Adeline Dieudonné et Alice Ferney, exploratrices des tourments féminins
Depuis 30 ans et douze livres, Alice Ferney nous régale de sa prose poétique et de ses récits poignants ; Grâce et dénuement ou La conversation amoureuse nous enchantent toujours. En 5 ans et trois romans, dont son premier La vraie vie (L’Iconoclaste) salué d’emblée, Adeline Dieudonné s’est distinguée par l’âpreté de son écriture et son actualité douloureuse.
Toutes deux publient en ce printemps littéraire un nouveau roman : Deux innocents pour Alice Ferney (Actes Sud) et Reste pour Adeline Dieudonné (L’Iconoclaste). Deux histoires de femmes aux prises avec des sentiments puissants et contradictoires, deux destins bousculés par une violence ambiante, terrassés par un tremblement de terre intime, une perte incommensurable.
Toutes deux observent, s’attachent aux détails, aux ressentis les plus infimes pour s’interroger plus avant sur l’amour, la féminité, l’éducation, la morale et la justice. Du personnel à l’universel, chacune fourbit ses armes, empathiques et volontiers cruelles, pour nous attacher à leurs personnages et nous interroger à notre tour.
Deux héroïnes qui chavirentAlice Ferney (photo Catherine Gugelman - Actes Sud)Claire, l’héroïne d’Alice Ferney, est une bonne âme, une femme simple et croyante, enseignante dans un établissement pour jeunes en grande difficulté. Le cœur sur la main, l’enthousiasme communicatif et les bras ouverts jusqu’à ce qu’un de ses élèves, Gabriel, se suicide et qu’elle soit poursuivie pour des comportements inappropriés.
L’héroïne d’Adeline Dieudonné, elle, est une amoureuse flamboyante, cultivée, sensible, la maîtresse depuis des années de M., comblée mais tenue à un certain secret. Un matin d’une de leurs échappées belles au bord d’un lac, M. se noie ; son amante, hors de toutes conventions, ne peut concevoir de le perdre et accapare le corps comme s’il était vivant.
Les armes pour faire faceQue faire lorsque l’impensable se produit ? Lorsque le cœur, trop-plein de désir ou de bonté, déborde et menace notre raison même ? Sur qui s’appuyer, sur quelle morale se baser, quelle philosophie appliquer pour affronter la perte ou le mensonge, faire face à l’incompréhension ou l’injustice ? Comment se défendre quand tout et tous semblent nous accuser, les apparences, la bienséance et d’abord nous-mêmes ?
Les deux écrivaines ne donnent pas de leçon, elles racontent la vie et ses soubresauts. Ses fêlures et ses espoirs. Toutes deux nous touchent au cœur.
Reste, d’Adeline Dieudonné (L’Iconoclaste) ; 270 pages, 20€.Deux innocents, d’Alice Ferney (Actes Sud) ; 320 pages, 16,99 €.
Blandine Hutin-Mercier