"Les violences éducatives ordinaires ne sont pas sans conséquence sur nos enfants et sur la société"
Qu’est-ce que sont les violences éducatives ordinaires ?
"Tout d’abord, il peut paraître étrange d’accoler le terme violence, avec éduquer. Pourtant, cela se passe quotidiennement et c’est banalisé. On utilise la violence pour éduquer nos enfants. Cela se traduit par la sacro-sainte fessée, mais il y a aussi le tirage d’oreille… Il y a la violence psychologique avec l’humiliation, la mise au coin… Enfin, la violence verbale, “t’es nul, tu n’y arriveras jamais, ton frère est moins lent”… Ces mots qui font mal et qui laissent souvent des traces."
Comment a commencé votre engagement pour la lutte contre les violences éducatives ordinaires ?
"C’était en 2008. Quand j’ai pris connaissance de l’affaire “baby P”, ce bébé de 17 mois en Grande-Bretagne qui avait été battu et torturé à mort par sa mère et son beau-père. J’ai été véritablement traumatisée par cet horrible fait divers. À l’époque, j’étais moi-même maman d’enfants en bas âge. Pour essayer de conjurer le sort, j’ai cherché à comprendre et j’ai lu des livres. Je suis tombé sur l’ouvrage d’Olivier Maurel, Oui, la nature humaine est bonne ! Comment la violence éducative ordinaire la pervertit depuis des siècles. À sa lecture, j’ai compris que l’on considérait que l’enfant était mauvais par nature, alors que c’est faux. Le comportement d’un enfant n’est pas transgressif, il ne faut pas penser qu’il commet certains actes pour nous embêter. À partir de ce moment-là, j’ai voulu agir et j’ai créé une page Facebook Non à la violence éducative ordinaire."
Céline Quelen, présidente de l'association Stop VEO
Et cette page sur les réseaux sociaux a très vite pris de l’ampleur…
"Oui, j’ai vu que je n’étais pas la seule à m’être rendue compte de cela, alors que d’autres expliquaient qu’une fessée ne pouvait pas faire de mal, eux-mêmes en avaient reçues… Mais ce mode de fonctionnement a toujours été ancré dans notre culture."
Puis, vous avez œuvré pour que l’État s’empare de cette question…
"Tout à fait, avec un collectif, qui est devenu l’association Stop VEO en 2016, nous nous sommes mobilisés dès 2009 pour cela. Il a fallu attendre 2019 pour que la proposition de loi de la députée Maud Petit ajoute à l’article 371-1 du code civil que "L’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques". Elle est plus connue sous le nom de la loi anti-fessée."
Et le problème, selon vous, c’est que l’État n’est pas allé plus loin…
"Oui, car l’idée n’était pas de stigmatiser les parents mais de les accompagner dans une nouvelle forme de parentalité qui est bénéfique pour l’ensemble de la société. Car, comme le disait Frederick Douglass, "Il est plus facile de construire des enfants solides que de réparer des hommes brisés”. Or, il n’y a pas vraiment de moyens en ce sens. C’est pourquoi notre association a décidé de s’investir en proposant des ateliers à travers la France et des guides de secours sur notre site web stopveo.org sur différentes thématiques au supermarché, dans la salle d’attente, pour les moments de séparation/retrouvailles, en cas de colère…"
Il est vrai qu’aujourd’hui, nombreux sont les parents qui sont perdus entre “time out”, “éducation positive”…
"Quand on parle d’éducation positive ou bienveillante, le terme a été galvaudé et associé à des tas de bêtises qui effectivement perdent les parents et les enfants. Nous, nous luttons contre les violences éducatives ordinaires, et ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas instaurer un cadre. Enfermer un enfant dans sa chambre, le time out, à la moindre incartade, n’est pas la solution non plus. En revanche, en situation extrême, oui, effectivement, il vaut mieux prendre du recul, aller seul dehors dans le jardin par exemple, et revenir après… Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il y a un cadre qui est adaptable en fonction de l’âge, de la situation, des valeurs familiales. C’est pour cela qu’il n’y a pas de méthode type d’éducation. Et il faut retenir également que ce n’est pas parce que l’on a négocié une fois que c’est fichu pour toujours. Moi-même, j’ai fait des erreurs dans l’éducation de mes enfants. Depuis que je suis au courant de tout cela, j’ai pris mes responsabilités. Il faut arrêter de culpabiliser, il faut se faire confiance et avoir confiance en son enfant."
Stéphanie Merzet Follow @Steph_Merzet