Mobilisation contre la réforme des retraites : "Un mouvement vivace, même sans ampleur ascendante"
Bruno Jeanbart, vice-président de l’institut de sondages OpinionWay, note que "depuis la manifestation qui avait suivi le 49.3, le mouvement syndical rencontre plutôt des difficultés pour remobiliser contre la réforme des retraites, même si on a plus de monde que d’ordinaire pour un 1er-Mai. Mais on n’a pas un mouvement qui repart de plus belle", commente le sondeur. "Si une partie de la population reste opposée, elle semble aussi être passée à autre chose."Et c’est le paradoxe de ces dernières semaines.
"Dans nos enquêtes, il n’y a pas du tout d’essoufflement de l’opposition à la réforme, bien qu’elle ait été votée. Environ 65 % des Français soutiennent toujours la mobilisation. Précédemment, une fois le texte voté, on avait un phénomène de mise en sourdine de la critique dans l’opinion. Là, ce n’est pas le cas. Ce qui explique que le mouvement reste vivace, même s’il n’a pas une ampleur ascendante."Bruno Jeanbart, vice-président de l’institut de sondages OpinionWay.
Bruno Jeanbart parle d’un "phénomène atypique de maintien de l’opposition avec la même intensité, même si cela ne se traduit pas de manière aussi forte dans la mobilisation, tout simplement parce qu’une mobilisation relève d’autres choses".
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Si le gouvernement peut parier sur l’usure dans la rue, en revanche, cela crée "beaucoup de ressentiment et de frustrations. Le mécontentement accumulé à cette occasion contre le pouvoir risque de disparaître plus lentement puisqu’il s’agit d’une victoire sans avoir réussi à convaincre une partie des gens. Cela rend très difficiles les mois qui viennent en matière de gouvernance du pays. Le risque est élevé d’avoir grillé du capital politique pour une réforme, sans majorité absolue à l’Assemblée."
"Ce sentiment que la bataille n’est pas complètement finie"À présent, les yeux se tournent vers les syndicats. Leur unité résistera-t-elle à l’appel à négocier la future loi Travail ? Le RIP, en sa deuxième tentative, a-t-il des chances ? Ou la proposition de loi du groupe Liot ? Autant de procédures en cours qui "pourraient entretenir le mouvement dans la durée", alors que "l’opinion contre ne s’est pas affaiblie. C’est toute la difficulté du gouvernement car demeure toujours ce sentiment que la bataille n’est pas complètement finie. C’est un phénomène très nouveau au regard des réformes qu’on a pu connaître par le passé. On ne passe pas à autre chose."
Florence Chédotal