette année-là, à la suite d’un référendum, les Comores étaient devenues indépendantes, tandis que Mayotte avait choisi de rester française. « Ou financer des structures aux Comores, autour de la pêche ou du tourisme par exemple, pour qu’ils développent leur propre économie ».
Des propositions loin d’être partagées par tous : « Pour ma famille qui vit sur place, ce sont les expulsions avant tout ».
En tout cas, les troubles que traverse Mayotte n’ont pas entamé l’amour de Rastami pour son île natale : « Je veux retourner y vivre pour la développer. Je vois mon avenir là-bas ».
Nicolas Barraud