Chaque année en Corrèze, la gendarmerie assure des dizaines d'opérations de recherche pour des disparitions inquiétantes
Les réseaux sociaux sont devenus pour les forces de l’ordre un outil supplémentaire pour communiquer rapidement et les messages sont désormais familiers des internautes : « La gendarmerie recherche X, disparu. Si vous détenez des informations sur cette personne, composez le 17. » Le groupement de gendarmerie de la Corrèze traite en effet chaque année plusieurs dizaines de disparitions inquiétantes. Le terme d’« inquiétantes » concerne le cadre judiciaire des investigations, et demeure, même lorsque les inquiétudes sont en partie levées.
83 interventions pour des disparitions en 2022 en CorrèzeComme pour la recherche des causes de la mort lors de découvertes macabres, « il n’y a pas d’autre cadre légal que celui de la disparition inquiétante pour rechercher une personne disparue », explique le procureur de la République de Tulle, François Fournié.
Dans le département, la gendarmerie dénombrait 83 interventions pour des disparitions inquiétantes en 2022, dont 24 de nuit. Depuis le début de l’année, le groupement a engagé des recherches pour 56 disparitions, dont 22 de nuit. « Il s’agit pour l’essentiel soit de personnes âgées, dont certaines qui souffrent d’Alzheimer, soit de fugues de jeunes. Dans une moindre proportion, nous sommes dans le cas de personnes suicidaires », explique le lieutenant-colonel Éric Dumas.
Dans le labo de la "CIC", la cellule d'identification criminelle de la gendarmerie en Corrèze
Dans tous les cas de figure, poursuit l’officier adjoint de commandement, « le temps joue contre nous et il faut très rapidement engager des moyens, qui plus est lorsqu’il s’agit de mineurs ou de personnes fragiles, comme les personnes âgées. » Outre la montée en puissance des moyens de recherche, avec l’engagement de forces terrestres auxquelles s’ajoutent, au besoin, le concours de la section aérienne de la gendarmerie d’Égletons, mais aussi des équipes cynophiles (lire ci-dessous), peuvent s’avérer déterminants. « Les réseaux sociaux, pour lancer un appel à témoins, et le concours des médias sont également des aides importantes. » Enfin, dernier élément, le facteur météo peut lui aussi jouer un rôle crucial : « Froid et chaleurs peuvent mettre en danger les personnes recherchées. »
Trois disparitions toujours irrésolues en CorrèzeSi dans la très large majorité des cas, les recherches aboutissent rapidement et permettent de retrouver les personnes en vie, plusieurs enquêtes n’ont toujours pas été refermées. Parmi celles-ci, la plus récente concerne Fanny Charbin, 31 ans, qui n’a plus donné signe de vie depuis le 14 avril à Mercœur. Partie sans son téléphone d’une caravane où elle logeait, au lieu-dit « Moulin de Riouzabet », la jeune femme fait actuellement encore l’objet de recherches.
« En l’état des investigations, nous ne disposons pas d’éléments alarmants. Il s’agit d’une personne qui a fait un choix de vie en dehors de la société, qui est coutumière de retraites seule », indique le procureur de la République de Tulle, qui précise que l’enquête confiée à la brigade de recherches de Brive se poursuit néanmoins : « Elle est inscrite au fichier des personnes recherchées, donc si elle fait l’objet d’un contrôle, les forces de l’ordre seront alertées. »
Depuis l’été 2022, une autre femme, Marie-Thérèse Duprez, 74 ans et atteinte d’Alzheimer, reste introuvable. Sa disparition a été signalée le 5 juillet à Affieux, où elle a quitté son domicile. « D’importants moyens ont été mis en œuvre dès le signalement et les jours suivants. Mais la trace suivie par les chiens s’arrête au bord d’une falaise au-dessus des gorges de la Vézère. En contrebas, ou sur les parois, aucune trace de la disparue n’a pu être relevée. L’hélicoptère qui a écumé la zone n’a, lui non plus, rien pu relever. Cela reste un mystère », confie le lieutenant-colonel Éric Dumas.
Le dossier Ravel, instruit au criminelTroisième dossier toujours irrésolu, d’un tout autre type, en décembre 2018, débutait le mystère autour de la disparition de Lesline Ravel. Dans la commune de Lascaux, la gendarmerie avait déployé un dispositif conséquent pour retrouver cette mère de famille, alors âgée de 39 ans : plongeurs, hélicoptère, maîtres-chiens, et population locale avaient été mobilisés pendant plusieurs jours. Mais très vite, les recherches ont pris un tournant judiciaire, puis criminel. Le conjoint de la disparue a été mis en examen pour le meurtre de sa compagne, avec qui les scènes de violences étaient fréquentes.
Après avoir avoué être l’auteur de coups mortels, et avoir déposé le corps de sa compagne dans un bois à Saint-Sornin-Lavolps, le mis en cause était revenu sur ses déclarations. Et le corps de la victime n’a jamais été retrouvé dans le bois indiqué. Les seuls ossements découverts appartenaient à des animaux. Alors que l’instruction du dossier arrive à son terme, Lesline Ravel n’a toujours pas été retrouvée. Et si la justice décide de renvoyer cette affaire devant une cour d’assises, il est fort probable qu’un crime sans corps soit jugé.
Hélicoptère et chiens spécialisés. Avec la montée en puissance des dispositifs de recherche, l’hélicoptère de la section aérienne de la gendarmerie (SAG) d’Égletons est régulièrement engagé. Sur l’année 2022, l’unité a totalisé 18 opérations de recherche sur le territoire corrézien, dont deux ont permis aux équipages de retrouver les personnes?; au total, la SAG a effectué l’an dernier 69 missions de recherche de personnes sur les 9 départements sur lesquels elle a compétence. Par ailleurs, les chiens pisteurs spécialisés, comme Rio, le malinois du peloton de surveillance et d’intervention d’Ussel, sont aussi régulièrement engagés.Rio, le malinois du peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie (Psig) d'Ussel dans l'hélocoptère de la section aérienne de la gendarmerie (SAG) d'Egletons. (PHOTO SAG Egletons)
Julien Bachellerie