Hollywood : pourquoi les scénaristes menacent de faire grève
Et s'il fallait encore attendre pour profiter de la nouvelle saison de The Last of Us ou de The Mandalorian ? Ces séries, dont le tournage n'a pas encore débuté, pourraient comme beaucoup d'autres être menacées par la grève des scénaristes. En discussions depuis quelques semaines, celle-ci devient de plus en plus probable.
Le puissant syndicat Writers Guild of America (WGA), porte-parole des quelque 11 000 scénaristes américains, a promis une interruption de toutes les histoires si un accord n'est pas trouvé avant le 1er mai à minuit. Problème : les pourparlers avec l'Alliance of Motion Picture and Television Producers (AMPTP), qui représente les principaux studios et plateformes (dont Paramount, Disney ou Netflix), sont au point mort. L'AMPTP refuse d'accorder à la WGA la hausse des salaires réclamée.
Si la grève est déclenchée, elle pourrait perturber le lancement de toutes les séries, films et émissions prévus cette année. Les réécritures de dernière minute seraient empêchées, comme la production de nouvelles histoires. La grève mettrait également en péril le déroulement des "late-night shows", ces émissions américaines mêlant humour et interviews. La dernière grève des scénaristes remonte à 2007. Le conflit avait duré cent jours et coûté deux milliards de dollars au secteur, en interrompant des séries à succès comme Desperate Housewives, Dr House ou encore How I Met Your Mother.
Les plateformes dans le viseur
Tous les trois ans, la WGA renégocie avec les studios la rémunération et les conditions d'embauche des scénaristes. Alors que le précédent accord arrive à son terme ce 1er mai, elle espère obtenir gain de cause sur sa principale revendication : la hausse des salaires.
Actuellement, la moitié des scénaristes sont payés au minimum syndical contre un tiers en 2014, dénonce la WGA. "Le business explose et les studios collectent près de 30 milliards de dollars de bénéfices annuels, mais le salaire des écrivains a baissé", a expliqué au Guardian Laura Blum-Smith, responsable chez WGA. "Les studios sous-estiment profondément les écrivains et menacent la pérennité de cette profession." Et pour cause : l'arrivée du streaming a profondément redistribué les cartes. Les scénaristes travaillent désormais sur des séries d'une dizaine d'épisodes, contrairement au début des années 2000, où la longueur des shows assurait davantage de travail.
Les droits d'auteur sont aussi devenus obsolètes. Jusqu'ici, les scénaristes percevaient des "droits résiduels" pour la réutilisation de leurs œuvres, comme la vente d'un DVD ou une rediffusion à la télévision. Mais sur les plateformes, les séries et films peuvent rester visibles des mois après leur écriture. Leurs créateurs continuent pourtant de recevoir le même montant fixe chaque année, même en cas de succès mondial comme pour Stranger Things ou La chronique des Bridgerton. La WGA réclame aujourd'hui la revalorisation de ces montants "bien trop faibles au regard de la réutilisation internationale massive" de ces programmes.
Les studios, eux, affirment que les "droits résiduels" versés aux artistes ont atteint un niveau record de 494 millions de dollars en 2021, contre 333 millions dix ans plus tôt. De manière générale, les plateformes mettent en avant la nécessité de réduire leurs coûts. Après avoir été dépensières ces dernières années, alors qu'elles cherchaient à augmenter leur nombre d'abonnées, elles sont désormais soumises à une forte pression de la part des investisseurs pour réaliser des bénéfices. "Pensez-vous que Disney licencierait 7.000 personnes pour le plaisir ?", a déclaré à l'AFP une source proche de l'AMPTP. Selon elle, "il n'y a qu'une seule plateforme qui soit rentable à l'heure actuelle, et c'est Netflix".