Tout juste majeur, il avait agressé sexuellement une adolescente lors d'une soirée familiale à Lezoux
D’emblée, la présidente du tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand, Isabelle Ferret, pose le décor face à ce prévenu aujourd’hui âgé de 22 ans.
Le jeune homme est poursuivi pour avoir agressé sexuellement la fille d’un couple d’amis de son oncle, âgée de 14 ans, lors d’une soirée festive, dans la nuit du 5 au 6 janvier 2019, à Lezoux.
Il avait agressé sexuellement une femme dans le centre de Clermont-Ferrand : un trentenaire condamné
"Dans ce dossier, votre position est inadaptée, lui rappelle-t-elle avec vigueur. Vous n’avez cessé de mentir, depuis le début, notamment en contestant la date à laquelle les faits se seraient produits, tentant ainsi de vous faire passer pour mineur au moment où ils auraient été commis. Et d’autres mensonges ont suivi".
"Vous avez bien sûr le droit de mentir et d’adopter la ligne de défense que vous souhaitez. Mais le tribunal n’est pas tenu de vous croire…".
Ce préambule étant posé – et parce que les faits sont contestés – la présidente a ensuite repris en détail l’audition de la victime, recueillie par les gendarmes. L’adolescente évoque alors des baisers, puis des caresses imposées par le jeune homme (qu’elle connaissait déjà avant cette soirée de janvier 2019), mais aussi des pénétrations digitales – anales et vaginales – répétées, lors de plusieurs épisodes successifs (*). "J’ai fait tout ce que j’ai pu pour l’empêcher de faire ça", avait également expliqué la jeune fille.
Une reconnaissance (très) a minima"Quelle est votre position, aujourd’hui ", demande ensuite la présidente au prévenu, qui a écouté sans ciller la lecture des déclarations de la partie civile.
"Je reconnais qu’il n’y a pas de doutes sur la date des faits", commence-t-il. Le tribunal se demande alors s’il va enfin aller plus loin et admettre dans la foulée sa responsabilité dans l’agression qu’on lui reproche, telle que décrite par l’adolescente. Mais il devra assez vite se faire une raison : le jeune homme n’évoque qu’un échange de baisers, puis ce qui n’aurait été que quelques petits gestes réciproques de tendresse. Tout juste admet-il avoir furtivement posé une main sur sa poitrine, "par-dessus les vêtement".
"Pourquoi dénoncerait-elle ces faits s’ils n’ont pas eu lieu ?", l’interroge à nouveau Isabelle Ferret.
"Je ne sais pas. Mais je sais ce que j’ai fait et ce que je n’ai pas fait", répond-il.
"C’est donc une menteuse ?". Silence…
"Avant les faits, comme ils se connaissaient bien, la victime avait de l'affection pour lui, elle avait confiance. Après, totalement désemparée par ce qui lui était arrivé, elle s'est même demandée si tout ça n'était pas de sa faute !".
Pour la procureure de la République, Amélie Louis, les choses sont claires : "il a voulu satisfaire une pulsion sexuelle et ce qu’il a commis va la marquer durablement". Déplorant "une absence de remise en question" et pointant "les déclarations précises et constantes de la victime, face à celles, très variables, du prévenu", elle a requis deux ans de prison, assortis d’un sursis probatoire pendant trois ans.
"Le fond de ce dossier, les accusations portées, tout cela m'interroge et me dérange. Les faits ne sont pas suffisamment établis et l'on ne construit pas une culpabilité au bénéfice du doute".
Avant de plaider une relaxe, Me Antoine Portal, en défense, a eu une tout autre lecture de la procédure. « Il n’a peut-être pas été très adroit dans ses explications. Ça n’en fait pas pour autant un coupable », a-t-il poursuivi, estimant au final « qu’il n’y a pas un début de commencement de preuve dans ce dossier ».
Le jeune homme a été condamné à dix-huit mois de prison assortis d’un sursis probatoire pendant deux ans, avec injonction de soins en centre médico-psychologique. Il a également interdiction d'entrer en contact avec la victime.
Christian Lefèvre
(*) Initialement, ces derniers faits, de nature criminelle, auraient pu valoir au jeune homme d’être jugés par une cour d’assises. Mais la mère de la victime avait accepté, comme cela est possible dans ce type de procédure, qu’ils soient correctionnalisés et requalifiés en agression sexuelle. Ni elle, ni sa fille n’étaient présentes, ni représentées, à l’audience.
Aucune pathologie psychiatrique. L'expert psychiatre qui avait examiné le jeune homme pendant la procédure n'avait décelé chez lui ni troubles psychologiques ou psychiatriques, ni aucune pathologie mentale. Il n'avait pas relevé non plus de dangerosité psychiatrique ou criminologique.