Nicole Barbin, Puydômoise engagée pour la cause féminine
Son franc-parler tranche avec le décor cossu du bureau de son cabinet d’assurances, et avec son tailleur-pantalon sombre et strict. Nicole Barbin a l’élégance naturelle mais elle reçoit sans façon. Et si elle ne court pas après les honneurs, elle accepte sans retenue de retracer son parcours, d’évoquer ses engagements, entre deux rendez-vous.
La retraite?? À l’heure où le débat agite la société, elle dit comprendre l’aspiration au repos, après des carrières pénibles, mais pas pour elle. « C’est ma spécialité au cabinet. J’ai mis à la retraite des chefs d’entreprise à 60 ans, certains à 65. Ils voulaient “en profiter”. Cinq ans après, ils étaient morts ou morts de là (de l’index, elle pointe son cerveau). Ils avaient perdu le lien social. »
Au poste dès la première heureÀ 87 ans, Nicole Barbin reste donc aux commandes. Au poste dès la première heure et jusqu’au soir, aux côtés de son fils unique, Claude, et de l’un des trois petits-enfants, Nicolas, également embarqué dans l’aventure de l’assurance.
Pour eux, histoire de montrer l’exemple, elle a passé son bac à 40 ans. Elle est même ensuite devenue ingénieur commercial, après une formation en alternance. Car rien ne prédestinait la jeune femme de 1968 à devenir chef d’entreprise, quand elle crée alors le cabinet. « Une année agitée », sourit-elle. « J’étais la première femme à entrer dans ce milieu. Je l’ai fait sur les conseils de Jacques Barthélémy, un ami avocat. » Et elle a appris par elle-même, bien avant de passer ses fameux diplômes.La cause féminine est une évidence pour Nicole Barbin : " Je me bats pourn toutes les femmes". Photo Frédéric Marquet
Pupille de la NationNée en 1935 à Entrevaux (Alpes-de-Haute-Provence), Nicole grandit à Marseille puis, durant la guerre, trouve refuge et nourriture chez son grand-père, à Auzat-sur-Allier. Sur le monument aux morts de ce bourg du bassin minier, devenu Auzat-la-Combelle, est gravé le nom de son père, Alfred Silve, mort pour la France. Nicole devient pupille de la Nation. « En tant que pupille, j’ai pu aller au lycée Jeanne-d’Arc, dans un milieu privilégié, alors que je n’avais pas d’argent. » Nicole arrêtera ces premières études en troisième. Et fera sa vie dans la capitale de cette Auvergne d’adoption qu’elle a elle-même adoptée sans le moindre regret. « Les Auvergnats sont plus vrais que les Méridionaux », dit-elle.
Trois mandats au Conseil de ClermontInstallée professionnellement à Clermont-Ferrand, près de la piscine Coubertin, la dirigeante d’entreprise s’investit dans la vie publique, avec une résolution ferme : « Rendre à l’État ce qu’il m’a donné. » Elle se frotte à la politique, durant trois mandats au Conseil municipal de Clermont. Là encore, en toute simplicité, et un peu de surprise. « Il manquait du monde sur la liste de VGE… J’ai ouvert une porte assez complexe. Moi, je ne suis inscrite à aucun parti. Je me suis entendue avec tous les maires socialistes. Je faisais peu de politique. Sauf quand Michelin était attaqué. Car il s’agissait d’emplois. »
Pionnière à la chambre de commerce et d'industrieElle entre aussi à la Chambre de commerce. En pionnière, encore. « Peu de membres voulaient accueillir une femme, mais le président Juillard a insisté. » Depuis, son fils Claude a pris le relais et la présidence de l’institution. « Moi, je ne voulais aucune présidence. Claude se débrouille très bien à la CCI. J’étais contente quand il a été élu. Je lui ai juste soufflé d’avoir à ses côtés autant de femmes que d’hommes… »
La cause féminine, voilà bien celle qui mobilise encore et toujours l’énergie de Nicole Barbin, aux contours de velours mais aux idées bien arrêtées. « Je me bats pour toutes les femmes, et pour leur juste place dans la société. »
Au cœur des années 1970, elle apporte un souffle nouveau au sein de l’association Femmes chefs d’entreprise et milite pour que les épouses reprennent le flambeau, le cas échéant. Surtout, elle crée sa propre structure, Femmes leaders mondiales, en 2000, qu’elle préside toujours, même si c’est sa belle-fille, Véronique, qui en conduit les grands projets.
Mobilisation pour des causes concrètesL’association a essaimé un peu partout dans le monde, avec en fil rouge la complémentarité des valeurs entre hommes et femmes. Et l’égalité des droits, depuis 2015. Elle se mobilise aussi concrètement, par exemple sur la question du cancer et des maladies cardiovasculaires, ou pour faire inscrire l’IVG dans la constitution française. Nicole Barbin brandit fièrement le communiqué établi début février, auquel sont associées les Femmes leaders mondiales, s’adressant au Sénat sur la question. « Ce n’est pas compliqué de le faire, les choses seraient claires. Ailleurs dans le monde, on assiste à des retours en arrière, ça m’attriste. »Nicole Barbin : Chevalier, offocier et désormais commandeur de la Légion d'honneur. Photo Frédéric Marquet
Ces engagements forts, empreints de conviction et constance, ont valu à Nicole Barbin moult distinctions. Dont la plus prestigieuse, la Légion d’honneur. Chevalier, officier, et désormais commandeur. Elle en arbore discrètement la rosette. Même si cette protestante assumée voue surtout un culte à l’humilité : « Cette décoration?? Je retiens surtout que je l’ai reçue des mains de Jean-Dominique Senard, un être d’une simplicité remarquable. »
Un grand moment, certainement pas un aboutissement. Nicolas Barbin a encore des choses à accomplir.
Bio express 1935 : naissance à Entrevaux (Alpes-de-Haute-Provence). 1968 : création du cabinet d’assurances Barbin, à Clermont-Ferrand. 2000 : lancement de l’association Femmes leaders mondiale, qu’elle préside toujours. 2022 : élevée au grade de Commandeur de l’Ordre national de la Légion d’honneur.
Patrice Campo patrice.campo@centrefrance.com Twitter : @patricelmt